Faut-il que plus d'hommes enseignent dans les écoles primaires?

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Philippe Tuttino, qui termine son baccalauréat en sciences de l’éducation cette année, fait son stage dans une école primaire. L’enseignement est sa passion.Inscrit au baccalauréat en enseignement primaire dans les années 2000, Simon Lamarre était presque une curiosité dans les locaux de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal. «Nous étions 5 hommes sur 200 étudiants. Seulement 3 ont terminé leur bac», relate-t-il.

Pourtant, se disait-il, l'éducation, c'est aussi l'affaire des hommes. Aussitôt qu'il a obtenu son permis d'enseigner, il a entamé sa carrière dans une école primaire à Saint-Laurent et il enseigne à présent à Verdun. «J'aime beaucoup ce métier. Les enfants du primaire sont à un moment important de leur croissance. L'enseignant peut jouer un rôle capital dans leur éveil intellectuel.»

Après avoir fait une maitrise en administration scolaire dans le but de devenir directeur d'école, Simon Lamarre a décidé de mettre en veilleuse cet objectif et d'entreprendre une grande recherche sur la représentation masculine à l'école primaire. Il entame cette année des études de doctorat sur le phénomène.

Actuellement, tout juste 12 % des enseignants du primaire sont des hommes. Au secondaire, les plus récentes statistiques montrent une désaffection croissante des hommes pour la profession d'enseignant. Alors que les hommes formaient plus de 51 % du corps enseignant au début des années 2000, ils ne sont plus qu'environ 35 % aujourd'hui.

«On n'a pas de difficulté à recruter des policiers et des pompiers; pourquoi ne parvient-on pas à attirer les hommes dans les écoles? C'est déjà une question importante», indique-t-il. Trois facteurs détourneraient les vocations, selon les études qu'il a consultées. D'abord, le fait que l'école est un milieu majoritairement féminin; ensuite, le salaire peu élevé de la majorité des postes; enfin, la piètre reconnaissance sociale de l'enseignant.

Simon LamarreDes effets contestés

La réussite des garçons est-elle davantage assurée lorsqu'un homme leur enseigne? Les études ne sont pas concluantes à cet égard, souligne Simon Lamarre. «Certains aiment penser que les hommes qui enseignent sont des modèles positifs pour les élèves. Cela reste à démontrer scientifiquement.»

Vice-doyen aux études de premier cycle, Roch Chouinard, qui a mené de nombreuses recherches sur la question de la motivation scolaire, abonde dans le même sens. «Rien n'indique clairement que les garçons qui ont eu des enseignants plutôt que des enseignantes à l'école primaire réussissent mieux. Je ne vous dis pas que la chose est impossible. Mais elle n'a pas été prouvée.»

Roch ChouinardLà où la présence masculine semble avoir une influence positive chez les garçons à l'école, c'est vers la fin du primaire. Et pas dans l'ensemble des disciplines, mais dans une matière précise: la lecture. Des études ont démontré une légère amélioration des compétences en lecture chez les écoliers qui avaient devant eux un enseignant.

Simon Lamarre n'a pas encore défini le cadre théorique de sa recherche, mais il aimerait bien explorer ce rapport entre la réussite scolaire et la présence d'un enseignant. L'école est-elle faite pour et par les filles? «Surement pas, répond le doctorant. L'enseignement n'est pas une affaire de genre. D'ailleurs, même si la chose a tendance à changer dans la nouvelle génération, les directeurs d'école sont majoritairement des hommes.»

Un soutien aux hommes

Il semble pourtant que le Québec soit aux prises avec une désaffection endémique des hommes pour la profession. Proportionnellement, il y a deux fois moins d'hommes qui enseignent qu'en Ontario et 15 % moins qu'en France. Une explication possible: la laïcisation tardive du système scolaire. Longtemps, l'éducation a été sous la responsabilité de l'Église. C'était des religieuses qui occupaient, seules, le secteur. L'entrée des hommes dans l'enseignement a donc été assez tardive dans l'histoire. En Ontario, fait observer l'étudiant, les proportions d'hommes sont de 24 à 25 % au cycle primaire.

En tout cas, à la Faculté des sciences de l'éducation – où la proportion d'étudiants correspond à celle des enseignants dans la vraie vie, soit de 2 à 12 % –, on veut favoriser le plus possible l'intégration des hommes dans les programmes qui mènent à l'exercice de la profession. La Fondation Marc-Bourgie offre une bourse de 3000 $ aux candidats du programme d'enseignement au primaire. Un professeur invité, Richard Angeloro, donne des séminaires sur la question. De plus, on encourage les étudiants à communiquer par téléphone avec de futurs étudiants tentés par le programme. Un réseau NING, «L'apprentissage au masculin - différenciation», a aussi été créé pour les étudiants inscrits à la formation initiale des maîtres du programme d'éducation préscolaire et enseignement primaire. Ce réseau amène l'étudiant à réfléchir sur sa pratique enseignante et à définir son identité professionnelle.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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