Malgré le virage interdisciplinaire pris par l'Université dans la formation et la recherche, il est plutôt inattendu de voir les facultés de médecine et de l'aménagement collaborer à des projets communs. C'est pourtant ce qui est en train de se passer avec le projet Écogène 21.
Lancé par le Dr Daniel Gaudet, professeur au Département de médecine et titulaire de la Chaire de recherche en génétique préventive et génomique communautaire, Écogène 21 veut répondre aux besoins en santé d'un groupe donné en considérant tant son bagage génétique que son environnement immédiat.
«Cela veut dire que les déterminants génétiques de la santé sont analysés en interaction avec d'autres déterminants comme le mode de vie, la culture, les habitudes sociales ou l'alimentation», mentionne Richard Martel.
Ce dernier n'est ni généticien, ni épidémiologiste, ni médecin mais professeur à l'École de design industriel de la Faculté de l'aménagement. Il a été invité à participer à ce projet afin de matérialiser l'idée originale du Dr Gaudet, qui rêve d'un centre de recherche abritant des laboratoires, une banque d'ADN, une salle de gastronomie moléculaire, des serres, des lieux de formation ouverts au public, le tout dans le respect de l'environnement et de la culture des Montagnais de Mashteuiatsh au Lac-Saint-Jean. Rien de moins!
Biobanque
Écogène 21, dont le nom rappelle la mémoire des 21 premiers colons du Saguenay−Lac-Saint-Jean, est dirigé par Daniel Gaudet depuis le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Chicoutimi, affilié à l'UdeM. L'une de ses principales composantes est une banque d'échantillons d'ADN de plusieurs millions de personnes créée dans le cadre du projet Génome Québec.
«Cette biobanque, hébergée au CSSS de Chicoutimi, se transforme pour inclure la génétique de la flore et de la faune ainsi que des échantillons d'air et d'eau afin que la relation entre les personnes et leur milieu puisse être suivie d'année en année, explique Richard Martel. Ces données pourront être fort utiles pour suivre, par exemple, l'évolution de maladies comme le diabète, qui touche particulièrement la population autochtone, en tenant compte de l'environnement et de l'alimentation des sujets.»
Le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean est d'ailleurs partenaire du projet.
Le centre de recherche d'Écogène 21 qu'a imaginé le Dr Gaudet s'inspire du centre de recherches et d'études scientifiques en gastronomie Alicia, situé près de Barcelone, en Espagne, qui poursuit notamment des travaux en gastronomie moléculaire. Écogène voudrait mettre de tels travaux au service de l'adaptation des aliments à certaines maladies. Pourrait-on, par exemple, arriver à faire déguster sans problème de la tarte au sucre à des diabétiques?
Pour réaliser ces recherches, Écogène mise sur les technologies et les sciences omiques appliquées à la santé. Le terme «sciences omiques» désigne précisément les champs de la biologie qui s'intéressent aux interactions entre des ensembles vivants complexes (espèces, individus, cellules, protéines, ADN) dans leur environnement.
Le nouveau complexe sera logé dans un bâtiment de Roberval. Outre les besoins particuliers liés aux diverses fonctions du centre, le designer devra intégrer autant dans le mobilier que dans l'aménagement les ressources locales comme l'aluminium et le savoir amérindien.
«Il faudra réinventer les choses, comprendre l'interaction entre l'être humain et son environnement et c'est là un défi à la fois passionnant et inusité», affirme le professeur, qui voit dans ce projet la démonstration que deux disciplines aussi éloignées que la médecine et le design peuvent coopérer pour donner corps à une idée scientifique interdisciplinaire. «C'est du jamais vu à l'Université de Montréal!»
Le professeur prévoit consacrer trois ans de recherche à ce projet dans lequel sont déjà engagés un étudiant à la maitrise, Hachim Herbane, et un doctorant, Sylvain Bertin. Les 11 finissants du baccalauréat en design industriel seront également mis à contribution.
Daniel Baril
