Les hommes cachent leur dépression

Imprimer

Les hommes au travail recourent moins que les femmes aux services de santé mentale parce qu'ils estiment que culturellement, ce n'est pas acceptable.Au Canada, moins de 10 % de la population fait appel à un service de santé mentale pour divers problèmes allant de la dépression à la schizophrénie. Mais cette proportion ne représente pas nécessairement le taux réel de personnes qui souffrent d'une maladie mentale.

Selon Aline Drapeau, chercheuse au Département de psychiatrie de l'UdeM et au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, de 20 à 70 % des gens dont la santé mentale est affectée de façon grave ou légère ne reçoivent pas de soins. «Si ces personnes n'obtiennent pas l'aide dont elles ont besoin, les répercussions de la maladie sur leur vie personnelle, leur environnement familial et leur milieu de travail peuvent être importantes», souligne-t-elle.

Cette tendance à éviter les services médicaux ou psychologiques est plus marquée chez les hommes. D'après les données de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (Statistique Canada) analysées par la chercheuse, la probabilité qu'une femme recoure à un service de santé mentale est 1,5 fois plus élevée que pour un homme en ce qui a trait aux services psychiatriques, 2 fois plus élevée pour la consultation d'un psychologue et 2,5 fois plus élevée pour un médecin généraliste.

L'effet de l'ancrage professionnel

Ces chiffres, qui concernent la population âgée de 18 à 65 ans, pourraient porter à penser que les problèmes de santé mentale touchent davantage les femmes que les hommes. Mais ce n'est pas ce que pense Aline Drapeau. «Dans des circonstances comparables, les femmes consultent plus souvent que les hommes», précise-t-elle.

À son avis, cette différence montre que les hommes et les femmes ne perçoivent pas les symptômes de la maladie de la même façon, ce qui s'expliquerait en partie par les repères culturels liés à leur ancrage social. «L'ancrage social est un mécanisme d'enculturation qui opère par les rôles sociaux, indique la chercheuse. Les femmes et les hommes n'ont pas toujours les mêmes repères culturels parce que l'attitude ou le comportement qui est socialement ou culturellement acceptable peut varier selon qu'on est une femme ou un homme.»

À titre d'exemple, elle signale que l'absentéisme pour cause d'obligations parentales n'est pas considéré de la même façon quand il s'agit d'une femme ou d'un homme. Dans le premier cas, l'absence est jugée de façon positive puisqu'elle montre que la femme assume ses responsabilités de mère; mais la situation est perçue plutôt négativement pour ce qui est d'un homme.

Aline DrapeauLe même biais s'observe à l'égard de la santé mentale. «Si la maladie mentale est mal vue dans son milieu de travail, un homme aura plus de réticences qu'une femme à utiliser des services pour traiter son état», signale Mme Drapeau.

Cet effet négatif de l'ancrage professionnel apparait lorsque l'on compare la fréquentation des différents services en fonction de la situation professionnelle. La probabilité de consulter un médecin généraliste, toujours pour des problèmes en santé mentale, est moins élevée chez les hommes qui travaillent que chez ceux qui sont sans emploi, ce qui peut refléter l'effet du milieu de travail. Chez les femmes, cette probabilité est la même, qu'elles occupent un emploi ou non.

Pour ce qui est de la consultation d'un psychologue, on devrait s'attendre à ce que la probabilité d'avoir recours à un tel service soit plus élevée chez les hommes qui ont un emploi que chez ceux qui n'en ont pas puisque cette consultation implique des frais pour l'usager; mais la probabilité s'avère la même dans les deux cas alors qu'elle est plus élevée chez les femmes qui ont un emploi.

La chercheuse voit dans ces attitudes l'effet différencié de l'ancrage professionnel selon le sexe. Mais elle apporte un autre élément pouvant aussi expliquer en partie ces différences. «La probabilité plus élevée de recourir aux services de santé parmi les non-travailleurs pourrait se comprendre par le fait que les personnes qui ont des problèmes de santé mentale graves ont moins accès au marché du travail», mentionne-t-elle.

Peu importe les barrières d'ordre financier ou liées à l'employabilité, Aline Drapeau estime que le nœud du problème réside dans la plus grande difficulté des hommes à reconnaitre les symptômes de la maladie et à accepter le fait. «Les repères culturels transmis par l'éducation, la famille, le travail et les médias jouent un rôle dans cette situation. Les hommes sont plus stigmatisés par le tabou de la maladie mentale et ils ont peut-être plus de difficulté qu'une femme à obtenir ou à conserver un emploi en pareil cas», résume-t-elle.

Les données de son étude sont publiées dans l'édition Web de février du Journal of Behavioral Health Services & Research.

Daniel Baril

 

Dossiers

 

La Faculté des sciences infirmières célèbre ses 50 ans

Colloques, hommages, retrouvailles, la Faculté des sciences infirmières de l'UniversitÃ...

 

En mai, on célèbre le mont Royal!

Le mont Royal est indissociable de l'histoire de l'Université de Montréal, dont le camp...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

Le chiffre

19,6 %

À l'automne 2011, les étudiants non canadiens – soit les étudiants résidents permanents et les étudiants internationaux − comptaient pour 19,6 % des étudiants inscrits à l'UdeM.

Lire la suite...