Quand le design industriel et l'artisanat attikamek se rencontrent

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Une participante a créé d’élégantes broderies traditionnelles sur des tissus recyclés. (Photos: Carl Morasse)Les capteurs de rêves et les inukshuks ne seront bientôt plus les seuls souvenirs offerts aux touristes de passage dans la ville de Québec. Des objets à la fois modernes et représentatifs des traditions attikameks se frayeront un chemin jusque sur les étagères des boutiques spécialisées.

Ces pièces sont les fruits d'un atelier de création et d'innovation qui a eu lieu au cours de l'été pendant un peu plus de deux mois, à raison de trois jours par semaine, à La Tuque.

Dix maitres artisans et jeunes artistes de la relève des communautés de Manawan, Opitciwan et Wemotaci y ont participé.

Une grande complicité est née entre les artisans et les  chercheurs.«Ce projet de recherche-action est né des aspirations du Conseil de la nation Atikamekw et de la Coopérative de solidarité des arts Nehirowisiw», signale l'instigatrice et responsable de l'atelier, Anne Marchand, professeure de design industriel à la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal.

L'objectif: valoriser la culture traditionnelle attikamek et la projeter dans l'avenir à travers la conception de nouveaux produits destinés au marché touristique.

Un artisan a ainsi transformé des raquettes en babiche en de jolis bols à fruits. «On y retrouve le même tissage et le pourtour en bois rappelle la partie supérieure de la raquette», décrit Cédric Sportes, chargé de cours à l'École de design industriel.

Une autre participante a créé d'élégantes broderies traditionnelles sur des tissus recyclés.

Un artisan a transformé des raquettes en babiche en de jolis bols à fruits.«Nous souhaitions que ces créateurs se réapproprient leur artisanat, explique M. Sportes. Ils font des capteurs de rêves parce que ces objets se vendent bien, mais ceux-ci ne sont pas d'origine attikamek.»

«Ils possèdent un savoir-faire immense. Nous les aidions à mettre à profit leurs connaissances dans la réalisation de produits contemporains fidèles à leur identité», ajoute Renata Marques Leitao, étudiante à la Faculté de l'aménagement et auxiliaire de recherche à l'École de design industriel.

Son collègue Pierre-Luc Beaudry renchérit : «On cherchait à répondre aux besoins d'aujourd'hui avec la culture d'hier.»

Mais concevoir pour «l'Autre», c'est-à-dire le touriste, est une démarche complexe. «Cela implique une profonde réflexion identitaire. Qu'est-ce que je veux communiquer à l'Autre? Quels sont les aspects primordiaux de ma culture? C'est à ce moment que la création agit comme un véritable révélateur identitaire», mentionne Mme Marchand, qui a pu compter sur la collaboration de professeurs de l'Université du Québec à Chicoutimi. Parmi eux se trouve notamment Élisabeth Kaine, qui travaille depuis plus de 20 ans auprès des communautés autochtones.

Des objets qui ont leur place... et une valeur

Professeurs et étudiants ont accompagné les artisans à Québec pour analyser les produits autochtones proposés par les boutiques touristiques. «Ils ont constaté avec fierté que leurs œuvres ont leur place dans ce marché. C'est fascinant de voir comment leurs produits se distinguent de la marchandise habituelle qui, selon eux, véhicule parfois des stéréotypes.»

De gauche à droite, Cédric Sportes, Renata Marques Leitao, Pierre-Luc Beaudry et Anne Marchand.Encore faut-il que ces objets soient vendus à leur juste valeur. Une notion que les artisans ont tranquillement apprivoisée. «Il y avait un décalage énorme entre la qualité de leur ouvrage et la valeur pécuniaire qu'ils y accordaient, remarque Cédric Sportes. Ils ont fini par comprendre que leur savoir-faire avait un prix.»

Afin de souligner l'authenticité de leurs produits, Renata Marques Leitao a conçu un livret pour en expliquer l'histoire et pour présenter leurs créateurs. La Coopérative projette de concevoir un sceau de qualité pour bien marquer les objets de ses artisans.

«Nous avons atteint notre but: les participants nous ont confié avoir plein d'idées en tête pour de futures créations», raconte Anne Marchand.

Pierre-Luc Beaudry est particulièrement satisfait de la dynamique qui s'est installée au sein du groupe. «Tout le monde s'entraidait, se rappelle-t-il. Nous avons grandi ensemble. La séparation a été presque déchirante.»

«Mais ça va faire des petits, croit M. Sportes. Les familles des artisans déboulaient dans l'atelier en fin de journée pour voir ce qui s'y déroulait. Plusieurs jeunes attikameks ont aussi manifesté le désir de s'engager dans le processus.»

Anne Marchand souhaite d'ailleurs mettre sur pied une autre série d'activités où de jeunes décrocheurs deviendraient les apprentis de maitres artisans. «On a réalisé que la transmission du savoir-faire est une préoccupation centrale au sein des communautés», dit-elle.

Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada a financé ce projet dans le contexte du programme des Alliances de recherche universités-communautés.

Marie Lambert-Chan

 

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