Il faut bouger pour contrer les maux de dos!

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Sylvie Nadeau et Christian Larivière ont réussi à déterminer quelle position corporelle et quel type de soutien du bassin renforcent adéquatement les muscles du dos.Un sac de ciment soulevé et hop! vous voilà plié en deux, les jambes raides et grimaçant de douleur. C'est la lombalgie! Cette affection, communément appelée «tour de reins» ou «lombago», engendre chez certains individus une aversion pour l'activité physique.

On sait aujourd'hui que la mise au repos complète ou la réduction des activités physiques sont à éviter dans le cas des maux de dos. La sédentarité peut entrainer une atrophie des muscles qui complique tout retour à la normale. Voilà pourquoi on incite les patients lombalgiques à adhérer à un programme de reconditionnement à l'effort.

Quels exercices favoriser? C'est ce à quoi une équipe de chercheurs dirigés par Christian Larivière, professeur associé à l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal et chercheur à l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), tente de répondre. Ils ont soumis des sujets âgés de 18 à 55 ans, avec et sans troubles musculosquelettiques, à divers exercices. «Si l'on veut créer des changements physiologiques favorables au développement de l'endurance des muscles du dos, il est important que l'entrainement cible ces muscles et non d'autres groupes musculaires, comme les extenseurs de la hanche», souligne M. Larivière.

Au préalable, les scientifiques ont installé des électrodes d'électromyographie de surface sur une douzaine de muscles extenseurs de la hanche et sur les muscles du dos afin de mesurer le niveau d'activation et de fatigue musculaire. «L'électromyographie de surface est une technique qui permet d'évaluer l'activité électrique produite par la contraction des muscles, explique M. Larivière. Grâce à cette technique, on peut cibler les muscles qui se fatiguent avant même l'apparition des signes d'une baisse de force, ce qui la rend intéressante.»

Dans ses recherches auprès de 56 hommes et femmes, l'équipe de M. Larivière a réussi à déterminer quels exercices, quelle position corporelle et quel type de soutien du bassin renforcent adéquatement les muscles du dos.

Les résultats sont présentés dans deux articles parus récemment dans le Medicine & Science in Sports & Exercice. Ces travaux, financés par l'IRSST, ont été réalisés en collaboration avec des chercheurs de l'UdeM (Rubens A. Da Silva, étudiant au doctorat, Sylvie Nadeau et Bertrand Arsenault, professeurs à l'École de réadaptation), de l'IRSST (André Plamondon) et de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal (Roger Vadeboncoeur).

Stabilisation partielle du bassin et jambes allongées

Depuis ses études postdoctorales en sciences biomédicales à l'Université de Montréal de 1999 à 2001, Christian Larivière s'intéresse à l'évaluation de certaines déficiences musculaires, soit la faiblesse et la fatigabilité des muscles du dos, qui sont parfois en cause chez les patients atteints d'une lombalgie chronique.

«Plusieurs travaux en réadaptation donnaient à penser qu'une bonne endurance musculaire avait un effet protecteur sur le dos. Une moins grande endurance pourrait être à la source d'une première lombalgie. Pour vérifier cette hypothèse, il fallait d'abord trouver un outil capable d'évaluer correctement la fatigue musculaire et de la caractériser objectivement. C'est ce que j'ai fait durant mes études postdoctorales.»

Par la suite, le chercheur a poursuivi cet objectif avec ses collègues de l'UdeM et de l'IRSST. Grâce à une subvention de la Fondation canadienne pour l'innovation obtenue par la professeure Nadeau, spécialiste de l'évaluation de la fonction musculaire, les chercheurs ont eu accès à un appareil de musculation permettant des flexions et des extensions du tronc et ils ont ainsi pu mettre sur pied un projet de recherche novateur.

«Le projet était divisé en trois phases, indique M. Larivière. Dans la première, on a élaboré un protocole destiné à quantifier la fatigabilité musculaire afin de bien estimer la condition du patient. Dans la deuxième, on a comparé divers exercices afin de déterminer quels étaient ceux qui permettaient de mieux activer les muscles du dos. Enfin, dans la troisième phase du projet, on a évalué si les muscles ciblés (dos) dans notre programme d'entrainement se fatiguaient plus rapidement que les autres (extenseurs de la hanche).»

Les résultats des tests démontrent que les exercices exécutés sur un appareil de musculation sont très efficaces. Une stabilisation partielle du bassin (effet obtenu en plaçant un coussin au bas du dos) amène une meilleure sollicitation des muscles dorsaux. Ceux-ci travaillent donc davantage. Par ailleurs, le fait d'allonger les jambes vers l'avant étire les muscles extenseurs de la hanche et les rend plus forts. Ils ne forcent donc pas autant à l'effort. «Cette combinaison permet de diminuer l’action des muscles extenseurs de la hanche tout en favorisant l’activation des muscles du dos», précise Christian Larivière.

Bien que l'effet protecteur de l'endurance contre les récidives de lombalgie reste encore à prouver, le chercheur recommande ces exercices, qui ne peuvent être que bénéfiques pour réduire les douleurs et les incapacités associées aux maux de dos. Il préconise toutefois aux gens dont les incapacités sont élevées de commencer par des exercices au sol comportant des efforts faibles ou modérés. «Progressivement, lorsque la personne est plus confiante, elle peut faire des exercices à l'aide d'appareils qui demandent des contractions musculaires plus importantes.»

Dominique Nancy

 

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Sur le Web


 

Les maux de dos, un enjeu économique

Plus de 6 Québécois sur 10 souffrent ou souffriront de maux de dos durant leur vie. «Les troubles musculosquelettiques sont un problème majeur de santé publique», affirme Christian Larivière. C'est aussi un important enjeu économique: en 2007, les personnes affectées par des maux de la colonne vertébrale (douleurs cervicales, dorsales et lombaires) ont réclamé à la Commission de la santé et de la sécurité du travail une somme de 516 M$. Les maux de dos représentent près de 30 % de l'ensemble des lésions professionnelles. La région lombaire est touchée dans plus de 60 % de ces cas.

D.N.

 

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