C'est en 2000 que le virus du Nil occidental (VNO) a été détecté pour la première fois au Canada dans des carcasses de corneilles. En 2002, le virus était transmis aux êtres humains et 18 des 414 cas d'infection se sont avérés mortels (voir l'encadré). Les services de santé publique du pays ont alors mis sur pied des programmes de surveillance et demandé à la population d'acheminer les corneilles mortes à différents centres d'analyse.
Antoinette Ludwig, chercheuse au Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique, a consacré son doctorat en médecine vétérinaire à l'étude du VNO et de ses effets sur les populations de corneilles du Québec.
Un creux en 2003
«Ce sont les corneilles qui font l'objet de surveillance parce que ces oiseaux sont facilement repérables et qu'ils vivent à proximité des zones habitées, explique Mme Ludwig. Plusieurs autres espèces sont sensibles au VNO, parmi lesquelles les corbeaux et les geais bleus – qui font partie de la même famille de corvidés que les corneilles – ainsi que les quiscales, les merles et les cardinaux.»
Son analyse des carcasses montre que les oiseaux âgés de plus de 3 ans (une corneille peut vivre jusqu'à 10 ans!) sont plus vulnérables au VNO que les jeunes de l'année. Les oiseaux infectés avaient également un poids plus léger que les autres, mais il est impossible de savoir si la perte de poids est survenue avant ou après l'infection. Corneilles de ville et corneilles des champs ont par ailleurs affiché le même taux d'infection.
En combinant les dénombrements d'oiseaux vivants effectués chaque année par les ornithologues amateurs avec les données sur leurs comportements migratoires selon les saisons et les territoires ruraux et urbains, la chercheuse a pu élaborer un modèle algorithmique prédictif de la dynamique des populations de corneilles d'une année à l'autre et comparer ces valeurs avec les résultats du programme de surveillance.
Le modèle met en relief des arrivées massives de corneilles en zones rurales au printemps ainsi qu'en zones urbaines à l'automne. Mais, en 2003, non seulement ces pointes saisonnières ne se sont pas produites, mais le modèle fait plutôt état d'un important creux hivernal dans les zones urbaines. «Il y a donc eu une perturbation majeure au sein de la population de corneilles en 2003, affirme Antoinette Ludwig. En 2004 et 2005, les pics printaniers sont revenus, mais avec moins d'amplitude qu'avant 2003.»
Effet de vaccination
Ce retour progressif aux courbes saisonnières normales ainsi que le fait que les jeunes semblent mieux protégés lui font dire que les corneilles se sont adaptées au virus. «Le VNO était réputé mortel à cent pour cent pour les corneilles, mais ce n'est plus le cas. On trouve maintenant des corneilles séropositives vivantes, ce qui montre qu'elles ont été exposées au virus.»
Il se pourrait également, ajoute-t-elle, que ce soit le virus qui se soit adapté, puisqu'un virus qui ne tue pas son hôte parviendra à se propager davantage.
Le professeur Michel Bigras-Poulin, directeur de thèse d'Antoinette Ludwig, penche pour sa part du côté de l'effet de vaccination dû à l'exposition au virus. «En 2003, les corneilles non infectées étaient nombreuses et constituaient de véritables usines à virus qu'elles ont transmis aux insectes piqueurs, souligne-t-il. Avec plus d'insectes contaminés, le risque de transmission aux êtres humains était plus grand.»
Selon le professeur, le système immunitaire des oiseaux parvenant maintenant à détruire le virus, la faune aviaire fournit ainsi une protection contre la transmission aux êtres humains. Cette transmission s'est toujours faite par la voie des moustiques et l'on ne connait pas de transmission directe d'oiseau à humain.
Même si aucun cas d'infection humaine n'a été rapporté cette année au Québec, le VNO serait toujours présent dans notre environnement, mais il serait moins menaçant qu'au moment de son apparition en 2002. Michel Bigras-Poulin rappelle toutefois la nécessité de se procurer un bon chasse-moustique et d'éviter les zones propices à la reproduction des moustiques.
Daniel Baril
Tout sur le VNO
Le virus du Nil occidental a été détecté pour la première fois en 1937, en Ouganda. Il a fait son entrée aux États-Unis en 1999, puis au Canada l'année suivante.
Aucune infection chez l'être humain n'a été rapportée au pays avant 2002. De 2002 à 2003, le nombre de cas diagnostiqués en clinique est passé de 414 à 1480; il a chuté à 36 l'année d'après pour rebondir à près de 2400 en 2007, année où il a fait 12 victimes dans la population canadienne.
En aout 2009, le virus a franchi la barrière des Rocheuses, alors qu'un premier cas d'infection locale a été confirmé en Colombie-Britannique. Au Québec, la pire année semble avoir été 2002 avec 20 cas d'infection. Aucun cas n'a été signalé cette année.
Les symptômes de l'infection au VNO ressemblent à ceux d'une grippe avec fièvre et maux de tête. «Une personne atteinte sur 150 va souffrir d'une encéphalite qui peut être mortelle», précise Michel Bigras-Poulin. Il peut donc se produire des infections qui ne seraient pas diagnostiquées.
Il n'existe actuellement aucun traitement ou médicament particulier contre le virus du Nil occidental
D.B.
