Pas le temps de vous entrainer tous les jours? Cessez de culpabiliser. Accomplir un aller-retour en transport en commun vous permet d'effectuer en moyenne 2500 pas et de faire ainsi le quart de l'activité physique quotidienne recommandée. Voilà les résultats obtenus récemment par Catherine Morency, titulaire de la chaire de recherche Mobilité de l'École Polytechnique de Montréal.
«Pour beaucoup de gens, marcher jusqu'à l'arrêt d'autobus ou la station de métro est le seul exercice, observe la professeure. Que ces déplacements contribuent dans une proportion de 25 % à l'activité physique quotidienne recommandée par Santé Canada est non négligeable. De plus, contrairement au gym, ce type de marche fait systématiquement partie de la routine des usagers. Pas besoin de les convaincre de s'y mettre! Bref, prendre le transport en commun est bien plus qu'un geste écologique. C'est aussi bon pour la santé.»
Mme Morency s'est appuyée sur les données de l'enquête Origine-Destination, de Transports Québec, menée en 2003. Depuis 1970, on recueille tous les cinq ans de l'information sur les déplacements des résidants de la grande région de Montréal au cours d'une journée d'automne.
Dans son étude, Catherine Morency a considéré uniquement les trajets parcourus en transport en commun sur l'île de Montréal. Elle a calculé les distances de marche entre le point d'origine et l'accès au moyen de transport, celles franchies entre les points de correspondance et enfin celles qui séparent le point d'arrivée et le lieu de destination. Le tout a été converti en nombre de pas, sachant qu'un kilomètre équivaut à environ 1250 pas.
Quelque 450 000 résidants de l'île empruntent le réseau de transport en commun au quotidien. Cela se traduit par au-delà de 1144 millions de pas, soit 45 % pour accéder au réseau depuis le lieu d'origine, 46,1 % pour atteindre la destination et 8,9 % entre les divers points de correspondance.
Un usager fera donc 561 pas pour prendre le transport en commun, 111 entre les points de correspondance et 575 sur le dernier segment le menant à sa destination, pour un total de 1247 pas pour un aller simple. Multipliez ce nombre par deux pour un aller-retour et vous obtiendrez le quart des 10 000 pas quotidiens recommandés pour maintenir une bonne forme physique.
Le train fait marcher davantage
Fait intéressant, le train de banlieue fait davantage marcher que le métro et l'autobus. Un déplacement en train équivaut à 1905 pas, alors que celui en autobus n'en produit que 1060. «Le réseau d'autobus est plus développé et la distance à parcourir pour se rendre à un arrêt est donc moindre, explique Mme Morency. Les distances d'accès pour les trains de banlieue sont supérieures. En outre, les gens qui l'utilisent acceptent de marcher davantage pour le prendre, voulant ainsi éviter un trajet supplémentaire en métro ou en autobus.»
Certains motifs de déplacement entrainent un nombre plus élevé de pas que d'autres. C'est le cas du travail et des études. «Le travail est très lié au mode de transport, remarque la professeure. Par exemple, les travailleurs sont nombreux à prendre le train et cela influe sur les résultats. De leur côté, les étudiants marchent davantage pour des questions à la fois financières et de facilité. Au contraire, les loisirs et le magasinage donneront lieu à moins de pas, notamment parce qu'ils concernent surtout les personnes plus âgées. À mesure qu'on vieillit, on réduit la taille des distances franchies.»
Autre résultat de l'étude de Mme Morency: les hommes font plus de pas que les femmes. Pour un aller en transport en commun, les premiers effectueront 1325 pas et les secondes 1186.
Le transport en commun: un mode semi-actif
On considère habituellement la marche et le vélo comme des modes actifs de transport. Les résultats de cette recherche poussent Catherine Morency à qualifier le transport en commun de «mode semi-actif».
«On pourrait offrir aux usagers d'emprunter des parcours plus sportifs grâce à un calculateur de trajet associé à un indicateur de bienfaits pour la santé, propose-t-elle. Ce serait très utile pour les gens qui connaissent moins bien le réseau et qui ne savent pas qu'au lieu d'attendre l'autobus à tel arrêt ils n'ont qu'à faire une centaine de mètres pour atteindre la prochaine station de métro.»
Cette étude a été menée en collaboration avec Martin Trépanier, professeur à l'École Polytechnique de Montréal, et Marie Demers, chercheuse associée à l'Université de Sherbrooke.
Marie Lambert-Chan
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Sur le Web
- Chaire de recherche Mobilité
(École Polytechnique de Montréal)

