Le caribou du Nunavik est menacé par un parasite

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Les chasseurs inuits participent à une étude en médecine vétérinaire

Le protozoaire intracellulaire Besnoitia tarandi serait de plus en plus répandu chez les caribous de la rivière aux Feuilles et de la rivière George, au Nunavik. «Ce parasite ne menace pas directement la vie des animaux, mais peut affaiblir les individus durant leur migration et diminuer leurs chances de survie. C'est donc important de mieux connaitre ses modes de propagation et sa virulence», indique la vétérinaire Julie Ducrocq, qui consacre son mémoire de maitrise à ce sujet à la Faculté de médecine vétérinaire.

Les kystes parasitaires se retrouvent en grand nombre sur la peau et dans les tissus sous-cutanés. «Dans le cas d'une infestation sévère, peut-on lire sur le site du ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, apparaissent la perte de souplesse de la peau, la perte de poils et des lésions, principalement aux pattes. De façon caractéristique chez le mâle, les individus gravement atteints auront une nécrose du scrotum. La croissance anormale d'un panache noirci et friable serait aussi reliée à une infestation sévère.»

Actuellement, la consommation du gibier n'est pas compromise par le parasite, mais celui-ci inquiète tout de même les communautés autochtones qui se nourrissent de viande de caribou. D'autant plus que la présence du parasite ne s'accompagne pas toujours de symptômes observables à l'œil nu. Au cours d'un voyage d'échantillonnage ciblé de Julie Ducrocq en 2007, 9 bêtes sur les 10 examinées se sont révélées infectées.

La vétérinaire est retournée dans le Grand Nord en 2008 et en 2009 afin de solliciter la collaboration des chasseurs. «Les Inuits sont les mieux placés pour nous aider dans notre projet. Ils se sont montrés d'ailleurs très coopératifs et tiennent à être informés de l'évolution de nos découvertes», souligne-t-elle.

Diplômée en 1998, Julie Ducrocq a pratiqué en cabinet et au gouvernement pendant quelques années avant d'entreprendre des études de maitrise à la Faculté de médecine vétérinaire. Elle s'est découvert une véritable passion pour la santé des animaux sauvages.

Tissus voyageurs

L'infection au Besnoitia tarandi n'est pas un phénomène nouveau. Mais elle semble reprendre de la vigueur depuis quelques années et le réchauffement climatique pourrait être en cause. «Il est encore trop tôt pour affirmer qu'il y a un lien entre le climat et la propagation de l'infection, mais une hypothèse veut que les étés maintenant plus chauds au nord du 55e parallèle stimulent la reproduction des insectes piqueurs, soupçonnés d'être des vecteurs du protozoaire», fait observer le professeur Stéphane Lair, directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages (CQSAS), qui supervise le mémoire de la Dre Ducrocq.

Depuis le début du projet, une douzaine de chasseurs ont participé à la recherche. La procédure, qui n'altère en rien la façon de vivre traditionnelle des Inuits, consiste à envoyer une partie de la patte inférieure gauche de l'animal au laboratoire du CQSAS, à Saint-Hyacinthe. De là, on effectuera l'analyse au microscope de morceaux de peau ou de muscle.

Jusqu'à présent, un peu moins que la moitié des bêtes échantillonnées (44 %) du troupeau de la rivière aux Feuilles et 21 % de celui de la rivière George étaient des hôtes du parasite. La proportion de caribous infectés dans l'ouest du pays varie de 5,5 % (Southampton Island) à 44 % (Bluenose West). À ce jour, 1036 caribous ont été échantillonnés. Ces résultats préliminaires seront analysés en fonction de certaines variables telles que l'âge et le sexe de l'animal, la saison et l'année de prélèvement. «Grâce à ces analyses, nous souhaitons expliquer certaines variations dans la prévalence de cette maladie au sein des troupeaux de caribous subarctiques», dit Julie Ducrocq.

Un million de caribous

Les troupeaux de caribous du Nunavik, estimés à environ un million de têtes (628 000 autour de la rivière aux Feuilles et 385 000 dans la région de la rivière George), seraient en bonne santé en général. Cependant, plusieurs aspects liés aux répercussions des maladies, des changements climatiques et anthropiques sur ces populations et leur mode de vie échappent encore aux spécialistes.

Or, en vertu d'une initiative internationale, des chercheurs se sont regroupés en 2004 pour mieux documenter les connaissances sur cette faune unique. Le CircumArctic Rangifer Monitoring and Assessment Network (CARMA) tient des réunions annuelles et a reçu un financement important en 2006. C'est une spécialiste de l'Université de l'Alberta, Susan Kutz, qui est chargée du volet sur les parasites et les maladies qui menacent les troupeaux. L'organisme a accueilli le projet de la Dre Ducrocq avec enthousiasme. «En plus de permettre à une vétérinaire d'acquérir une formation de deuxième cycle relative aux maladies de la faune sur le terrain, ce projet facilite le partage des expertises entre les centres régionaux du Québec et de l'Alberta», dit le rapport annuel du CARMA.

Pour l'instant, l'étude du protozoaire qui s'attaque à la faune du Nunavik n'a pas d'objectif thérapeutique, signale le Dr Lair. «Le but est d'en apprendre davantage sur ce parasite dont on ignore même le mode de transmission. Vous comprendrez qu'il n'est pas simple d'intervenir sur des milliers d'animaux à de telles distances.»

Autour du monde, 20 troupeaux de caribous (aussi appelés «rennes» dans les pays scandinaves) sont l'objet d'études par le groupe de chercheurs. La plupart d'entre eux sont en déclin. Si l'on met ensemble les deux troupeaux du Nunavik, c'est au Québec que se trouve la plus grande concentration mondiale de ces cervidés, selon le site de CARMA. En deuxième position arrive la harde de Taïmyr, en Russie, avec 750 000 têtes.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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