Bougez plus, culpabilisez moins

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Activité physique

Les messages relatifs à l'activité physique peuvent décourager et rendre anxieux

Tout le monde le sait: l'exercice, c'est bon pour la santé. Mais, pour près du quart de la population, les messages répétés sur ce thème engendrent de la culpabilité. C'est ce qui ressort d'un sondage SOM réalisé l'automne dernier auprès de plus d'un millier d'adultes. «Plus de 22 % des répondants – 18 % des hommes et 26 % des femmes – se sentent souvent ou toujours coupables quant aux messages qui leur conseillent de bouger plus. Ils savent qu'ils doivent en faire davantage, mais ils n'y arrivent pas pour de multiples raisons», dit Suzanne Laberge, professeure au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal.

En plus de contribuer à augmenter l'anxiété, la culpabilité est un frein à la motivation, rappelle la sociologue. On doit donc trouver de nouveaux moyens de faire passer le message. «À mon avis, les organismes de santé publique qui veulent stimuler l'activité physique devraient insister sur le bon côté des choses plutôt que sur le sens du devoir: le plaisir de jouer dehors, d'être au grand air, d'interagir avec d'autres personnes...»

Un pas dans la bonne direction a été fait par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport il y a quelques mois, quand il a produit un message tourné à la manière d'un lipdub sur une chanson de Claude Dubois. On y voyait des gens de tous les âges et de toutes les conditions danser, faire du sport et sautiller au son d'une musique rythmée. Selon Mme Laberge, de tels messages sont encore trop rares. «La culpabilisation donne peut-être des résultats en matière de tabagisme ou de mauvaise alimentation, mais, pour favoriser l'activité physique, ça semble être une mauvaise voie», estime-t-elle.

Les différences socioéconomiques ne sont pas significatives à ce chapitre. Le sondage révèle que les moins actifs sont les plus «culpabilisés» et que plus du tiers des gens qui croient en l'importance de la diffusion de messages d'intérêt public se sentent coupables de ne pas faire assez d'exercice.

Autant les gens qui ont un poids santé (22 %) que les personnes qui font de l'embonpoint (24 %) ou qui sont obèses (22 %) se sentent coupables de ne pas bouger davantage. «Notre hypothèse là-dessus, c'est que les gens qui ont un poids santé ne visent pas les mêmes bienfaits que ceux qui veulent d'abord et avant tout perdre du poids. Pour ces derniers, c'est une question de santé.»

Un message qui passe bien

«Au moins 30 minutes d'activité soutenue trois fois par semaine.» C'est ce qui constitue, dans l'esprit du grand public, l'essentiel d'une vie active. Dans le sondage effectué l'automne dernier, la moitié des répondants disaient ne pas se conformer à ce minimum (47 %) et autant affirmaient en faire plus, soit quatre séances d'activité ou plus par semaine.

«On n'est pas loin de la réalité, mais cette perception n'est pas exacte. Dans les faits, il faudrait bouger tous les jours, sans exception, et les jeunes plus d'une heure quotidiennement», souligne Mme Laberge.

Cet ordre de grandeur est du moins la recommandation de l'Organisation mondiale de la santé, à laquelle souscrit l'autorité en la matière au Québec, Kino-Québec (voir l'encadré). Il faudrait courir, faire du vélo ou n'importe quelle activité exigeante sur le plan cardiorespiratoire au moins une demi-heure par jour.

Une certaine confusion semble régner lorsqu'on parle d'activité physique. «Pour certains, prendre l'escalier trois ou quatre fois par jour équivaut au minimum requis, alors qu'on sait bien que cela n'en constitue qu'une partie, note Mme Laberge. D'ailleurs, dans l'ensemble, 25 % des répondants ont déclaré qu'ils devaient bouger davantage. Ils en étaient conscients. Et 18 % étaient complètement indifférents à cette question.»

En termes simples, disons qu'une activité physique doit être significative pour avoir des effets sur la santé. Quand vous la pratiquez, vous pouvez peut-être tenir une conversation, mais non chanter. Cela n'exclut pas la marche rapide au moment où vous faites vos courses, mais l'activité doit être soutenue et répétée régulièrement.

Collaboration interdisciplinaire

L'étude sur la perception des messages relatifs à l'activité physique n'était qu'un volet d'un vaste programme lancé en 2008 par Lise Renaud, directrice du groupe de recherche Médias et santé de l'UQAM, en collaboration avec Marie-Claude Paquette, de l'Institut national de santé publique, et Lyne Mongeau, du ministère de la Santé et des Services sociaux. Au début du projet, Mme Laberge a offert à une étudiante au doctorat en kinésiologie, Stéphanie Simard, d'y prendre part comme assistante de recherche. Celle-ci y a consacré plusieurs mois de travail et le résultat a été présenté à l'UQAM le 11 février.

«Nous avons voulu explorer dans quelle mesure le bruit médiatique lié à une saine alimentation et à un mode de vie physiquement actif crée de la confusion et de la culpabilité dans la population, indique la chercheuse. En résumé, les messages sur l'alimentation provoquent plus de confusion que ceux sur l'activité physique. Par contre, nous avons eu bien des surprises en matière de culpabilité.»

Après avoir réuni des groupes de discussion, on a élaboré un questionnaire et l'on a retenu sept questions associées à la culpabilité, par exemple «Est-ce que les messages qui vous conseillent de bouger davantage ont pour effet de vous culpabiliser de ne pas faire suffisamment d'exercice?» Aux personnes qui ont répondu positivement, on demandait ensuite si ce sentiment de culpabilité créait de l'anxiété ou du découragement.

Ce sondage ne se rapportait pas à un message en particulier, mais à ce que les chercheurs appellent «bruit médiatique», soit cette rumeur dont on ne connait pas la source mais qui semble aller de soi.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Sur le Web


souliers de courseBouger tous les jours : L'activité physique selon Kino-Québec

Chaque adulte devrait «consacrer un minimum de 30 minutes à des activités physiques d'une intensité modérée au cours de la journée, dit un avis du Comité scientifique de Kino-Québec diffusé en 1999. Cette durée doit être augmentée à 60 minutes si l'activité physique est de faible intensité ou si elle est pratiquée irrégulièrement.» De plus, chaque adulte devrait «maintenir la régularité dans la pratique d'activités physiques tout au long de l'année. Les personnes sédentaires qui sont dans cet état depuis plusieurs années doivent débuter lentement et augmenter progressivement leur dépense énergétique quotidienne.»

En 2008, le Comité scientifique de Kino-Québec a publié un nouvel avis disant que les adultes de 18 à 64 ans «devraient faire, chaque semaine, au moins 150 minutes d'activité aérobie d'intensité moyenne ou 75 minutes à intensité élevée, ou une combinaison équivalente». Une activité d'intensité moyenne s'accompagne d'un léger essoufflement; une activité d'intensité élevée entraine un essoufflement qui gêne la conversation. On recommande d'atteindre ce volume par des séances idéalement réparties tout au long de la semaine (au moins 10 minutes par période d'activité).

Les adultes devraient également faire, deux fois ou plus par semaine, des exercices de musculation d'intensité modérée sollicitant les grands groupes musculaires. On précise que «les effets bénéfiques augmentent avec le volume d'activité physique. Ainsi, faire 90 minutes d'exercice physique par semaine permet de réduire le risque de mort prématurée d'environ 20 % et en faire 300 minutes réduit ce risque de 25 % (U.S. Department of Health and Human Services, 2008).»

M.-R.S.

 

Sur le Web

 

 

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