Nouveau modèle de recherche à l'IRIC

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Michel Bouvier examine une autoradiographie permettant de détecter des protéines étudiées en laboratoire.Le réputé chercheur Michel Bouvier l'avoue sans détour: sa plus grande satisfaction professionnelle lui est venue d'une rencontre avec un patient atteint d'une maladie rare pour laquelle il avait découvert un remède. Ou plutôt la molécule ayant conduit à la mise au point du remède.

«Ce fut extrêmement satisfaisant, davantage que mes publications dans les revues internationales», confie le biochimiste rattaché depuis près de quatre ans à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'UdeM (IRIC) et directeur du Groupe de recherche universitaire sur le médicament (GRUM).

«Nous réalisons aujourd'hui que des découvertes relatives aux mécanismes biologiques fondamentaux peuvent être rapidement traduites en traitements pour des patients. Cela change la vision de notre travail et je crois que cette culture va se répandre», résume M. Bouvier. Et il y a une raison à cela: le modèle unique de recherche en vigueur à l'IRIC et au GRUM permet aux chercheurs de participer à toutes les étapes de l'élaboration d'un médicament. Et ainsi, «de prendre conscience de l'importance d'aboutir».

Habituellement, les chercheurs universitaires découvrent les bases moléculaires de processus biologiques normaux ou pathologiques qui permettent de définir des cibles thérapeutiques et ils publient les résultats de leurs travaux dans des revues savantes. Souvent, la suite des choses leur échappe. Leurs études sont lues par des chercheurs de l'industrie pharmaceutique qui décideront ou non de poursuivre les recherches sur ces nouvelles avenues, souvent à l'insu même des chercheurs ayant fourni les connaissances à l'origine de la piste thérapeutique.

Les étapes qui suivent la découverte des bases moléculaires d'une maladie sont cruciales et... couteuses. Elles requièrent en outre une patience inouïe puisqu'il s'agit de tester des dizaines, voire des centaines de milliers de molécules pour cerner un petit groupe d'entre elles susceptibles d'agir sur la cible thérapeutique et qui seront de nouveau testées et modifiées pour en améliorer les propriétés curatives potentielles.

Or, au cours des dernières années, les compagnies pharmaceutiques ont manifesté une frilosité sans cesse croissante: elles investissent moins dans les phases préliminaires de la mise au jour de nouvelles cibles entre autres parce que ce processus est de plus en plus complexe et risqué.

Dans les années 80, les médicaments visaient de grandes populations (affectées par le diabète ou le cancer), mais à présent un médicament efficace doit avoir dans sa mire de plus petits groupes en s'attaquant aux dérèglements qui leur sont propres.

Par exemple, pour le cancer, les patients ne veulent plus d'une thérapie approximative dont les effets secondaires sont presque aussi dévastateurs que le mal lui-même. Les thérapies de demain devront être beaucoup plus ciblées.

Le modèle de l'IRIC: collaboration et transversalité

C'est ainsi qu'à l'IRIC les chercheurs privilégient un modèle qui leur assure le contrôle de cette chaine de recherche qui va de la découverte de cibles thérapeutiques aux essais cliniques pilotes en passant par la synthèse chimique des molécules médicamenteuses.

Cette approche révolutionnaire se distingue par des investissements dans des plateformes technologiques de pointe et surtout par la présence d'une équipe de chimistes des médicaments et de pharmacologues qui permettent d'effectuer sur place ce travail de ciblage, de validation et de maturation préalable indispensable aux essais in vivo et cliniques.

«Nous avons ainsi un contrôle plus grand sur nos découvertes, souligne Michel Bouvier. Nous sommes engagés dans toutes les étapes du processus et pouvons ainsi établir des partenariats plus efficaces et équitables avec des compagnies pharmaceutiques.»

L'IRIC sera donc prochainement appelé à conclure des ententes avec des partenaires industriels pour la mise au point clinique et l'exploitation commerciale des médicaments qu'il aura contribué à élaborer et il s'en réjouit, car il pourra cueillir sa part des bénéfices qui pourra être réinvestie dans de nouveaux projets de découverte.

«Naturellement, lorsque vous faites affaire avec des entreprises qui ont des objectifs commerciaux, il y a un risque, mais, en ce qui nous concerne, nous restons centrés sur notre mission première, qui est la production de connaissances; c'est là que résident notre valeur et notre force.»

Ce modèle intégré de découverte de médicaments en milieu d'enseignement demeure très rare et n'existe, bien que sous une forme légèrement différente, qu'à un seul autre endroit au Canada, soit Vancouver, au Center for Drug Research and Development, associé à l'Université de la Colombie-Britannique. Chez nos voisins du Sud, la référence dans ce domaine se trouve à Boston, au Broad Institute de l'Université Harvard.

Michel Bouvier et Anne Marinier, responsable de la plateforme de chimie médicinale de l'IRIC.Impatience des patients

L'évolution des modèles de recherche est également due aux patients eux-mêmes. Ainsi, aux États-Unis, on voit naitre des associations de patients qui prennent en main toutes les étapes de la recherche en embauchant les chercheurs et en assumant les couts relatifs aux tests et essais subséquents. Évidemment, cela ne vaut que pour les regroupements qui ont beaucoup d'argent. Il reste que certains ont des réussites spectaculaires à leur palmarès (notamment la fondation pour la fibrose kystique ainsi que la Multiple Myeloma Research Foundation).

À l'institut montréalais, M. Bouvier est convaincu que «la manière IRIC» accélèrera l'élaboration de médicaments de façon très significative et que les premiers succès concrets devraient poindre au fil des cinq prochaines années. Et il n'est pas le seul à le penser si l'on en juge par la qualité des 24 chercheurs principaux qui, après cinq ans, ont déposé leurs valises à l'IRIC. Des Québécois qui occupaient des postes prestigieux à l'extérieur du pays sont heureux de rentrer au bercail et des chercheurs étrangers se joignent chaque année à l'équipe.

D'ailleurs, deux chercheurs qui viennent de rejoindre les rangs de l'IRIC, Vincent Archambault et Benjamin Kwok, possèdent une feuille de route impressionnante et prometteuse.

Mais il faut davantage pour entrer à l'IRIC. Au-delà de leurs compétences, les chercheurs doivent être habités par la volonté de sortir des limites de leurs laboratoires et de collaborer avec d'autres professionnels. Et personne ne semble s'en plaindre.

Récemment, l'IRIC a accueilli un nouveau membre au sein de son conseil d'administration, Alan Bernstein, ancien président des Instituts de recherche en santé du Canada. Il avait été invité par M. Bouvier à participer à un cours sur la pratique professionnelle de la recherche. Il a été tellement impressionné par ce qui se fait à l'Institut qu'il a voulu siéger à son conseil d'administration (voir l'encadré).

Et l'argent dans tout ça?

Les organismes subventionnaires des gouvernements fédéral et provincial ont investi 120 M$ dans l'IRIC depuis sa fondation il y a cinq ans. L'Institut peut en outre s'enorgueillir d'abriter la plus forte concentration de chaires de recherche du Canada au pays, avec 15 des 24 chercheurs de l'IRIC qui en sont titulaires.

«Nous avons, dit Michel Bouvier, une équipe de chercheurs de premier plan qui travaillent ensemble dans un but commun, une infrastructure qui rivalise avec les plus grands centres du monde et la volonté de faire bouger les choses. Des ingrédients qui devraient permettre à l'IRIC de contribuer à la découverte des médicaments anticancéreux de demain.»

Paule des Rivières

 

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«Je suis impressionné par l'IRIC.»

Alan Bernstein, président des IRSC de 2000 à 2007

«Cette idée de réunir des jeunes chercheurs très brillants et des chercheurs plus expérimentés, et de leur offrir un environnement multidisciplinaire, où les laboratoires demeurent somme toute de petite taille, me semble excellente», commente M. Bernstein.

Alan BernsteinAlan Bernstein est membre du conseil d'administration de l'IRIC. Mais ses remarques revêtent un intérêt particulier puisque le chercheur et gestionnaire a été président fondateur des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), qu'il a dirigés pendant sept ans. Il n'est pas exagéré de dire que M. Bernstein a largement contribué à façonner la politique fédérale en matière de recherche en santé, notamment en encourageant la formation d'équipes multidisciplinaires.

«Les universités ont longtemps privilégié les structures verticales, départementales. Mais aujourd'hui, et notamment dans le domaine biomédical, la recherche doit regrouper plusieurs expertises», témoigne M. Bernstein.

Et l'IRIC est à son avis une éloquente illustration de ce modèle en rassemblant des chimistes, des pharmacologues, des spécialistes de la génétique, des experts en immunologie, etc.

Si M. Bernstein siège au conseil d'administration de l'IRIC, c'est parce que quelqu'un qu'il admire le lui a demandé, soit Robert Lacroix, ex-recteur de l'Université et président de ce conseil.

«Robert Lacroix a apporté son soutien total à l'IRIC au moment de sa création, alors qu'il dirigeait l'Université. Il fait preuve d'un leadership exemplaire et c'est un plaisir de travailler avec lui», dit M. Bernstein.

Alan Bernstein est aujourd'hui directeur exécutif de la Global HIV Vaccine Enterprise à New York. Cette organisation réunit des bailleurs de fonds tels que la Melinda and Bill Gates Foundation, des chercheurs et des organisations militantes de tous les coins du monde. Ce regroupement a vu le jour à la suite d'une suggestion en ce sens de 24 chercheurs engagés dans la mise au point d'un vaccin contre le sida.

«Comme pour le sida, la recherche sur le cancer ne peut se faire en vase clos», résume Alan Bernstein. Et je crois que les fondateurs de l'IRIC, Pierre Chartrand et Guy Sauvageau, l'ont bien compris.»

M. Bernstein a publié plus de 200 articles scientifiques. Au moment de prendre la tête des IRSC en 2000, il affichait déjà une impressionnante feuille de route. Il a notamment travaillé à l'Ontario Cancer Institute de l'Université de Toronto, et a été professeur à la faculté de médecine de cette même université. Il a aussi été directeur de recherche au Mount Sinaï Hospital de New York. M. Bernstein a reçu plusieurs distinctions, dont l'Ordre du Canada. Nul doute que sa présence au sein du conseil d'administration de l'IRIC contribuera à faire connaitre l'Institut sur la scène internationale.

P.d.R.

 

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