Au lieu de tenter d’éradiquer les bactéries par voie médicamenteuse, des chercheurs de l’Université de Montréal ont découvert un moyen de désarmer celles-ci de manière à permettre aux mécanismes immunitaires du corps humain de les détruire. « Pour comprendre cette stratégie, on peut imaginer qu’une dangereuse bactérie est comme Darth Vader. Le but de notre recherche est le développement de médicaments antivirulence pour lui arracher son armure et son sabre de lumière », explique le Dr Christian Baron, principal auteur de l’étude et professeur au Département de biochimie.
Les maladies infectieuses causées par des bactéries pathogènes ont représenté un fléau majeur pour l’humanité. Or, grâce à l’introduction des antibiotiques au milieu du XXe siècle, la plupart des infections bactériennes ont généralement été contrôlées. La croyance voulant que la recherche biomédicale ait remporté la victoire contre ces maladies était largement répandue. Toutefois, puisque les antibiotiques éliminent les bactéries en ciblant les fonctions cellulaires essentielles de celles-ci, les plus adaptables d’entre elles apprennent à y survivre. « Les bactéries sont en mesure de développer une résistance aux antibiotiques. Elles transfèrent ensuite cette capacité à leur descendance et à d’autres bactéries. Par conséquent, la résistance a commencé à surgir parmi les bactéries peu de temps après l’introduction des antibiotiques, explique le chercheur. Dans leurs pires formes, des superbactéries ont émergé, ayant appris à résister à presque tous les antibiotiques, sinon à chacun d’entre eux. »
L’équipe du Dr Baron a découvert de petites molécules qui ciblent les protéines d’un système biologique (un système de sécrétion de type IV) nécessaire afin que plusieurs bactéries deviennent dangereuses. « Comme si nous tirions un fil lâche dans la cape de Darth Vader, nous avons trouvé une manière de détisser les détails moléculaires de l’ancrage de ces molécules à une protéine cible désignée VirB8, un élément intégral du mécanisme de virulence de l’espèce bactérienne Brucella pathogène pour les humains et les animaux », poursuit le docteur. Cette stratégie comporte de multiples avantages, puisque la résistance à de tels traitements s’avérerait vraisemblablement lente ou pourrait tout simplement ne pas se produire. Les bactéries pathogènes pourraient être rendues aussi inoffensives que celles qui habitent dans nos intestins.
Le concept de médicaments antivirulence doit encore être mis à l’épreuve à l’occasion d’essais cliniques. Néanmoins, dans les nouvelles batailles qui se présenteront dans notre guerre contre les bactéries, de telles solutions pourraient s’avérer de nouvelles armes redoutables.
Remarques :
La recherche sur laquelle repose l’étude « Identification of the binding site of Brucella VirB8 interaction inhibitors » a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (subventions IRSC MOP-64300 et MOP-84239), la Chaire de recherche Hans Selye (Bristol-Myers Squibb), le Groupe d’études des protéines membranaires (GÉPROM), un organisme financé par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS), la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) et le FRQS.
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William Raillant-Clark
Attaché de presse international
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