Fini les ragouts mijotés, vive le surgelé!

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Même à la belle époque des petits plats mitonnés, les idées arrivaient à manquer!Que cuisinerez-vous ce soir? Vous l'ignorez? Vous n'êtes pas les seuls. Les répondants d'un sondage sur les habitudes alimentaires affirment qu'ils manquent d'idées quand vient le temps de faire à manger. Ne pas savoir quoi préparer est un frein plus important que le manque d'habiletés culinaires et tous les âges sont touchés.

C'est ce qui ressort d'une étude menée par Julie Aubé dans le cadre de sa maitrise sur les habitudes des Canadiens relatives à la préparation des aliments à la maison et aux repas familiaux. Sous la direction de la professeure Marie Marquis, du Département de nutrition de l'Université de Montréal, l'étudiante a analysé les données d'un sondage électronique mis en ligne sur le site Internet des Diététistes du Canada. Quelque 4000 personnes de partout au pays, majoritairement des femmes âgées de 18 à 60 ans, ont participé à l'enquête. Le questionnaire abordait la perception des bienfaits associés à la cuisine maison, à la planification des soupers et au repas familial. Il prenait également en compte les obstacles qui empêchaient de cuisiner, le temps consacré à apprêter les repas familiaux et l'origine de l'apprentissage culinaire.

Les résultats de sa recherche confirment l'engouement des Canadiens de moins de 55 ans pour les repas surgelés et ceux pris au restaurant. «Les gens cuisinent de moins en moins au quotidien. Ils se tournent vers les solutions plus rapides que proposent l'industrie et les restaurants, déplore Julie Aubé. Malgré une certaine offre de produits ayant été conçus avec un souci de santé, bon nombre d'entre eux présentent une faible densité nutritionnelle.»

Peu importe la région étudiée, le même phénomène se rencontre: faute de temps, les ragouts mijotés, les bouillis et même les bonnes vieilles sauces à spaghetti sont remplacés par des repas-minute. «Même s'ils croient que la cuisine maison peut accroitre la qualité de l'alimentation et les bons comportements alimentaires, les répondants déclarent que le manque de temps et le manque d'énergie, conséquence des rythmes de vie effrénés, sont les principales entraves à la préparation des repas à domicile», indique la jeune chercheuse.

Vient ensuite le manque d'idées. Ce qui explique en partie la grande popularité des livres de recettes et des émissions sur l'alimentation comme L'épicerie ou Ricardo, à Radio-Canada, et À la di Stasio, à Télé-Québec. L'organisation des menus de la semaine est par ailleurs davantage observée chez les individus de 44 ans et plus. C'est au Québec où les répondants (70 %) sont les plus nombreux à planifier les repas les soirs de semaine un jour et plus à l'avance. Cette proportion varie de 56 à 62 % ailleurs au Canada.

Le repas familial est associé à de meilleures habitudes alimentaires. (Photo: iStockphoto)L'importance de manger en famille

L'enquête de Julie Aubé révèle que plus du tiers des répondants prennent quotidiennement le repas du soir assis à la table avec l'ensemble de la famille. Environ 7 % des sujets ne le font jamais ou que très rarement. Mais il existe des écarts selon les groupes d'âge et les provinces. Au Québec, la situation ne ressemble pas à celle de la France, où 9 enfants sur 10 mangent en famille, mais le rituel du repas revêt une certaine importance. Comparativement au reste du pays, les Québécois sont un peu plus nombreux à prendre leurs repas en famille (60 %), de six à sept fois par semaine.

Le tableau est tout autre aux États-Unis. Au royaume de la restauration rapide, un enfant sur trois mange seul devant la télé. «De nombreuses études démontrent pourtant que le repas familial est associé à de meilleures habitudes alimentaires, mentionne la nutritionniste. Cela permet aussi aux parents de nouer des liens interpersonnels plus forts avec leurs enfants. De plus, le fait de faire participer les jeunes à la préparation des repas contribue à l'acquisition d'habiletés culinaires.» Devenus adultes, ils manipulent leurs casseroles avec assurance et ne sont pas sans ressources devant la cuisinière.

Malgré ces bienfaits, la cuisine maison et les repas pris en famille tendent à perdre du terrain face aux solutions de facilité et de rapidité qu'offrent les restaurants et le prêt-à-manger des supermarchés. Selon Julie Aubé, cela accentue conséquemment la perte des habiletés culinaires. Elle l'a constaté dans sa recherche. «Plusieurs s'estiment compétents dans une cuisine, mais seulement la moitié disent pouvoir cuisiner sans recettes. Ils consacrent en outre peu de temps à la préparation des repas, signale-t-elle. Or, moins on cuisine, plus on risque de créer une génération d'illettrés culinaires. Avec toutes les conséquences pour la santé que cela peut représenter.»

Son étude souligne la pertinence d'élaborer des stratégies de communication pour convaincre les consommateurs des avantages de la cuisine maison et de manger en famille. L'étudiante suggère des collaborations interdisciplinaires afin de promouvoir ces valeurs dans les campagnes de sensibilisation à une saine alimentation.

Son mémoire a été déposé au printemps 2009.

Dominique Nancy

 

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