Des chercheurs ont identifié la cause génétique des syncinésies d'imitation, communément appelées mouvements en miroir. Les personnes concernées sont souvent dans l'impossibilité d'utiliser une seule main à la fois : la flexion de la main droite, par exemple, provoque l'apparition involontaire du même mouvement dans la main gauche. Même si l'on peut observer des mouvements en miroir au niveau des doigts, des mains, des avant-bras, des orteils et des pieds chez les jeunes enfants, la persistance de ce phénomène au-delà de l'âge de 10 ans est plutôt inhabituelle.
La mutation génétique à l'origine de ces syncinésies d'imitation porte le nom de DCC (Deleted in Colorectal Carcinoma). Cette découverte importante lève le voile sur les mécanismes à l'origine des mouvements en miroir et enrichit les connaissances scientifiques sur le fonctionnement du cerveau. Publiée dans le dernier numéro de la revue Science, cette découverte est le fruit d'une collaboration entre des chercheurs de l'Université de Montréal, du Centre de recherche du CHU-Sainte-Justine, du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, de l'Institut de recherches cliniques de Montréal, de l'Institut de cardiologie de Montréal et de l'Université des sciences médicales Jundishapour.
« Nous avons découvert que tous les membres d'une même grande famille présentant des mouvements en miroir étaient porteurs de la même mutation DCC, souligne Guy Rouleau, auteur principal, professeur à l'Université de Montréal, directeur du Centre de recherche du CHU-Sainte-Justine et scientifique au Centre de recherche du CHUM. Notre étude donne à penser qu'il existe chez ces personnes une insuffisance du produit du gène DCC qui, en temps normal, signale aux cellules cérébrales de commander le croisement des processus moteurs d'un côté du cerveau à l'autre. Autrement dit, les mutations DCC ont un impact sur la manière dont le cerveau communique avec les membres. »
La découverte de la mutation DCC est importante, indique le Dr Rouleau : « Notre étude fournit des indices importants sur la constitution du cerveau humain. Un des mystères de la neurologie est de savoir comment et pourquoi il y existe un croisement des voies neurologiques. Aujourd'hui, nous avons contribué à lever le voile sur le “comment”. »
Selon le Dr Frédéric Charron, co-auteur de l'étude et directeur d'une unité de recherche à l'Institut de Recherches Cliniques de Montréal, « Ces travaux de recherche présentent beaucoup intérêt et de larges ramifications car, malgré le grand nombre d'études consacrées au gène DCC sur des modèles vivants tels que les mouches des fruits, les vers et les souris, notre étude est la première à mettre en lumière le rôle du gène DCC dans la formation des connections entre les cellules cérébrales chez l'humain. »
Des échantillons canadiens et iraniens
Dans le cadre de cette étude, l'équipe de recherche a analysé les gènes de quatre générations d'une famille canadienne-française présentant des mouvements en miroir. L'autre échantillon se composait d'une famille iranienne présentant les mêmes troubles. Les gènes des deux familles ont été comparés à ceux de 538 personnes non touchées.
« Les résultats des examens généraux et neurologiques, ainsi que des examens d'imagerie par résonance magnétique du cerveau, étaient par ailleurs normaux chez les personnes présentant des mouvements en miroir, explique la Dre Myriam Srour, auteure principale de l'étude, neurologue pédiatre et étudiante de doctorat à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Par contre, seules les personnes qui présentaient des mouvements en miroir étaient porteuses de la mutation DCC. »
Chez les participants à l'étude, les mouvements en miroir étaient apparus pendant la petite enfance ou l'enfance et avaient persisté au fil du temps. Près de la moitié d'entre eux étaient néanmoins en mesure de supprimer au moins partiellement leurs mouvements involontaires et de fonctionner normalement.
Partenaires de recherche :
Cette étude a été subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada.
À propos de l'étude :
L'article « Mutations in DCC Cause Congenital Mirror Movements », publié dans la revue Science, est signé Myriam Srour, Jean-Baptiste Rivière, Marie-Pierre Dubé, Simon Girard, Patrick A. Dion, Daniel Rochefort, Pascale Hince, Sabrina Diab, Sylvain Chouinard, Hugo Théoret et Guy A. Rouleau de l'Université de Montréal; Jessica M.T. Pham, Steves Morin et Frédéric Charron de l'Institut de recherches cliniques de Montréal; Géraldine Asselin de l'Institut de cardiologie de Montréal et Naser Sharafaddinzadeh de l'Université des sciences médicales Jundishapour.
Sur le Web :
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