Émergence d'une nouvelle spécialité médicale: la gérontopsychiatrie

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«À un âge avancé, la psychopathologie change de forme, devient plus complexe et plus intense», souligne Marie-Andrée Bruneau.Ce n'est une nouvelle pour personne: la population du Québec vieillit et, qui dit personnes âgées, dit soins spécialisés. Cela vaut aussi pour les soins psychiatriques. L'automne dernier, le Département de psychiatrie de l'Université de Montréal créait un comité de gérontopsychiatrie afin de donner plus d'ampleur aux activités de formation dans ce domaine.

«Il faut d'abord faire connaitre l'existence de cette spécialité, la promouvoir auprès des étudiants, voir à ce qu'elle ait sa place en formation continue, définir des axes de recherche et établir des liens entre chercheurs et cliniciens», mentionne la Dre Nathalie Shamlian, présidente de ce comité et chef du service de gérontopsychiatrie de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.

Actuellement, on compte moins de 20 gérontopsychiatres rattachés à l'UdeM et qui dispensent la formation dans les divers hôpitaux de la métropole. «Nous travaillons en équipe avec d'autres spécialistes et professionnels de la santé, ce qui nous permet de fournir des services de qualité malgré le faible effectif, ajoute la professeure. Mais il est souhaitable que les services de gérontopsychiatrie disposent de plus de ressources.»

Tout semble donc à faire pour poser les bases de cette nouvelle spécialité qui vient de se voir reconnue par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Mais l'ampleur de la tâche ne décourage pas la présidente du comité, qui se dit «passionnée par le défi» et qui tient à souligner l'esprit dévoué et positif de son groupe de travail.

Nathalie ShamlianAppel à la volonté politique

Il faudra effectivement beaucoup de passion et de détermination, car la volonté politique de satisfaire ces nouveaux besoins n'est pas toujours au rendez-vous. «Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n'a pas de plan d'action relatif à la santé mentale et aux troubles cognitifs chez les personnes âgées et nous sommes en retard sur ce qui se fait en Europe», déplore la Dre Shamlian.

À titre d'exemple, elle indique qu'un rapport sur la maladie d'Alzheimer soumis l'année dernière est demeuré sans suite à ce jour. Et le plan d'action du MSSS présentement en cours d'implantation dans le secteur de la psychiatrie ignore la spécificité des gens âgés, qui ont besoin de services adaptés à leur condition.

Les problèmes rencontrés en gérontopsychiatrie ont notamment trait aux manifestations psychiatriques et comportementales des affections dégénératives telles les maladies d'Alzheimer et de Parkinson, à la polymédication, aux troubles anxieux, dépressifs et bipolaires, en plus de la comorbidité avec les handicaps physiques. Le suicide des ainés est aussi un problème important dont la fréquence est sous-estimée.

«À un âge avancé, la psychopathologie change de forme, devient plus complexe et plus intense», signale la Dre Marie-Andrée Bruneau, psychiatre à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) et membre du comité.

«Même si dans le discours politique on affirme accorder de l'importance aux personnes âgées, les soins à domicile et les soins prolongés en établissement ne répondent pas toujours aux standards souhaités faute de budget et de personnel suffisants, déclare-t-elle. La population vieillit et nous ferons face à une crise si nous ne revoyons pas l'organisation de ces soins.»

«Les familles se sentent vulnérables et démunies, renchérit Nathalie Shamlian. Et les gens âgés, qui ont construit le système de santé, ont besoin d'être rassurés et de ne pas se sentir comme un fardeau financier pour le système.»

La reconnaissance de la gérontopsychiatrie par le Collège royal devra également se refléter dans les effectifs que les universités et le MSSS consacreront à cette spécialité, ce qui implique la levée du moratoire ministériel sur le recrutement de psychiatres en milieu universitaire, font valoir les membres du comité.

Recherche et projets novateurs

Malgré cette toile de fond, Marie-Andrée Bruneau signale la mise en place de nombreux projets novateurs dans les établissements de santé et les centres de recherche. Ainsi, à l'IUGM, on s'apprête à lancer un projet de téléconsultation par vidéoconférence, et une équipe multidisciplinaire consacrera ses travaux aux maladies dégénératives. Des services de soutien aux aidants naturels sont en outre offerts.

Des initiatives semblables ont vu le jour à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, où des équipes pluridisciplinaires effectuent des visites à domicile et dans les CHSLD. Une clinique de la mémoire, dirigée par la Dre Shamlian, a par ailleurs été implantée en 2004.

Le comité de gérontopsychiatrie a aussi pour objectif d'encourager la recherche. «Il faudra d'abord concevoir une infrastructure pour permettre la rencontre des cliniciens et des chercheurs», précise Ovidiu Lungu, chercheur au Département de psychiatrie et au Centre de recherche de l'IUGM.

Les travaux de recherche portent entre autres sur la dépression, les troubles cognitifs, l'incidence de ces maladies et leur traitement. Mentionnons par exemple ceux du Dr Emmanuel Stip, directeur du Département de psychiatrie, sur un pilulier électronique facilitant l'observance thérapeutique, ceux de la Dre Sylvie Belleville (IUGM) sur les troubles cognitifs légers ou encore ceux du Dr Richard Boyer en épidémiologie psychiatrique.

Pour rapprocher chercheurs et cliniciens, le comité de gérontopsychiatrie entend organiser des colloques dont le premier est prévu pour 2011.

«Nous espérons qu'ainsi l'Université de Montréal deviendra le point de référence et de ralliement en gérontopsychiatrie», conclut Nathalie Shamlian.

Daniel Baril

 

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