De la caféine dans les eaux pluviales!

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Sébastien SauvéDans l'ouest de l'île de Montréal ainsi qu'à l'extrémité est, soit dans l'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles–Montréal-Est, les égouts sont formés de deux réseaux distincts, l'un recueillant les eaux domestiques usées et l'autre les eaux de pluie s'écoulant dans les rues. Le réseau d'eaux usées conduit à l'usine d'épuration alors que celui des eaux de surface mène au fleuve ou à la rivière des Prairies.

C'est du moins ce qui est censé être. Dans les faits, ces deux réseaux ne sont pas étanches. En cas de surcharge du réseau d'eaux usées, il peut arriver que le trop-plein se déverse dans le collecteur d'eaux pluviales conduisant directement aux cours d'eau. Il se pourrait même que certains secteurs résidentiels soient connectés sur les réseaux d'eau de surface comme le soupçonnent certains groupes environnementaux.

C'est fort en café!

Pour avoir une meilleure idée de l'état de la situation, une équipe de chercheurs dirigée par Sébastien Sauvé, professeur au Département de chimie de l'Université de Montréal, a recueilli 120 échantillons d'eau dans 70 sites où aboutissent les réseaux d'eaux pluviales afin d'analyser leur teneur en coliformes fécaux et... en caféine.

Et pourquoi la caféine? «La seule teneur en coliformes ne nous renseigne pas sur l'origine de ces bactéries, qui pourraient provenir de déjections animales, que ce soit les chiens, les chats ou les oiseaux, explique Sébastien Sauvé. Mais la caféine provient soit du café, du thé ou des colas, qui ne sont consommés que par les humains. Une forte teneur en caféine est à coup sûr un indice de croisements dans les collecteurs.»

La caféine se retrouve dans les eaux d'égout parce qu'elle provient de l'urine humaine ou encore du déversement de la mouture de café dans les éviers. Une corrélation entre caféine et coliformes pourrait signifier que ces derniers sont de provenance humaine et qu'il y a donc contamination des eaux pluviales par des égouts domestiques.

Les données montrent que, sur les 120 échantillons, 93 présentent plus de 200 colonies de coliformes fécaux par litre, ce qui veut dire qu'ils dépassent le seuil sécuritaire établi pour l'eau de baignade. Les deux tiers de ces 93 échantillons contiennent plus de 400 nanogrammes de caféine par litre, ce qui est considéré comme un taux très élevé ne pouvant provenir que des égouts domestiques. À titre de comparaison, cette concentration équivaut à 10 tasses de café dans une piscine olympique.

Ces résultats font dire à l'équipe de recherche que le réseau des eaux pluviales est largement contaminé par les eaux d'égout. «Dès qu'on a une concentration de 400 nanogrammes de caféine par litre, on doit s'attendre à retrouver une contamination aux coliformes fécaux et ces coliformes sont sans aucun doute d'origine humaine», affirme Sébastien Sauvé.

Pour l'autre tiers des échantillons dépassant le seuil des 200 colonies de coliformes mais sans être à haute teneur en caféine, le professeur estime que la contamination est d'origine animale.

Mieux que la carbamazépine

Les chercheurs ont également mesuré le taux de carbamazépine – un médicament utilisé pour traiter les convulsions épileptiques – dans leurs échantillons. Étant donné que la demi-vie de ce médicament est plus longue que celle de la caféine, soit six mois contre quelques semaines, ils s'attendaient à ce qu'il constitue un meilleur marqueur d'interconnexion des réseaux que la caféine, mais la corrélation avec les coliformes n'a pu être établie.

La caféine s'avère donc un excellent marqueur pour déceler l'existence d'interconnexions entre les canalisations d'eaux usées dans un environnement urbain et c'est la première fois qu'une corrélation aussi claire est établie avec la présence de coliformes.

Cette étude est publiée dans l'édition en ligne du 8 novembre de la revue Chemosphere.

Daniel Baril

 

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