Qu'est-ce qu'un chercheur?

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(illustration : Benoit Gougeon)On les appelle souvent des rats de laboratoire. Certains les imaginent sérieux, en blouse blanche, l'œil rivé à leur microscope, manipulant éprouvettes et béchers. D'autres les voient tels des chefs d'équipe dynamiques lancés dans la course aux brevets, dirigeant les travaux de recherche d'étudiants et menant des études grâce à de l'équipement ultrasophistiqué. Un chercheur, c'est également, dans l'imaginaire collectif, un solitaire dans sa tour d'ivoire entouré de ses livres avec pour tout matériel son ordinateur.

La réalité est tout autre... ou du moins beaucoup plus complexe. La science, c'est aussi une affaire d'idées, de créativité et de méthodes qui dépendent beaucoup des hommes et des femmes qui la font. En fait, il y a autant de figures de porteurs de savoir que de chercheurs eux-mêmes. Nombre de scientifiques de renom – comme Albert Einstein, Henri Poincaré et Max Planck – ont réfléchi à la nature de la science, à sa démarche et aux aspects philosophiques de leurs recherches. Mais on connait encore peu le travail de ces gens qui inventent l'avenir et permettent de mieux comprendre notre passé, ce que nous sommes.

Afin de dissiper l'aura de mystère qui flotte autour de l'activité scientifique, Forum a posé la question suivante à cinq chercheurs renommés de l'UdeM: qu'est-ce qu'un chercheur?

Dominique Nancy


 

Jacques De Champlain

Professeur au Département de physiologie et chercheur à l'Institut de recherches cliniques de Montréal

Un chercheur, c'est une personne à la recherche de nouvelles connaissances comme l'explorateur de jadis était à la recherche de nouveaux horizons et de nouveaux mondes. Pour atteindre ses objectifs, le chercheur doit, cependant, posséder certaines qualités essentielles.

Le chercheur est, avant tout, animé par une profonde curiosité et une imagination féconde, et par la volonté déterminée de mieux comprendre le monde autour de lui. Il doit aussi faire preuve d'audace et de courage, car, pour trouver les réponses à ses questions, il devra emprunter le plus souvent les sentiers les moins fréquentés et inexplorés. C'est un créateur, un inventeur qui juxtapose de façon inédite les connaissances antérieures pour échafauder des hypothèses de travail originales.

En plus d'être un observateur critique, il doit se montrer particulièrement attentif aux découvertes inattendues, qui sont souvent porteuses d'indices de connaissances insoupçonnées. Il puise son énergie dans sa passion de découvrir, de transmettre et de partager le fruit de son labeur. Par ses contributions créatrices, le chercheur se classe parmi les bâtisseurs de la culture, laquelle constitue la vraie richesse de l'humanité.

 

Jocelyn Faubert

Titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-Essilor sur la presbytie et la perception visuelle et professeur à l'École d'optométrie

Être chercheur est une façon de penser et d'agir. Un chercheur doit aussi posséder certaines qualités indispensables. Il est avant tout curieux, créatif et un peu rebelle. Rebelle en ce sens qu'il lui faut parfois remettre en question des choses qui semblent évidentes. En recherche, rien ne doit être tenu pour acquis.

Le chercheur n'est pas seulement un découvreur, c'est également quelqu'un qui réunit les qualités humaines nécessaires pour gérer les émotions des membres de son équipe et leur transmettre ses connaissances. Il a en outre la responsabilité de moduler leur façon de penser la recherche et de les inspirer afin d'assurer une rigueur scientifique et une relève de chercheurs performants et inventifs.

 

Marielle Ledoux

Professeure et directrice du Département de nutrition

La démarche du chercheur s'apparente un peu à celle du détective. Devant un problème, il doit émettre des hypothèses et s'interroger sur la meilleure méthodologie à utiliser pour les démontrer ou les infirmer. Comme le détective, il doit, après l'analyse des données, parfois retourner en arrière pour explorer d'autres pistes afin de pouvoir expliquer le phénomène à l'étude. C'est donc quelqu'un qui accepte les bifurcations.

Son travail n'est pas fait de façon isolée, il prend pour assise celui de ses prédécesseurs. Une fois que le chercheur a atteint ses objectifs, il reprend la même démarche. Car les questions sont comme les poupées russes, elles cachent toujours d'autres questions.

 

Guy Rocher

Professeur au Département de sociologie et chercheur au Centre de recherche en droit public

Pour moi, un chercheur, c'est un curieux obsessionnel. Un curieux parce qu'il s'agit de quelqu'un qui ne se satisfait pas de ce qu'on sait déjà et qui essaie d'en apprendre davantage. Il est obsessif, car la recherche devient une passion, une fascination.

Dans cette optique, le chercheur doit forcément posséder un grand bagage d'informations, notamment pour ce qui est des théories, des concepts et des constats de ses prédécesseurs. En recherche, on ne construit pas sur rien. Au contraire, on bâtit à partir de ce qui existe déjà.

Le chercheur est donc quelqu'un qui est savant dans son domaine, mais qui ne s'en contente pas et qui veut toujours acquérir des connaissances afin de mieux comprendre le monde qui l'entoure.

 

Sylvie Mader

Professeure au Département de biochimie et chercheuse à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie

Un chercheur, c'est quelqu'un qui travaille essentiellement à l'avancement des connaissances et des savoir-faire. Dans chaque domaine, la recherche doit intégrer l'état des connaissances actuelles mais également la technologie et les procédés qui s'offrent aux chercheurs pour répondre aux questions qu'ils se posent.

Dans le secteur biomédical, cette technologie évolue très rapidement et peut être couteuse d'accès. D'où l'intérêt pour les chercheurs de travailler en réseaux collaboratifs afin de faciliter l'accès aux technologies de pointe et de partager l'expertise complémentaire.

De nos jours, la recherche est un métier aux multiples facettes qui conjugue l'enseignement, la formation d'étudiants, la gestion de projets et de budgets opératoires ainsi que la dissémination de l'information dans les milieux spécialisés mais aussi auprès du grand public, qui a souvent du mal à comprendre pourquoi la recherche coute autant d'argent et prend autant de temps.



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