Aujourd'hui le labo, demain le monde!

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Si son collègue Éric Nadeau a fait le saut pour s’occuper de l’entreprise à temps plein, John M. Fairbrother a choisi de poursuivre ses activités de recherche et d’enseignement à la Faculté de médecine vétérinaire de l’UdeM.C'est une belle histoire. Deux chercheurs de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal sont sollicités par des producteurs de porc désespérés. On est à la fin des années 90, et la bactérie E. coli fait des ravages dans les élevages. Dans leur laboratoire du campus de Saint-Hyacinthe, le professeur John M. Fairbrother et son collègue Éric Nadeau cherchent une solution... et trouvent!

«Les vétérinaires, les gens de l'industrie porcine venaient nous voir, très inquiets», se souvient le professeur du Département de pathologie et microbiologie. Le syndrome du dépérissement postsevrage, causé par la bactérie, connaissait une flambée chez les porcelets. Les couts étaient énormes pour les producteurs, le taux de mortalité pouvant atteindre 20 % parmi les animaux. Rien n'était efficace pour prévenir ou traiter la maladie, les bactéries développant des résistances aux antibiotiques.

Au tournant des années 2000, eurêka! John M. Fairbrother et Éric Nadeau mettent au point un vaccin vivant, le Coliprotec. Il s'agit d'une bactérie E. coli avirulente, c'est-à-dire que, sans rendre l'animal malade, elle active sa production d'anticorps et empêche la colonisation de son intestin par les bactéries pathogènes.

La suite de l'histoire est tout aussi intéressante. MM. Nadeau et Fairbrother ont choisi de commercialiser leur vaccin plutôt que de publier simplement leur découverte. Aidés par Univalor, la société d'appui à la commercialisation des découvertes que l'UdeM vient de créer, ils mettent alors sur pied l'entreprise Prevtec microbia.

Forts d'un premier financement de 400 000 $, ils se lancent dans les demandes de brevet et d'homologation. Ils rencontrent un spécialiste du financement, Michel Fortin, et le nomment chef de la direction. Aujourd'hui, la société a pignon sur rue tout près du campus, à Saint-Hyacinthe, dans un immeuble neuf doté de son propre laboratoire ultramoderne. Elle compte une dizaine d'employés.

Voies distinctes, projet commun

Dès le début, les cofondateurs ont de bonnes discussions sur leur avenir. Rapidement, il est entendu qu'Éric Nadeau s'y consacrera à temps plein, dirigeant la production et les très prenantes affaires règlementaires. John M. Fairbrother dirigera le comité scientifique, mais sans renoncer à sa carrière universitaire.

Le professeur reste donc à la faculté et continue de diriger le laboratoire d'E. coli qu'il a fondé et qui est devenu un centre de référence mondial. «Je ne m'occupe pas de la gestion de l'entreprise au jour le jour, précise-t-il. Mais je m'investis au conseil d'administration et dans la recherche et le développement. Présentement, mon laboratoire de l'université fait de la recherche à forfait pour Prevtec microbia: nous travaillons à élaborer un deuxième vaccin.»

Le chercheur originaire d'Australie affirme ne pas avoir d'appétit particulier pour les affaires. Mais il ne regrette pas cette incursion dans l'univers commercial. «C'est complètement différent de ce qu'on fait dans un laboratoire de recherche universitaire», indique-t-il. Il confie avoir dû ralentir, au début, ses activités de recherche, mais dit avoir bien profité de cette période de fébrilité. Si c'était à refaire, il plongerait de nouveau.

Pour sa part, Éric Nadeau admet que la décision de quitter le monde universitaire a été difficile à prendre. «Mais une fois que j'ai fait mon choix, je ne l'ai jamais regretté, mentionne-t-il. D'ailleurs, je n'ai pas sacrifié la recherche, je continue d'en faire autrement.» À l'entendre raconter avec passion l'essor de l'entreprise, on comprend qu'il n'a effectivement pas de regrets.

Le Coliprotec a été homologué au Canada en 2007, et l'entreprise vient d'obtenir les licences requises au Brésil, signale M. Nadeau. Il ajoute que les processus d'homologation pour les États-Unis et l'Union européenne vont bon train, et que la société lorgne même du côté du Vietnam et de la Chine, premier producteur mondial de porc. D'ici 2015, Prevtec microbia compte commercialiser ses produits dans une douzaine de pays.

Quand ils prennent un peu de recul en relatant cette progression rapide, Éric Nadeau et John M. Fairbrother sourient. Qui aurait dit, avant que des producteurs inquiets déboulent dans leur laboratoire, qu'ils deviendraient des hommes d'affaires contemplant les marchés internationaux?

Jean François Bouthillette

 

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