Les bienfaits des implants cochléaires varient selon les enfants

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Les implants ne sont pas synonymes de réussite langagière, prévient la chercheuse Louise Duchesne.Pour les enfants qui souffrent de surdité profonde ou complète à la naissance, l'implant cochléaire accomplit un véritable miracle en leur redonnant, du moins en partie, un sens dont la nature les a privés. Comment ces enfants perçoivent-ils les sons et les paroles avec cette ouïe artificielle et quels sont ses effets sur le développement du langage?

C'est ce qu'a cherché à mesurer Louise Duchesne, chargée de cours à l'École d'orthophonie et d'audiologie, dans ses travaux de doctorat. «Nous ne savons pas vraiment ce que les enfants sourds de naissance entendent avec ces implants et les seuls témoignages viennent d'adultes qui nous disent que les paroles de ces enfants ressemblent à celles de Donald Duck, mentionne la chercheuse. L'implant ne rend pas la finesse de l'audition naturelle et, même pour un adulte qui a déjà entendu normalement, un processus de réapprentissage du décodage des sons et de la parole est nécessaire.»

Vue de l’appareil auditif avec implant cochléaire (1) composé d’une série d’électrodes insérées directement dans la cochlée (2) et reliées à un microphone externe (3) (Illustration : CHHA-NL)Mesurer toutes les fonctions langagières

Contrairement à la prothèse auditive, qui ne fait qu'amplifier le son, l'implant est constitué d'électrodes qui remplacent les cellules ciliées non fonctionnelles de la cochlée; ces électrodes, fixées sur un fil inséré directement dans la cochlée et relié à un microphone externe, envoient un signal électrique au nerf auditif.

La mesure du développement du langage chez les enfants dotés d'un tel appareil dès les premières années de vie devrait permettre d'en vérifier l'efficacité. Des mesures semblables ont déjà été effectuées, mais surtout auprès d'anglophones et sur des aspects limités du langage. Et les conclusions de ces études ne vont pas toutes dans la même direction.

Pour la première fois, Louise Duchesne a cherché à déterminer la performance langagière à partir de plusieurs exercices couvrant à la fois le vocabulaire compris, le vocabulaire exprimé, la compréhension de concepts ainsi que la compréhension de phrases incluant la distinction de nuances comme le pluriel des noms et la forme passive.

L'étude a été réalisée auprès de 27 enfants qui ont reçu un implant à l'âge de un ou deux ans et qui en bénéficiaient depuis deux à six années. Aucun des enfants ne souffrait de déficience intellectuelle et les tests ont indiqué des QI au-dessus de la moyenne.

Des performances excellentes, d'autres faibles

Chez les 14 enfants d'âge scolaire (âgés de cinq à huit ans), les tests ont révélé que 4 d'entre eux étaient excellents dans toutes les composantes du langage. «Leur niveau de compréhension des mots, des concepts et des phrases est même supérieur à la moyenne des enfants du même âge n'ayant pas de problèmes auditifs», affirme la chercheuse.

Parmi les 10 autres, 7 ont montré des difficultés importantes dans la compréhension des phrases tout en ayant une très bonne maitrise du vocabulaire et 3 ont démontré des lacunes dans toutes les composantes du langage.

Louise DuchesneSelon Mme Duchesne, ces difficultés ne sont pas liées au sexe, à la marque de l'implant, au type d'école fréquentée ni à l'histoire médicale de l'enfant. L'acuité auditive s'est par ailleurs avérée très bonne chez tous les sujets. C'est donc la façon de traiter l'information qui diffère.

«Les enfants qui souffrent de surdité moins profonde et qui portent des prothèses auditives éprouvent le même genre de difficultés morphosyntaxiques, affirme Louise Duchesne. Cela dénote des problèmes à saisir les mots de fonction et de liaison comme les pronoms et les articles, qui sont des mots moins saillants dans la phrase. Peut-être que nous prononçons ces mots de façon trop rapide.»

Les implants ne donnent donc pas de résultats uniformes chez tous les enfants et ils ne sont pas synonymes de réussite langagière. Ces données soulignent aux yeux de la chercheuse l'importance de l'engagement des parents dans l'apprentissage auditif de l'enfant. «Les parents doivent reprendre à la maison les exercices d'orthophonie et stimuler l'enfant, car il ne va pas apprendre tout seul à traiter l'information. Et, plus on attend pour intervenir, plus le retard sera grand et plus grande sera la difficulté de rattrapage.»

Ces travaux de doctorat étaient codirigés par Ann Sutton, de l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'UdeM, et François Bergeron, de l'Université Laval.

Daniel Baril

 

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