Les conflits familiaux peuvent être des déclencheurs d'ACV

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Les adultes vivant dans des familles où il y a des conflits, notamment à cause d'une ambigüité à l'égard des rôles parentaux ou conjugaux, sont plus à risque de subir un accident cérébrovasculaire (ACV).

C'est du moins ce que croient les personnes victimes d'une «attaque cérébrale» à qui Annie Rochette a demandé quel était leur contexte de vie un mois avant leur accident. «Toutes ont spontanément associé les conflits familiaux et leur ACV sans qu'on leur pose directement la question», affirme la professeure de l'École de réadaptation.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, il se produit un accident cérébrovasculaire toutes les cinq secondes dans le monde. (Photomontage: Benoît Gougeon)En 2002-2003, elle a recueilli auprès de 88 hommes et femmes qui avaient eu un accident cérébrovasculaire les données de plusieurs questionnaires quantitatifs qui les invitaient à décrire différents aspects de leur vie, entre autres leurs activités quotidiennes avant l'ACV. Neuf de ces sujets ont été rencontrés de nouveau pour une entrevue en profondeur. Intitulé «Could stroke trigger be prevented by healthy family relationships?», l'article tiré de sa recherche fera prochainement l'objet d'une publication dans l'International Journal of Rehabilitation Research. Mais on peut déjà prendre connaissance de cet article sur PubMed. Mme Rochette y rapporte les témoignages des sujets qu'elle a interviewés. Par exemple, celui de cette jeune grand-mère qui se sent contrainte de s'occuper de ses petits-enfants alors qu'elle n'est pas à l'aise dans ce rôle. Pour une autre femme, c'est l'angoisse suscitée par la visite «obligée» chez sa fille aux États-Unis.

Bref, on ne parle pas de familles dysfonctionnelles aux prises avec la violence conjugale ou la toxicomanie. Mais le manque d'harmonie au sein de la cellule familiale a des effets lourds de conséquences.

Une stratégie de prévention probable

«Les témoignages obtenus auprès de la dizaine de personnes âgées de 80 ans et moins pour qui il s'agissait d'un premier ACV ont été obtenus de deux à trois semaines suivant leur séjour à l'hôpital», indique la professeure Rochette. Les données de son étude exploratoire révèlent un manque de trans-parence dans les relations interpersonnelles chez ces familles, ce qui pourrait être à l'origine du conflit déclencheur de l'accident cérébrovasculaire.

C'est connu, un peu de stress met du piquant dans l'existence. Un excès peut cependant s'avérer nocif pour la santé. Plusieurs chercheurs ont démontré qu'une telle situation risque d'engendrer une détresse émotionnelle (colère, anxiété, dépression, irritabilité) et divers problèmes physiologiques, comme des maux de tête, des tensions musculaires et même des crises cardiaques!

L'étude de Mme Rochette dévoile étonnamment un aspect moins sombre lié aux ACV. «Selon les répondants, l'ACV agirait comme une conséquence directe permettant de résoudre temporairement un conflit», dit la chercheuse. La famille, plus à l'écoute de leurs besoins, les traite aux «petits ognons». Sans oublier que l'accident leur a permis d'éviter la situation qui les stressait autant.

Mais le stress ne peut pas à lui seul tout expliquer. On en vit tous dans notre quotidien, comme le souligne Annie Rochette. «Par ailleurs, beaucoup d'individus présentent des facteurs de risque (obésité, tabagisme et pression artérielle élevée), mais échappent à l'accident cérébrovasculaire. Qu'est-ce qui fait qu'une personne plutôt qu'une autre va avoir un ACV à un moment donné de sa vie? C'est ce que certains de mes travaux cherchent à mieux cerner.»

Pour Mme Rochette, l'association que les gens établissent entre leur ACV et un conflit familial constitue peut-être une «porte d'entrée» pour faire de la prévention secondaire. «Cette stratégie pourrait se révéler efficace et d'autant plus nécessaire que ceux qui ont eu un premier ACV sont à risque d'en avoir un second, mentionne-t-elle. Mais les données doivent préalablement être validées auprès d'un plus grand échantillon.»

De la manipulation?

Depuis ses études de doctorat en sciences cliniques à l'Université de Sherbrooke de 2000 à 2004, Annie Rochette étudie les processus d'adaptation des gens ayant subi un ACV et ceux de leurs proches pour tenter d'approfondir la compréhension du phénomène. «Sur le plan expérimental, il y a assez peu de documentation sur ce thème», signale l'ergothérapeute.

Sa recherche aura permis d'apporter de l'eau au moulin. «Ce qu'il y a de nouveau, fait-elle valoir, c'est la conséquence directe permettant de résoudre temporairement un conflit perçu par les sujets victimes d'un accident cérébrovasculaire. Dans tous les cas, l'attaque leur a permis d'éviter la situation à l'origine de leur anxiété.» Dans les exemples précités, la première personne avait maintenant une bonne raison de ne pas assumer le rôle de grand-mère et la seconde n'a pas eu à faire le voyage chez sa fille.

De la manipulation de leur part? «Je ne sais pas, répond Annie Rochette. Pour que ce soit de la manipulation, cela doit être fait de façon consciente. Et ça, je ne peux pas le dire...»

Dominique Nancy

 

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