Un enfant sur 25 sera victime d'une convulsion fébrile typique entre l'âge de trois mois et cinq ans. Atteint d'une forte fièvre, le petit malade aura alors le regard absent et sera agité de spasmes pendant 15 minutes ou moins.
Une forme plus extrême de cette manifestation morbide est l'état de mal convulsif, appelé aussi «status épileptique», qui est défini comme une activité convulsive constante ou intermittente sans reprise de connaissance, et ce, pendant 30 minutes ou plus. Non traité, il peut provoquer la mort. Contrairement à ce que laisse supposer son nom, cette crise ne conduit pas forcément à l'épilepsie.
Néanmoins, un seul épisode de status épileptique altère l'évolution cognitive et psychomotrice de l'enfant. C'est ce qu'a récemment découvert un groupe de chercheurs du Centre de recherche en neuropsychologie et cognition de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine.
«La crise touche des fonctions qui sont en pleine croissance et les rend donc plus vulnérables. Les enfants qui ont subi un status épileptique avant l'âge de 11 mois éprouvaient des difficultés de préhension. Certaines tâches étaient plus ardues, comme se tenir debout, marcher, monter un escalier et empiler des cubes. Les bambins âgés de plus de 11 mois avaient moins de vocabulaire. Ils ne pouvaient nommer des objets pointés dans un livre ni retrouver ceux désignés à voix haute», explique Sarah Lippé, professeure au Département de psychologie de l'UdeM.
Les chercheurs ont évalué 18 enfants de 3 à 21 mois ayant vécu un état de mal convulsif d'une durée de 30 à 100 minutes. Aucun des sujets n'avaient subi auparavant de lésions cérébrales ou démontré un quelconque retard de développement. On a comparé leurs performances avec celles d'un groupe témoin et d'un groupe d'enfants qui ont souffert d'une convulsion fébrile typique.
Tous les enfants ont obtenu des résultats plus élevés que la note de passage établie par la batterie de tests. Cependant, les sujets du groupe témoin ont beaucoup mieux performé que leurs pairs ayant été victimes d'un épisode de status épileptique, ce qui laisse dire à Mme Lippé «qu'au regard de la population en général ces derniers sont dans la faible moyenne». En somme, ils souffrent d'un léger retard, mais ils ne sont pas déficients.
Les résultats des sujets victimes d'une convulsion fébrile typique se situent à mi-chemin entre ceux des deux autres groupes. Cela confirme les conclusions d'études précédentes: un tel type de crise n'influe pas sur le développement cognitif et psychomoteur.
Des causes et des conséquences encore floues
Les causes de l'état de mal convulsif demeurent mystérieuses pour les scientifiques. «On commence à distinguer de façon plus claire les différents types de convulsion fébrile», signale Sarah Lippé. Une hypothèse pour le moment: des facteurs génétiques rendraient l'activité cérébrale de ces enfants plus sensible.
L'évolution après un épisode de status épileptique est également floue. Mme Lippé étudie les facteurs de risque qui en découlent et qui prédiraient le devenir cognitif des enfants. «La durée de l'activité convulsive, sa fréquence et la présence ou non de lésions cérébrales à postériori font partie de ces facteurs», énumère-t-elle.
Des chercheurs ont par ailleurs démontré chez les animaux que le status épileptique est à l'origine des processus pathogènes qui attaquent l'hippocampe, siège de la mémoire et des apprentissages. «Le procédé serait semblable chez l'humain, avance-t-elle. Les hippocampes droit et gauche de ces enfants ne sont pas tout à fait de la même grosseur. Mais tout cela est encore mal compris.»
L'état de mal convulsif introduirait une certaine hyperexcitabilité. En 2009, la professeure Maryse Lassonde et Sarah Lippé ont analysé la réponse cérébrale en électrophysiologie d'enfants ayant eu une convulsion fébrile atypique. Ce genre de crise dure de 15 à 30 minutes et se rapproche donc du status épileptique. «Quand on leur présentait un élément de stimulation, leur cerveau répondait beaucoup plus rapidement que celui d'un enfant normal, peut-être même trop», résume-t-elle.
Sarah Lippé a suivi pendant sept ans des enfants victimes de convulsions typique et atypique. «À long terme, les derniers risquent davantage de souffrir d'un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité.» Mais pour ce qui est du status épileptique, ajoute-t-elle, cette possibilité demeure hypothétique.
Marie Lambert-Chan
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