evden eve nakliyatsehirlerarasi evden eve nakliyat

Hanoï est avalée par les gratte-ciels

Imprimer

Durée : 1 min 18 s

Depuis les réformes socioéconomiques des années 80, les territoires situés à la périphérie immédiate d'Hanoï, la capitale du Vietnam, connaissent de profondes transformations. «Chaque fois que je m'y rends, le paysage a changé.

Hanoï fait face à une urbanisation considérable qui se traduit par la construction de gratte-ciels autour de la ville», affirme Danielle Labbé.

Les nouvelles agglomérations sont construites sur les terres autrefois habitées par des villageois. «Leur architecture contraste avec le milieu environnant lorsqu'elles apparaissent au milieu des rizières, à quelques kilomètres à peine d'Hanoï», indique la professeure de l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal.

Danielle LabbéEn fonction depuis 2012, Mme Labbé est responsable d'un projet d'envergure financé par le Fonds de recherche du Québec–Société et culture qui vise à brosser un tableau des villes planifiées par l'État à proximité de la capitale. «J'essaie de comprendre comment on pense les villes dans les ministères ainsi que la manière dont les habitants se les approprient et les transforment pour en faire de véritables lieux de vie qui ont encore une identité vietnamienne», explique Mme Labbé.

La chercheuse, qui fait la navette entre Hanoï et Montréal depuis une dizaine d'années, s'est donné pour objectif de caractériser les 261 villes satellites bâties ou en train de s'élever en périphérie d'Hanoï. À partir d'une étude approfondie de ces nouvelles zones urbaines, elle analysera les ruptures sociospatiales et socioéconomiques à trois étapes de leur cycle de vie: la conceptualisation-financement, la construction-réalisation et les modes d'habitation.

Ces villes nouvellement érigées qui attirent la classe moyenne supérieure correspondent aux modèles de développement urbain promus par l'État. Ceux-ci combinent des tours d'habitation très modernes, des maisons individuelles, de grands parcs et toutes sortes de services. Il est toutefois interdit d'y bâtir des maisons petites et étroites de type ancestral. Fait plutôt inusité: comme la demande est forte pour les habitations de ce genre, les promoteurs immobiliers locaux transgressent la loi et en construisent quand même. Mais les gratte-ciels dominent néanmoins le paysage.

Les nouvelles constructions à Hanoï contrastent avec le milieu environnant. Mais pour combien de temps ? (Photos: Vincent Bertholon)Ce contraste a amené Le Monde diplomatique à publier en avril 2010 un article intitulé «À Hanoï, les gratte-ciel dévorent les rizières» qui a fait couler beaucoup d'encre. «Plusieurs ont critiqué cette promotion immobilière qui mènerait à l'individualisme et à la privatisation. Selon certains chercheurs, ce serait le fruit de la mondialisation», rapporte la professeure Labbé.

À son avis, ce cadre théorique ne semble pas applicable au Vietnam, même si la dénonciation des effets négatifs de ce modèle d'urbanisation demeure essentielle. «Ces processus de périurbanisation engendrent une multitude de mutations sociales, économiques, institutionnelles, spatiales et environnementales, qui exigent des ajustements rapides des modes de vie des communautés villageoises et des pratiques de gouvernance des autorités locales», précise-t-elle.

Les modes de vie sont plus forts

Comment une urbaniste québécoise s'est-elle retrouvée en Asie pour soutenir les professionnels vietnamiens dans l'aménagement de leurs villes? «Au cours de mon baccalauréat en architecture, j'ai fait un stage à Hanoï, raconte Mme Labbé. Ç'a été le coup de foudre.»

Depuis, elle a bifurqué vers des études en urbanisme, mais elle est retournée maintes fois dans la capitale. «J'y ai établi une collaboration avec l'Académie des sciences sociales du Vietnam. Son soutien est fondamental afin d'obtenir les autorisations nécessaires pour discuter avec les gens compte tenu qu'il s'agit d'un pays communiste», mentionne la professeure, qui parle couramment vietnamien.

En juillet dernier, l'architecte de formation s'est rendue à Hanoï avec trois étudiantes pour entreprendre la troisième phase de son étude. Les chercheuses y ont mené une quarantaine d'entretiens auprès des habitants de quatre villes construites depuis 5 et 10 ans. Même s'il est encore trop tôt pour parler de résultats, la professeure Labbé constate que les quartiers sont réabsorbés par les modes de vie. «Il y a un réel désir de modernité, dit-elle, mais les gens sont encore très attachés à leurs façons de vivre. Par exemple, ils aiment les services de proximité auxquels ils avaient droit avant, notamment ceux des marchants ambulants. Ils ont donc trouvé le moyen de contourner la loi, n'en déplaise à l'État, pour y avoir accès.»

Dominique Nancy

 

Dossiers

 

L'autisme

Vivre avec un trouble du spectre de l'autisme n'est pas une sinécure. Mais, grâce aux av...

 

Ignorer la douleur peut avoir de graves conséquences

Diffuse ou insistante, lancinante ou brutale, la douleur est un tragique trouble-fête. E...

Le chiffre

127 077

Le nombre de diplômés postsecondaires a fléchi au Québec en 2012.

Lire la suite...