Le financement de la procréation assistée se révèle pertinent

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(Photo: iStockphoto)Huit-cent-quarante bébés prématurés admis aux soins intensifs néonataux; 40 décès; 46 cas de dommages graves au cerveau; 42 400 jours d'hospitalisation aux soins intensifs. Voilà les complications que les hôpitaux canadiens auraient pu éviter l'an dernier si toutes les provinces adoptaient un plan de remboursement et d'encadrement de la fécondation in vitro (FIV), qui prévient les grossesses multiples par l'implantation d'un seul embryon par cycle. C'est le cas au Québec depuis aout 2010, où l'on paie la médication et les soins associés à trois cycles de FIV.

Si l'on transférait deux embryons par cycle au tiers des femmes concernées, on éviterait l'admission de 729 nouveau-nés aux soins intensifs, 30 décès, 34 cas de dommages graves au cerveau et 35 000 jours d'hospitalisation aux soins intensifs.

«Le programme de financement de la procréation assistée n'est pas un luxe inutile, comme certains le laissent entendre. Au contraire, il sauve des vies et fait économiser de l'argent», déclare la Dre Annie Janvier à la lumière des résultats de son étude parue dans The Journal of Pediatrics le 14 avril.

La néonatologiste du CHU Sainte-Justine et ses collègues Keith Barrington et Bridget Spelke ont mis en évidence les conséquences médicales et économiques des grossesses multiples avant l'entrée en vigueur du programme l'été dernier.

Mme Janvier rappelle que 15 % des couples sont infertiles. Bien qu'il y ait plusieurs traitements efficaces pour remédier au problème, nombre de patientes recourent à la FIV. «Plus on implante d'embryons, plus les chances de grossesse sont élevées, signale-t-elle. Par contre, plus la femme a de fœtus dans son ventre, plus grands sont les risques pour ses futurs enfants et pour elle-même.»

En effet, les gestations multiples sont une des causes importantes liées à l'augmentation du taux de prématurité et elles entrainent souvent des complications fœtales et néonatales couteuses. «Il n'y a pas d'autres solutions à ce problème qu'un remboursement partiel ou total de la fécondation in vitro, encadrée par des règles rigoureuses qui limitent généralement à un le transfert d'embryon par cycle», affirme Mme Janvier.

Lorsqu'ils travaillaient à l'hôpital Royal Victoria, les chercheurs ont comparé les admissions au service des soins intensifs néonataux de cet établissement hospitalier sur une période de 10 ans, soit entre 1996 et 2005, et pendant 2 ans, soit entre 2005 et 2007. Au cours de cette dernière période, 17 % des bébés traités aux soins intensifs étaient le fruit de grossesses multiples induites par des techniques de procréation assistée, ce qui représente 82 nouveau-nés. «Une augmentation significative», dit Mme Janvier. Parmi ces bébés, 75 étaient des jumeaux ou des triplés issus d'une FIV. Six d'entre eux sont morts, cinq ont subi des saignements importants dans le cerveau en raison de leur naissance prématurée et quatre ont souffert d'une rétinopathie pouvant potentiellement les rendre aveugles.

Selon les chercheurs, une politique canadienne comme celle du Québec réduirait de façon vertigineuse les couts associés aux soins intensifs néonataux, qui sont estimés à 1000 $ par jour. Cela représenterait donc une économie de 40 M$ par année au Canada. «En bout de ligne, cela dépasse largement les frais relatifs au remboursement de la FIV», note Annie Janvier.

Le Québec est sur la bonne voie, remarque la néonatologiste. «Depuis l'entrée en vigueur du programme, le taux de grossesses multiples dues à la FIV est passé de 34 à 3,8 %.» Quant à l'explosion des listes d'attente, elle réplique que «tous les pays qui ont adopté des mesures pour rembourser et encadrer la procréation assistée ont connu ce phénomène au cours des deux années ayant suivi l'instauration du programme. En effet, les couples infertiles depuis longtemps et qui n'avaient pas les ressources financières nécessaires pour avoir un enfant s'ajoutent désormais aux couples dont l'infertilité a été nouvellement diagnostiquée.»

Conflits d'intérêts

Les critiques ont fusé de toutes parts lorsque le gouvernement du Québec a annoncé qu'il paierait les traitements de FIV. Mais pour Annie Janvier, qui fait partie de la table de consultation du Réseau québécois en procréation assistée, c'était la décision responsable à prendre dans un contexte de santé publique.

«Les grossesses multiples causées par la FIV constituent une épidémie silencieuse dont nous sommes tous complices, croit-elle. Certains couples veulent un enfant à tout prix. Ils déboursent tellement d'argent pour ces traitements qu'ils préfèrent maximiser leurs chances avec l'implantation de plusieurs embryons.»

Des études ont montré que 85 % des mères sans enfant qui font appel aux cliniques de fertilité pour une FIV veulent des jumeaux, malgré les risques liés aux grossesses multiples. Selon d'autres études, les patientes ne désirent plus qu'on leur implante deux embryons si on leur rembourse la FIV.

«De leur côté, les médecins pratiquant dans les cliniques privées sont en situation de conflit d'intérêts, commente-t-elle. Ils gèrent une entreprise qui se doit d'être performante. Ils cherchent donc à afficher des taux de grossesse compétitifs afin d'attirer les couples dans leur clinique. Pour y parvenir, il est à leur avantage de transférer plus d'un embryon.»

La néonatologiste est catégorique: ces complications créées de toutes pièces par le système médical sont évitables. Et il ne suffit pas d'encadrer cette pratique. «Si l'on balise les traitements sans les rembourser, les femmes feront du tourisme reproductif», fait-elle observer. Cette dépense est certes considérable pour le gouvernement, mais Annie Janvier préfère relativiser la situation. «Les frais d'une FIV ne sont pas comparables à ceux exigés pour les soins d'un prématuré qui risque d'être handicapé à vie. Pourquoi prend-on ces risques? Pourquoi devrions-nous jouer à la loterie de la vie?»

Marie Lambert-Chan

 

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