Du lundi au vendredi, Régine Hétu visite les centres d'hébergement pour personnes âgées de la région montréalaise avec Elvis et Volga, deux chiens de zoothérapie. Sa mission: apporter un peu de réconfort aux patients en perte d'autonomie. «Le moment le plus touchant que j'ai connu, ç'a été il y a quelques semaines auprès d'une vieille dame qui venait de perdre son mari, raconte l'étudiante à la maitrise en psychoéducation. Elle était en larmes, inconsolable. Le chien s'est approché de son fauteuil roulant et a posé ses pattes sur ses jambes pour se faire caresser. La dame a complètement cessé de pleurer.»
Depuis septembre, Régine Hétu fait ce type d'intervention à l'intérieur d'un stage qui s'étend sur deux ans et que supervise Annie Bernatchez, directrice générale de Zoothérapie Québec. «Nous recevons régulièrement des stagiaires de l'Université de Montréal. La plupart des intervenants du milieu de la santé ont intérêt à explorer les bienfaits de la zoothérapie dans le cadre de leur travail», explique la psychologue diplômée de l'UdeM en 1998.
Selon le rapport annuel de l'organisme, qui a célébré ses 20 ans l'an dernier, 78 établissements ont conclu des ententes avec Zoothérapie Québec, et plus de 1500 personnes chaque année bénéficient de l'aide apportée par l'un de ses professionnels. Au nombre des établissements figurent des centres hospitaliers, des centres d'hébergement et de soins de longue durée pour gens âgés, mais aussi des écoles et des centres spécialisés auprès des enfants en difficulté. Quelques maisons de soins palliatifs ont aussi recours à ses services. «Nous nous adressons à la clientèle la plus lourde du réseau», indique Mme Bernatchez.
La directrice précise que les 15 professionnels qui constituent son équipe, dont 4 à temps complet, ont tous reçu une formation afin de bien comprendre les bases de l'intervention. Sur le site de Zoothérapie Québec (zootherapiequebec.ca), on accède à une foule de renseignements sur les bienfaits de cette intervention. On peut même y voir les photos des intervenants de première ligne: Achille, Charlot, Gaïa, Ginger, Louis-Cyr, Boris... Aucune race n'est formellement exclue, mais on ne trouve aucun rottweiler ni pitbull. Au moment de la visite de Forum dans les locaux de Zoothérapie Québec, on pouvait voir des golden rétrieveurs et un caniche.
Une caresse et la tension diminue
Au cours d'une journée d'intervention, Régine Hétu peut rendre visite à une quinzaine de patients. «Ce que je fais avec chacun d'entre eux est assez simple, résume-t-elle. Je leur présente le chien et, s'ils le souhaitent, je l'approche pour qu'ils puissent le toucher. Généralement, on voit très vite de la joie dans leurs yeux. Il faut dire que plusieurs d'entre eux sont lourdement atteints par des maladies neurologiques. Ils n'ont qu'un contact limité avec leur environnement.»
On sait depuis longtemps que les animaux peuvent jouer un rôle auprès de personnes aux prises avec différents problèmes de santé mentale. Dès 1792, en Angleterre, on a utilisé des animaux de la ferme pour traiter ceux qu'on appelait «malades mentaux». C'est le psychiatre américain Boris Levinson qui, en 1953, entreprendra de véritables essais thérapeutiques auprès d'un enfant autiste avec son chien Jingles. On le considère comme le père de la zoothérapie moderne. D'autres études, comme celle d'Erika Friedmann, Aron Katcher et James Lynch en 1983, démontreront que la compagnie d'animaux domestiques peut diminuer la tension artérielle.
Fondée en 1988 par l'organisatrice communautaire Carole Brousseau (toujours présidente du conseil d'administration), Zoothérapie Québec compte aujourd'hui une «équipe canine» de 30 bêtes. Sélectionnées pour leur comportement discipliné et leur bon caractère, elles vivent dans des familles d'accueil et se présentent le matin au «bureau» du quartier Villeray, où elles sont affectées à différentes missions. Le soir, les chiens retournent dans leurs familles. Comme de véritables travailleurs, ils ont congé le soir et les fins de semaine. «Nos chiens sont visiblement heureux, dit Mme Bernatchez. Ils sont stimulés et reçoivent de l'attention toute la journée.»
Les familles d'accueil mettent l'animal adoptif à la disposition de l'organisme mais en prennent soin le reste du temps. De son côté, Zoothérapie Québec paie les dépenses liées à son entretien (vétérinaire, équipement, toilettage, nourriture, etc.).
Selon la psychologue, le personnel hospitalier des centres affiliés accueille favorablement cette escouade sur quatre pattes. «Les craintes portent surtout sur l'hygiène. C'est un point auquel nous sommes très attentifs.»
Pour s'engager en zoothérapie, il faut beaucoup aimer les animaux. C'est ce qui a amené Régine Hétu à lorgner de ce côté quand est venu le temps de choisir un milieu de stage. «Je joins l'utile à l'agréable», mentionne la jeune femme de 22 ans qui a obtenu son baccalauréat en psychoéducation en juin dernier. «J'ai l'impression d'apprendre à chacune de mes interventions. Nous vivons de petites victoires quotidiennes auprès de personnes souvent très isolées. Dès que j'ai commencé mon stage, j'ai eu la conviction que l'animal pouvait avoir des vertus thérapeutiques.»
Mathieu-Robert Sauvé
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