Deux implants cochléaires valent-ils mieux qu'un?

Imprimer

La pose d’implants cochléaires en bas âge aide l’enfant dans sa vie quotidienne.On connait le dicton Deux oreilles valent mieux qu'une. En est-il de même pour les implants cochléaires? Pas si sûr, semble dire Charlaine Michaud. «Ce qui semble relever de l'évidence est peu documenté. J'ai répertorié seulement quatre études concernant l'implantation cochléaire bilatérale et les résultats de ces travaux révèlent une grande variabilité», indique l'étudiante à la maitrise en orthophonie, qui a effectué une recherche sur le sujet au cours d'un stage clinique.

Comme le mentionne la future orthophoniste, les bienfaits associés à l'implantation d'un appareil cochléaire chez les enfants atteints de surdité profonde ou complète à la naissance ne sont pas uniformes chez tous les jeunes. «C'est connu. Les avantages langagiers varient selon les enfants et l'âge auquel ils ont reçu l'implant. Ce qu'on ne sait pas, c'est si l'implantation bilatérale, soit dans les deux oreilles, a de plus grands effets positifs sur le développement du langage.»

Malgré la variabilité observée dans les études, les résultats laissent entendre que deux implants cochléaires influencent positivement la vie quotidienne des enfants. «Les jeunes sont intelligibles par un plus grand nombre de personnes», signale Charlaine Michaud. Certains parents ont par ailleurs l'impression que leur petit est plus en sécurité dans des situations potentiellement dangereuses (par exemple traverser la rue) compte tenu qu'ils entendent mieux. Mais l'implantation cochléaire bilatérale n'est pas nécessairement synonyme de réussite langagière. «En général, les enfants ne sont pas meilleurs sur le plan du langage», souligne Mme Michaud.

Toutefois, l'implantation cochléaire bilatérale peut influer positivement sur le développement langagier lorsque les implants sont posés avant l'âge de trois ans. «Les habiletés liées au vocabulaire et à la communication chez des enfants qui ont reçu en bas âge un implant cochléaire dans chaque oreille ont été comparées avec celles d'un groupe d'enfants qui bénéficiaient d'une stimulation bimodale, soit un implant cochléaire dans une oreille et un appareil auditif dans l'autre. Les résultats de cette étude ont démontré que la communication préverbale était meilleure. Les jeunes avec deux implants cochléaires étaient davantage portés à utiliser leur audition et leur vocalisation pour communiquer avec leurs pairs. C'est bon signe puisqu'on peut penser qu'à long terme le reste des habiletés en communication vont mieux se développer», soutient Charlaine Michaud, dont la présentation, le 27 aout dernier au Colloque des étudiants de maitrise en orthophonie, a connu un franc succès.

Charlaine MichaudDes recommandations

Mme Michaud fait remarquer que les appareils auditifs classiques peuvent ne pas suffire dans certains cas de surdité profonde. «Quand l'oreille interne est ainsi atteinte, l'implant cochléaire peut aider l'enfant. Contrairement aux aides auditives, ce dispositif stimule directement la cochlée au moyen d'électrodes implantées chirurgicalement», explique-t-elle. Les implants sont posés à vie, généralement d'un seul côté à la fois afin de minimiser les conséquences en cas de rejet.

À partir des tendances constatées dans la littérature scientifique, Charlaine Michaud a dressé des lignes directrices concernant les informations à transmettre aux parents. Certaines sont cruciales, selon elle: «Si l'on croit que l'implantation cochléaire bilatérale est appropriée pour l'enfant, il faut rappeler aux parents que l'adaptation de l'enfant à l'appareillage prend du temps. Leur engagement dans l'apprentissage auditif de leur enfant est également primordial. Enfin, on doit présenter les avantages et les inconvénients de façon objective et impartiale, car en bout de ligne la décision revient aux parents.»

Formation de la relève

Ce rapport de stage a nécessité «beaucoup de travail», confie Charlaine Michaud. Même si elle ne se destine pas à une carrière de chercheuse, elle affirme avoir bien aimé cette première expérience de recherche.

À l'évocation de ce commentaire, Bernadette Ska, professeure à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal et organisatrice du Colloque des étudiants de maitrise en orthophonie, sourit. «Notre but premier est de rendre les étudiants autonomes afin que leur pratique future soit basée sur des données probantes, dit-elle. Si, de plus, par les efforts que nous mettons dans l'enseignement et la recherche nous parvenons à transmettre notre passion, les objectifs visés sont atteints.»

En plus de ses occupations d'universitaire, la professeure Ska organise depuis sept ans cette activité annuelle où les étudiants à la maitrise en orthophonie sont invités à présenter les résultats des projets réalisés (rapport de stage ou travail dirigé) dans le courant de leurs études.

«Cette année, le Colloque a attiré quelque 200 personnes», rapporte Bernadette Ska, qui a pu compter sur l'appui d'une agente de recherche, Michèle Baril, pour la logistique informatique de la rencontre.

Dominique Nancy


Sur le Web


 

La surdité de l'enfant en chiffres

Près de 6 enfants sur 1000 naissent chaque année au pays avec une surdité profonde ou complète. D'autres perdent l'ouïe en grandissant (surdité congénitale évolutive ou surdité acquise). En fonction de l'âge de détection, on distingue la surdité «prélinguale», c'est-à-dire avant l'âge de deux ans et l'apprentissage du langage, et la surdité «postlinguale», qui se manifeste à l'âge de cinq ou six ans, une fois le langage acquis. Ces enfants sont naturellement candidats à la pose d'un implant cochléaire. Au Canada, ce type d'implant a déjà permis à quelque 60 000 sourds de retrouver une certaine perception des sons.

 

Dossiers

 

Zoom sur les enfants

Que se passe-t-il quand l’enfant devient le parent de ses parents? Comment prévenir les...

 

Sortir de sa bulle grâce à l'interdisciplinarité

En militant, il y a plus de 25 ans, pour une pensée complexe qui accueillerait l'enchevê...

 

Le campus de l'UdeM à Laval : des débuts très prometteurs

Le campus de l'UdeM à Laval a toutes les allures d'un pari gagné: en effet, plutôt que ...

Le chiffre

11,0 G$

C’est le total des sommes déboursées par les universités canadiennes pour la recherche et le développement en 2009-2010.

Lire la suite...