Cigarette: un outil désigne les jeunes à risque

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En 2006, 50 000 Canadiens âgés de 11 à 15 ans fumaient régulièrement la cigarette. (Photo: iStockphoto)Votre garçon de 12 ans ne fume pas régulièrement, mais il grille quelques cigarettes par-ci, par-là. Il a parfois l'impression d'avoir besoin d'une petite dose de nicotine, mais il n'a jamais consommé d'alcool. Vous-même fumez, mais ce n'est pas le cas de vos autres enfants. Et les amis de votre fils n'ont jamais touché à la cigarette. Selon ces renseignements, les probabilités que fiston devienne un fumeur quotidien durant l'année qui suit sont estimées à 23 %.

«En d'autres termes, parmi 100 individus ayant ces caractéristiques, on s'attendrait à ce qu'environ 23 d'entre eux deviennent des fumeurs quotidiens au cours de la prochaine année», explique le Dr Igor Karp, professeur adjoint au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal.

Un tel pronostic est désormais possible grâce à un outil mis au point par le Dr Karp. Pour y arriver, il a exploité les données de l'étude NICO menée par la chercheuse Jennifer O'Loughlin auprès de 1293 élèves recrutés en 1999 au sein de toutes les classes de première secondaire de 10 écoles de Montréal. «Par la suite, nous avons élaboré un modèle statistique qui inclut simultanément plusieurs facteurs de risque liés à l'initiation tabagique», signale-t-il.

Informatif et simple, le questionnaire évalue en moins de quelques minutes les risques qu'un adolescent consomme du tabac de façon quotidienne dans le courant de l'année suivante. On peut aussi mesurer les risques sur deux ans.

Il suffit de répondre à sept questions. Quel est l'âge de l'adolescent? A-t-il déjà senti le besoin de fumer? A-t-il déjà bu de l'alcool? A-t-il déjà fumé la cigarette? Au moins un de ses parents fume-t-il présentement? Au moins un de ses frères ou sœurs fume-t-il? Au moins un de ses amis fume-t-il?

Évidemment, le Dr Karp précise que ce modèle s'applique uniquement aux adolescents qui ne sont pas déjà des fumeurs quotidiens.

Igor KarpDonner un coup de pouce aux pédiatres

«Le tabagisme en général, et surtout chez les jeunes, est un enjeu de santé publique majeur», rappelle le Dr Karp. En 2006, 50 000 Canadiens âgés de 11 à 15 ans fumaient régulièrement la cigarette.

«Mais les professionnels de la santé ne possèdent pas les outils ou les connaissances nécessaires pour remédier au problème du tabagisme chez les adolescents», remarque-t-il.

Pourtant, l'American Academy of Pediatrics recommande aux pédiatres de faire du counseling tabagique. Un sondage effectué en 2002 révèle toutefois que moins de la moitié des omnipraticiens montréalais incitaient leurs jeunes patients à ne pas fumer. Seulement le tiers des médecins se disaient confiants de pouvoir les empêcher de consommer du tabac.

«Notre outil devrait faciliter ce processus en permettant aux professionnels de la santé, mais aussi aux parents et aux adolescents, de repérer rapidement ceux qui sont à risque, espère le Dr Karp. Ils pourront ainsi baser leur décision sur ces renseignements.»

La version courante du questionnaire peut déjà être consultée. «Si l'on accepte celui-ci comme étant valide, on peut y recourir, signale le chercheur. Cependant, comme dans le cas de toute recherche scientifique, le public actuellement visé est la communauté scientifique, à qui incombe la tâche d'examiner de manière critique notre travail. Ce processus est important, puisque nos travaux portent sur le comportement humain, qui est un sujet très difficile à étudier.» Entretemps, le Dr Karp planifie une étude pour valider la performance de l'outil dans un autre échantillon d'adolescents.

Marie Lambert-Chan

 

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