À quoi sert la vision binoculaire?

Imprimer

Tout privilège a ses limites. La vision en 3D ne concerne qu'une partie limitée du champ visuel.Aux herbivores, les yeux latéraux et, aux carnivores, les yeux frontaux, dit-on. Mais l'être humain, tout comme le macaque et le chimpanzé, fait exception à la règle. Aucun d'eux n'entre dans la catégorie des grands prédateurs. Pourtant, leurs yeux sont frontaux, plus encore que ceux d'un lion ou d'un chat. «Une évolution qui s'est faite au détriment de leur vision panoramique», indique Maurice Ptito.

Pour le professeur de l'École d'optométrie qui a étudié la vision des primates et des chats, l'explication de cette vue frontale est à rechercher dans une composante essentielle de la vision des mammifères: la vision binoculaire. À quoi sert-elle au juste? «Les mammifères partagent avec quelques oiseaux, notamment le hibou et l'aigle, le privilège de voir le monde en trois dimensions, explique Maurice Ptito. Le paysage et les objets leur apparaissent en relief. Mais tout privilège a ses limites. La vision en 3D ne concerne qu'une partie limitée du champ visuel, soit ce qui est vu simultanément par les deux yeux.»

Maurice PtitoL'atout majeur de la vision binoculaire réside dans la perception de la profondeur et l'appréciation des distances, selon le professeur Ptito. «Chaque œil enregistre la même scène, mais selon des perspectives légèrement différentes. La superposition des deux images, puis leur comparaison permettent au cerveau d'estimer l'éloignement des objets grâce à la stéréoscopie.» L'avantage est évident pour un félin qui s'apprête à bondir sur sa proie. Mais pourquoi la vision binoculaire a-t-elle pris une telle importance chez les primates? «Entre autres parce qu'elle est fort utile à la préhension, répond M. Ptito. C'est grâce à elle que nous pouvons par exemple décrocher le téléphone sans manquer notre cible. Se déplacer, capturer une proie, attraper une branche sont autant de gestes qui nécessitent de bien calculer les distances.»

Les yeux frontaux ne sont que l'un des points forts de la vision des primates. Aucun autre groupe de mammifères ne possède un œil doté d'une si grande capacité à accommoder, c'est-à-dire à faire le point sur les objets proches. «Pour être efficace, la vision binoculaire demande une bonne vue, signale Maurice Ptito. C'est à cette condition seulement que le cerveau peut comparer et extraire les subtiles différences entre les deux images rétiniennes.»

Le chercheur rappelle également que la qualité de la vision dépend de l'ampleur du traitement de l'information visuelle par les hémisphères cérébraux. «Chez les singes et chez l'humain, ce traitement a pris une importance considérable, au point de mobiliser une grande partie du cortex cérébral», conclut-il.

Dominique Nancy

 

Sur le Web

 

Dossiers

 

Zoom sur les enfants

Que se passe-t-il quand l’enfant devient le parent de ses parents? Comment prévenir les...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

 

Le campus de l'UdeM à Laval : des débuts très prometteurs

Le campus de l'UdeM à Laval a toutes les allures d'un pari gagné: en effet, plutôt que ...

Le chiffre

11,0 G$

C’est le total des sommes déboursées par les universités canadiennes pour la recherche et le développement en 2009-2010.

Lire la suite...