L'écriture est-elle une forme de communication vouée à la disparition devant l'assaut des logiciels de reconnaissance vocale, les Skype et téléphones portables? «Aucun danger! Je n'ai jamais tant écrit et tant lu», dit Benoit Melançon, professeur de littérature à l'Université de Montréal. Blogues, sites de réseautage personnel, cellulaires, courriel, livre électronique, etc. L'écrit est partout. «Le futur sans écrit est une utopie semblable à celle de la disparition du papier. Les prophètes de malheur qui voient la fin de l'écriture se sont trompés.»
L'auteur d'un des premiers essais publiés au Québec sur les transformations littéraires suscitées par l'ère électronique (sevigne@internet: remarques sur le courrier électronique et la lettre, Fides, 1996) estime que la technologie amène une nouvelle façon de communiquer. Quand on doit transmettre son message en 140 caractères, pas un de plus, cela a un effet sur notre rapport avec le texte, indique-t-il. Mais ce n'est pas nouveau. Depuis l'invention de l'écriture, le support influence le contenu. On n'écrivait pas de la même façon sur de la pierre, du parchemin ou des rouleaux.
Même les cris d'alarme sur la qualité de la langue lancés par les traditionalistes n'émeuvent pas M. Melançon. «Je ne remarque pas de détérioration chez mes étudiants d'une année à l'autre, mentionne-t-il. Oui, il y en a un certain nombre qui ne maitrisent pas très bien les règles. Mais il y en a aussi, à l'autre bout, qui sont excellents en français. Entre les deux, il y a les étudiants dans la moyenne.»
Même en 2010, la phrase de Marshall McLuhan «Le médium est le message» continue de révéler tout son sens. Chaque support de la communication électronique possède son contenu propre. Après avoir touché à tout, Benoit Melançon n'utilise pas Facebook et son expérience du livrel s'est avérée mitigée. Mais il est un microblogueur actif (Twitter) et un blogueur invétéré et attend avec impatience le iPad d'Apple, qui pourrait, selon lui, révolutionner le genre. «On aura la convergence entre le livre électronique et l'ordinateur de poche. De plus, le format est beaucoup plus convivial que ce qu'on a vu jusqu'ici.»
En tout cas, les grandes organisations n'ont pas attendu le verdict des utilisateurs des nouveaux appareils de communication pour investir massivement dans la numérisation de documents. L'UNESCO a lancé une bibliothèque numérique mondiale, et le projet Gutenberg vise à rendre accessibles les œuvres libres de droits. Dans le domaine de la recherche, on trouve le portail Persée, une collection de grandes revues scientifiques francophones en sciences humaines et sociales, et les Classiques des sciences sociales, une bibliothèque numérique spécialisée en sciences humaines. Même le Québec a sa bibliothèque numérique.
Les ventes de livrels de marque Sony ont atteint cinq millions d'unités en 2009, soit 417 % de plus que les 950 000 unités de 2008, selon une étude de Display Search. Le iPad pourrait faire bondir ces chiffres. Depuis deux ans, le libraire Archambault tient le site jelis.ca, qui diffuse de la littérature numérique. «Actuellement, la vente de livres numériques représente environ 10 % des tirages des livres papier», signale Philippe Laperle, directeur des achats et de la mise en marché. Parmi les plus populaires: des guides de voyage et des bestsellers mondiaux. Au Québec, Les chroniques d'une mère indigne ont fait recette.
Comment l'écrit évoluera-t-il d'ici 50 ou 100 ans? Benoit Melançon l'ignore. Mais il est difficile de penser qu'on pourra remplacer un code aussi efficace que l'alphabet: après tout, on en a fait du chemin avec 26 caractères.
D'ici là , il faudra s'attaquer à l'alphabétisation... Selon Statistique Canada, 16 % des adultes québécois âgés de 16 à 65 ans sont analphabètes et 33 % ont de grandes difficultés de lecture...
Mathieu-Robert Sauvé
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Le futur passe par l'écriture! (Durée 9 min 24 s)
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