Les jeunes de la communauté mohawk de Kahnawake à risque de surpoids mangent plus de croustilles, de desserts et d'aliments de restauration rapide en collation que les enfants de la réserve qui sont obèses. «Voilà qui est préoccupant, car ils risquent d'être affectés par l'obésité et l'excès de poids à l'âge adulte. Pourtant, ce groupe de sujets est rarement ciblé par les chercheurs et c'est une erreur. On pourrait en apprendre davantage sur ce qui amène à devenir obèse en s'intéressant aux comportements alimentaires de tous les jeunes, pas juste ceux aux prises avec une surcharge pondérale», affirme Geneviève Mercille, étudiante au doctorat à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et auteure d'une étude publiée l'été dernier dans la revue scientifique Public Health Nutrition.
Cosignée par Olivier Receveur, professeur au Département de nutrition, et une collègue de l'Université McGill, Ann Macaulay, l'étude a été réalisée à partir des données du Kahnawake Schools Diabetes Prevention Project. Quelque 450 enfants de 8 à 12 ans de la réserve ont rempli des questionnaires à différentes époques (en 1994, 1998 et 2002) sur leurs habitudes alimentaires. Ils ont ensuite été répartis en trois groupes: ceux avec un poids normal, ceux à risque d'un surplus de poids et ceux qui sont obèses. Les analyses ont permis de constater un lien entre la quantité et la qualité des collations et le poids des enfants. Les jeunes à risque d'un surplus de poids privilégient plus souvent que les enfants obèses des aliments gras à forte densité énergétique: croustilles, desserts, frites, pizzas, hotdogs, hamburgers, ailes de poulet, etc.
«Les enfants qui mangent ces aliments plusieurs fois par semaine risquent d'avoir des ennuis de santé plus tard. Les communautés autochtones sont deux fois plus touchées que le reste de la population québécoise par l'obésité et l'excès de poids», rappelle la chercheuse.
Mais comment explique-t-on que les jeunes Mohawks obèses semblent avoir une meilleure alimentation que ceux à risque de surpoids? «Cela peut sembler étrange et sans doute que des sujets ont omis de mentionner certains éléments, reconnait Geneviève Mercille. Mais il est aussi possible que les parents d'enfants obèses apportent des améliorations à la qualité de l'alimentation à la maison afin d'aider leurs jeunes à retrouver un poids santé.»
Son étude fait suite à une recherche menée par le professeur Receveur et à laquelle Forum avait fait écho («Le régime alimentaire des autochtones ne s'améliore pas», 24 mars 2008). Les travaux de M. Receveur et son équipe avaient démontré que ce sont principalement les frites et les croustilles qui rendent les jeunes Mohawks de Kahnawake obèses. Ils ont également permis de constater que 10 ans d'intervention dans la communauté n'ont pas donné les résultats souhaités en matière de prévention de la mauvaise alimentation chez les enfants. L'étude de Mme Mercille visait à favoriser une intervention plus efficace en ciblant mieux les aliments indésirables.
Huit ans avec les Attikameks
Nutritionniste de formation, Geneviève Mercille a travaillé pendant huit ans auprès de trois communautés attikameks de la Haute-Mauricie avant d'obtenir, en 2007, une maitrise en santé communautaire de l'Université de Montréal. «J'ai adoré mon expérience avec les autochtones, mais mes outils de nutritionniste ne suffisaient pas vu l'ampleur de la tâche. J'ai alors décidé de retourner aux études dans le but de revenir sur le terrain. Je n'avais pas prévu avoir la piqure pour la recherche», raconte cette dynamique mère d'une fillette de sept ans.
Actuellement, Mme Mercille effectue un stage doctoral à la Direction de santé publique de Montréal et mène de front des études de troisième cycle à la Faculté de médecine sous la direction des professeures Lucie Richard (sciences infirmières) et Lise Gauvin (médecine sociale et préventive). Financée par les Instituts de recherche en santé du Canada et le Réseau de recherche en santé des populations du Québec, sa recherche porte sur les inégalités quant à l'accès à une saine alimentation dans les quartiers. «Je m'intéresse aux facteurs environnementaux, notamment le bâti et le social, pour voir s'ils sont associés au fait de manger moins de fruits et de légumes.» Trouve-t-on plus de consommateurs de pommes et de brocoli à Laval que dans Hochelaga-Maisonneuve? C'est ce que permettra de découvrir sa recherche. Le dépôt de sa thèse est prévu pour l'été 2012.
Dominique Nancy
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