Faut-il interdire les sacs en plastique?

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Depuis que les consommateurs paient les sacs à provisions à l'épicerie et que les sacs réutilisables se multiplient, la question se pose: faut-il interdire les sacs en plastique traditionnels? «Il est clair qu'ils ont un impact environnemental: dégradation de l'environnement, pollution visuelle. La perte par abandon dans la nature est également associée à des risques pour les animaux sauvages, signale Daniel Normandin, directeur exécutif et cofondateur du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). Mais la vraie question à se poser est celle-ci: par quoi les remplacer?»

La solution miracle n'existe pas. Les sacs biodégradables ne sont pas aussi écologiques qu'on peut le croire, selon M. Normandin. «Il en existe deux types, classés selon leur composition, soit les sacs faits de biopolymères et les sacs en polyéthylène contenant un additif spécial. Le premier, dans les meilleures conditions, peut se dégrader en quelques mois et la partie végétale de ses éléments retourne à la nature. Le hic? Lorsqu'ils se décomposent, ces sacs biodégradables émettent du CO2 qui contribue à l'effet de serre», indique M. Normandin.

Le second type de sac biodégradable est celui dit «oxo-biodégradable», ajoute le directeur exécutif du CIRAIG. «L'additif chimique qu'il comprend permet au plastique d'être atteint plus rapidement par les rayons UV, la chaleur ou un stress mécanique et de se désagréger dans l'environnement.» Mais cela n'est pas nécessairement souhaitable. «Ils ne font que détourner le problème», estime M. Normandin.

Une étude européenne menée en 2004 par la société Écobilan le confirme. Les sacs biodégradables seraient plus néfastes quant à l'émission de gaz à effet de serre que les sacs en plastique. Écobilan a procédé à l'analyse du cycle de vie de quatre types de sacs: ceux en plastique jetables, ceux en papier, les sacs biodégradables et les sacs en plastique réutilisables.

L'évaluation des répercussions environnementales de ces produits place le sac réutilisable au sommet de la liste. Au-delà de quatre réutilisations, il est préférable aux sacs jetables. Par rapport à celui-ci, le sac en papier obtient une meilleure note sur le plan de la consommation d'énergie non renouvelable et de la formation d'oxydants photochimiques. Par contre, il déçoit relativement à la consommation d'eau, l'émission de gaz à effet de serre et l'acidification atmosphérique. «La production de sacs en papier demande trois fois plus d'eau, entraine l'émission de 80 à 90% de gaz à effet de serre et de gaz acides en plus», écrivent les chercheurs. Comparativement au sac jetable, le sac biodégradable est équivalent quant à la consommation d'énergie, mais moins bon pour ce qui est de l'émission de gaz à effet de serre.

Selon cette étude, le sac jetable est donc préférable aux sacs en papier et aux sacs biodégradables en ce qui concerne la plupart des indicateurs, sauf pour le risque par abandon, qui est la principale faiblesse de ce sac. «Surtout en zones littorales proches du milieu marin ou près d'un cours d'eau, précise Daniel Normandin. Outre les risques courus par la faune, les sacs en plastique jetables laissent des particules fines dans la nature qui peuvent se retrouver dans la chaine alimentaire. En conclusion, mieux vaut les recycler ou en tirer une valeur énergétique plutôt que de les enfouir.»

Quelques chiffres

D'après Recyc-Québec, de 1,4 à 2,7 milliards de sacs en plastique auraient circulé en 2006 – la dernière année d'utilisation de ces sacs sans aucune restriction – sur le territoire du Québec. C'est l'équivalent d'environ 350 sacs pour chaque Québécois!

Par comparaison, les Français en utilisent 17 milliards par année alors que les Belges en consomment 3 milliards. Aux États-Unis, 380 milliards de sacs en plastique sont employés annuellement, mais ce chiffre inclut d'autres emballages de toutes sortes. Taïwan utilisait 16 millions de sacs par jour avant qu'ils soient interdits en 2001. D'autres pays comme la Corse, le Pakistan et l'Afrique du Sud ont à leur tour proscrit les sacs en plastique. Actuellement, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Angleterre examinent la question.

Au Québec, une seule ville a banni l'utilisation de sacs en plastique jetables: Huntingdon, en Montérégie. Cette ville a pris en 2008 la résolution écologique de ne plus faire usage de ce matériau dans les transactions commerciales. Et le public s'en accommode. Une bonne chose, selon l'expert. «En général, on se sert du sac en plastique une ou deux fois pour ensuite le jeter, mentionne Daniel Normandin. Or, un produit jetable n'est pas un produit dont on se débarrasse si facilement. Le déchet qui a le moins d'impact reste celui qu'on ne produit pas.»

Dominique Nancy

 

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