La science tiendra-t-elle enfin ses promesses en matière de protection de l'environnement ou de santé des populations? Pour le philosophe des sciences Frédéric Bouchard, la démocratisation du savoir pourrait faire des miracles. «Les télécommunications rendent l'information scientifique accessible à un nombre grandissant de personnes partout dans le monde qui pourraient être interpelées par des problèmes concrets qui les touchent directement, le paludisme en Afrique par exemple. Plus on est nombreux à s'intéresser à un problème, plus on augmente nos chances d'y trouver une solution.»
En répondant à des demandes d'information sur ses recherches envoyées de tous les coins de la planète – du Brésil récemment –, le professeur du Département de philosophie de l'Université de Montréal partage l'idée que les télécommunications sont une des percées les plus spectaculaires de la science moderne. Aujourd'hui, on sait dans l'heure qu'un tremblement de terre a secoué les Antilles et que le pape a été bousculé durant la messe de minuit au Vatican; le logiciel Skype permet aux individus de communiquer sans frais et les téléphones cellulaires se multiplient dans des pays en développement. Voilà un secteur où la science a tenu parole.
Les télécommunications, précise-t-il, ne permettront pas de libérer les peuples des régimes totalitaires, mais elles rendront possible la circulation des idées. On l'a vu en Iran récemment, alors que des opposants au régime ont utilisé des réseaux virtuels pour faire connaitre leurs points de vue. Les autorités n'ont pu stopper cette diffusion. En ce qui concerne la recherche, on peut penser que des travaux avanceront en dehors des grands centres. «Il ne faut pas sous-estimer ce que peut accomplir la démocratisation du savoir», dit ce spécialiste de la biologie théorique et de la théorie de l'évolution.
Il reste que la science est empreinte de pessimisme après avoir longtemps suscité des espoirs démesurés. Quand on pensait à l'avenir dans les années 50, on voyait des autos volantes, des voyages intersidéraux, les maladies éradiquées, la société des loisirs, l'égalité entre les peuples et de la nourriture pour tout le monde. Au tournant du millénaire, «l'Occident ne rêve plus de conquérir l'espace mais de sauver la planète. L'économie se désagrège [...] Le tiers de la population urbaine du monde vit dans des taudis et des bidonvilles; depuis 20 ans, le nombre de personnes affamées a augmenté de 100 millions», écrit Michel Saint-Germain dans L'avenir n'est plus ce qu'il était (Québec/Amérique).
Publié en 1993 mais épuisé à l'heure qu'il est, ce livre était un répertoire des plus grands espoirs suscités par l'avènement de la science moderne. Espoirs qui se sont heurtés à un mur au tournant des années 70. «Tant que l'avenir a été imaginé par des ingénieurs et des amateurs de technologie, il apparaissait idéal. On croyait que le monde fonctionnait sur des gadgets», signale l'auteur à présent traducteur.
Il mentionne que les futurologues des années 50 n'imaginaient pas la femme à l'extérieur de sa cuisine, ils la voyaient toujours prendre soin des enfants et de son mari qui empruntait le trottoir roulant pour aller au travail. Ils n'avaient pas prévu non plus que les énergies miraculeuses (inépuisables et propres) seraient difficiles à trouver et que la planète serait éventuellement à court de ressources. Il a fallu attendre le mouvement de libération de la femme et l'écologisme (dont les bases remontent aux hippies) pour constater que l'avenir pouvait aussi être lié aux questions sociales et communautaires, que la pollution freinerait quelques ardeurs.
En 2010, l'humanité possède les outils pour régler les problèmes qui se posent à elle, mais la contribution de tous les acteurs de la sphère publique est essentielle, croit Frédéric Bouchard. «On a vu dans le débat pré-Copenhague qu'il existe des solutions technologiques au réchauffement de la planète. Cela ne se fera pas par la science seule. Elle a plus que jamais besoin du pouvoir politique et de la force économique.»
Optimiste, le philosophe pense qu'on trouvera d'ici le prochain siècle une combinaison de sources énergétiques qui réduiront notre dépendance aux énergies fossiles. Le solaire et le biodiésel sont prometteurs. On pourra aussi assister à des percées dans le traitement du cancer, estime-t-il.
L'histoire des sciences démontre que, pour être significatives, les grandes percées scientifiques doivent avoir une large incidence à un faible cout. Un exemple? La vaccination. «Elle a révolutionné la santé mondiale», illustre Frédéric Bouchard.
Mathieu-Robert Sauvé
(Illustration : Benoît Gougeon)
En baladodiffusion
- La noirceur du futur (Durée 7 min 57 s)
L'après-midi porte conseil, Radio-Canada
