Marie-Chantal Wanet-Defalque et Olga Overbury étudient le syndrome de Charles Bonnet
Ce sont des déficits visuels qui engendrent les hallucinations qu'ont les personnes atteintes du syndrome de Charles Bonnet, une affection caractérisée par la perception d'images simples ou détaillées de personnes, d'objets ou d'animaux chez des malvoyants, parfaitement conscients du caractère irréel de ce qu'ils voient.
La première description de cette maladie remonte à 1760, alors que le philosophe suisse Charles Bonnet décrit les hallucinations de son grand-père âgé de 89 ans, en bonne santé et ayant «toute sa tête» mais souffrant de cataractes, qui voyait des scènes animées dans son salon: des hommes, des oiseaux... Malgré l'existence de tels cas, les médecins ont longtemps pensé que les causes de ces hallucinations étaient liées à une psychose, une démence.
«De nos jours encore, les professionnels de la santé méconnaissent en général ce syndrome. Aussi les patients sont-ils souvent admis dans des établissements psychiatriques», signale Marie-Chantal Wanet-Defalque, qui a présenté un projet d'étude sur le sujet le 9 février, au 12e Symposium scientifique sur l'incapacité visuelle et la réadaptation. Cette activité était organisée à l'occasion du 100e anniversaire de l'École d'optométrie de l'Université de Montréal.
En collaboration avec Olga Overbury, professeure à l'École d'optométrie, la directrice de la recherche à l'Institut Nazareth et Louis-Braille est à mettre au point un outil facilitant le diagnostic clinique du syndrome. Pour les besoins de leur étude, financée par le Réseau de recherche en santé de la vision et l'Institut, où Mme Wanet-Defalque travaille depuis 2005, les chercheuses ont rencontré 14 sujets atteints du syndrome de Charles Bonnet pour qui les hallucinations ont longtemps été «une grande source de stress».
Selon Mmes Wanet-Defalque et Overbury, le syndrome de Charles Bonnet ne résulte pas de troubles mentaux mais de problèmes oculaires. Certaines affections neurodégénératives telles que la maladie d'Alzheimer peuvent toutefois favoriser les hallucinations visuelles. «Les gens voient des choses qui peuvent prendre toutes sortes de formes, qui vont de motifs simples comme des lignes à des images complexes de personnes ou de bâtiments, précise Olga Overbury en entrevue. Ces visions leur apparaissent out of the blue et ils se croient fous.»
En effet, les hommes et les femmes que les chercheuses ont interrogés craignaient tous d'être étiquetés comme «malades mentaux». Ils avaient peur de parler de leur problème aux membres de leur famille et à leur médecin. «On peut comprendre pourquoi, car ils vivent dans la crainte de la folie imminente», fait remarquer Mme Wanet-Defalque, dont le père souffrait du syndrome de Charles Bonnet. «Lorsqu'il m'en a parlé, je l'ai bien sûr rassuré, relate-t-elle. Mais je ne connaissais pas à l'époque cette affection. Si j'avais su tout ce que je sais aujourd'hui sur la maladie, je l'aurais sans doute mieux aidé.»
Réduire l'anxiété des patients
L'idée de ce sujet de recherche est venue de ce qu'Olga Overbury a observé au Centre d'études sur la basse vision, de l'Hôpital général juif de Montréal, où elle occupe, parallèlement à son travail de professeure, le poste de directrice depuis 1986. Spécialiste des aspects sensoriels, perceptuels et psychosociaux de la déficience visuelle, elle a eu envie de mieux connaitre ces personnes âgées qui souffrent de problèmes visuels et d'hallucinations afin de les aider. Elle en a parlé à Marie-Chantal Wanet-Defalque, qui a tout de suite été intéressée par le projet. «Même si, actuellement, il n'existe pas de traitement efficace à cent pour cent, le personnel médical peut jouer un rôle crucial dans la réduction de l'anxiété vécue par ces patients, en les rassurant sur leur état mental», estime Mme Overbury.
Avec une incidence de 12 à 15 %, le syndrome touche forcément beaucoup de gens. Des gens âgés principalement, mais aussi parfois des enfants affectés par des troubles graves de la vision. L'anomalie du père de Mme Wanet-Defalque, comme celle de milliers d'autres individus, serait probablement située dans le cortex visuel et associée à une activation anormale de certaines aires visuelles, mais les travaux des chercheuses ne sont pas allés jusque-là . Elles tentent de mettre au point un outil qui permettrait aux ophtalmologistes, optométristes et médecins de mieux diriger leurs patients qui éprouvent un tel problème vers les établissements d'aide.
Lorsque Mme Wanet-Defalque donne une conférence sur le syndrome de Charles Bonnet, il n'est pas rare qu'un spectateur vienne la voir après sa présentation pour lui confier que l'un de ses parents a de telles hallucinations. C'est ce qui s'est produit le jour de sa conférence au pavillon Roger-Gaudry. «Je viens d'apprendre le nom de ce dont souffre ma mère», a confié une dame à l'auditoire.
Dominique Nancy
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L'École d'optométrie célèbre son 100e anniversaire
Les années ont passé, mais elle a su garder le cap. Et sans cesse se réinventer. L'École d'optométrie célèbre 100 ans de formation sur le thème du partenariat avec la réadaptation.
«L'École a été fondée en 1910 par l'Association des optométristes. Elle était alors située rue Saint-André, dans le Vieux-Montréal, relate Jacques Gresset, son directeur depuis 2003. Quinze ans plus tard, elle s'est affiliée à l'Université. Ce qui en fait la plus ancienne unité de formation en optométrie de l'Amérique du Nord à détenir un statut universitaire.»
En effet, des recherches dans les archives ont permis de découvrir un document signé par Édouard Montpetit, secrétaire général de l'UdeM à l'époque, qui atteste cette affiliation. L'École s'est installée au pavillon Roger-Gaudry, où elle est demeurée jusqu'en 1969. «L'École a été relocalisée, temporairement disait-on, dans un bâtiment situé au 3333, chemin Queen-Mary. Elle y est restée pendant 20 ans!» raconte M. Grasset le sourire aux lèvres.
En 1983, le programme de l'École est agréé par l'Accreditation Council on Optometric Education, ce qui permet à ses diplômés de pratiquer dans l'ensemble de l'Amérique du Nord. Six ans plus tard, l'École délaisse le bâtiment du chemin Queen-Mary parce qu'il fallait davantage de place pour recevoir les étudiants. L'emplacement qui a été retenu et qui accueille les futurs optométristes et les chercheurs depuis 21 ans est le 3744, rue Jean-Brillant.
«Aujourd'hui, le programme est réparti sur cinq années universitaires. L'École est la seule unité de langue française au Canada dans le domaine de l'optométrie et la seule dans la francophonie à délivrer un doctorat professionnel en optométrie», s'enorgueillit le directeur, qui souligne également le 10e anniversaire des diplômes d'études supérieures en intervention de la déficience visuelle. Il s'agit d'une décennie de formation d'intervenants dans les centres de réadaptation.
Pour M. Gresset, ces 100 années d'existence de l'École ont été marquées par un engagement soutenu à l'égard de la formation et de la collaboration interuniversitaire. La recherche a pour sa part connu une évolution majeure au cours des 20 dernières années, dit-il. Depuis sa création, l'École est passée de 5 à 24 professeurs. Elle a formé quelque 2300 étudiants et est à l'origine de la publication d'un millier d'articles scientifiques.
Symbole de modernité et d'excellence
Jacques Gresset insiste sur l'importance du travail des diplômés de l'École. «Nos étudiants sont de futurs professionnels qui auront à assurer les soins de première ligne dans le domaine de la santé visuelle. Ce sont en outre les futurs chercheurs en sciences de la vision. C'est un travail énorme. D'où cette conscience de devoir consolider nos acquis sur le plan de l'enseignement et d'innover sur celui de la formation clinique autant pour les optométristes en devenir que pour ceux qui sont en exercice. Il est tout aussi important pour nous de renforcer notre position en recherche pour nous maintenir à la fine pointe des connaissances et rester ainsi un symbole constant de modernité et d'excellence.»
Comme dans tout anniversaire qui se respecte, il y a une panoplie d'activités prévues tout au long de l'année. Parmi elles, des rencontres scientifiques, deux journées de formation continue données par des professeurs de l'École d'optométrie et une soirée de gala à la gare Windsor qui réunira amis et diplômés de l'École. Pour clôturer les festivités, un symposium interuniversitaire organisé avec l'Université de Waterloo aura lieu en décembre sur le campus de l'UdeM.
D.N.
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