Le 29 mai, les étudiants et leurs parents, ainsi que les dirigeants de l’Université et leurs invités, ont savouré ce moment si important qu’est la Collation solennelle des grades.
Dossier spécial :
Collations des grades 2009
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- 421 doctorats sont décernés cette année
- Honoris causa
- Professeurs émérites
- Eugène Braunwald, cardiologue et... docteur honoris causa
- Anne Broadbent est doublement honorée
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- Présentation des docteurs honoris causa 2009 sur iTunes U. (Durée: 22 min 11 s)
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Sur le Web
- Dates des collations des grades 2009
- Docteurs honoris causa de l'Université de Montréal
- Communiqué (14 mai 2009): Remise de 14 doctorats honorifiques
- Communiqué (17 avril 2009): L'Université décerne un doctorat honorifique à Charles Aznavour
Allocution prononcée par Mme Françoise Faucher
À l'occasion de la Collation solennelle des grades à l'Université de Montréal, le 29 mai 2009
C'est donc à moi que revient l'honneur de m'adresser à vous cet après-midi. - J'ai accepté d'emblée d'être porte-parole, tout simplement parce qu'il est infiniment agréable de dire merci à ceux qui ont la générosité de vouloir nous faire plaisir. C'est, me semble- t-il, une des jolies choses de la vie. Alors, en notre nom à Toutes et à Tous, je vous dis notre profonde reconnaissance pour l'honneur qui nous est fait d'entrer ainsi dans l'Histoire de cette prestigieuse institution qui est l'Université de Montréal ; notre gratitude envers ceux et celles qui ont donné de leur temps pour nous rendre hommage et faire de cette cérémonie une véritable fête ; notre profonde émotion de partager ces moments avec vous, les Nouveaux Diplômés (tant de travail, de temps, de sacrifices parfois, tant d'intelligence aussi) ; enfin, notre fierté d'avoir été remarqués dans nos disciplines respectives par «le Comité de sélection de l'Université». À ce sujet, permettez-moi de le féliciter chaleureusement pour l'audace de ses choix et la finesse de son jugement. Assurément, vous avez bon goût. Nous sommes très heureux et, du fond du cœur, nous vous disons : «Merci».
Lorsque Monsieur Vinet, recteur de l'Université de Montréal m'a très aimablement annoncé la bonne nouvelle, une immense émotion m'a laissée sans voix au bout du fil. Une grande vague qui me soulevait comme au temps de mon enfance quand, à la distribution des prix j'entendais ces mots magiques : Prix d'Excellence, Françoise Elias (c'était mon nom à l'époque). Et tout comme lorsque j'avais 7 ou 8 ans, la même pensée a surgi : «Maman va être contente». Vous voyez, on ne guérit jamais de son enfance et c'est tant mieux en ce qui me concerne.
«Ô mon père et ma mère,
Ô mes chers disparus,
C'est à vous que je dois tout».
C'est ainsi que Pasteur, le grand Pasteur, s'est adressé aux notables de sa ville natale qui lui remettaient un diplôme honorifique. À mon tour, en le paraphrasant avec beaucoup de respect, je dirai :
«Ô ma mère,
Ô mes grands-parents,
C'est à vous que je dois tout...».
Ce sont eux, qui m'ont donné le goût de l'étude et du travail bien fait ; qui m'ont appris à regarder, à reconnaître les belles choses, à découvrir les merveilles de la langue française : sa légèreté, son élégance, sa musique, sa clarté, sa précision ; à plonger dans la littérature, l'art, l'imaginaire ; eux qui m'ont initié au théâtre... Le théâtre : il m'a ouverte au monde et à moi-même. Il m'a conduite au plus profond de la découverte de l'être humain. Soixante ans de surprises et d'émerveillement.
Quant à vous, chers nouveaux diplômés, vous allez rentrer chez vous ce soir, votre doctorat tout neuf sous le bras – mission accomplie... La tentation serait grande de vous endormir sur vos lauriers en disant «Ouf ! Bonne chose de faite !». Vous savez trop bien que les couronnes se fanent vite et que vous risquez de vous retrouver très rapidement avec une poignée de feuilles mortes en main. À partir d'aujourd'hui (disons de demain, il faut bien souffler un peu), Tout commence ! «Ce qui fait la royauté de notre aventure, c'est l'élan qui nous habite, le désir qui nous porte et nous brûle. Empruntons le chemin qui mène vers...» disait la philosophe Christiane Singer. Mais «le chemin qui mène vers quoi ?...». Vous avez le choix, comme jamais ! Dans notre monde actuel tout s'écroule, nos certitudes en tout premier lieu. Nous assistons présentement à une rupture sans précédent avec le passé, une rupture vertigineuse, un basculement tel qu'il nous laisse désemparés, pareils à «Tête d'Or» le héros de Claudel qui s'exclamait face à son destin : «Me voici, imbécile, ignorant, Homme Nouveau devant les choses inconnues». Tout est à refaire, on pourrait presque en piquer une crise! Alors, «Yallah !!!» disait l'infatigable Sœur Emmanuelle et elle se mettait à la tâche. Yallah ! Celle qui vous attend est considérable. Mais avouez que c'est passionnant. Et sachez que malgré les années qui s'accumulent, nous sommes là, nous les moins jeunes, pour mettre, à vos côtés, l'épaule à la roue.
Il s'agit, en premier lieu, de sortir des sables dans lesquels nous nous enlisons. Notre société s'embourbe dans le mou ; nous flottons comme des bouchons de liège sur un océan de tergiversations (et que j'te Chum à droite, et que j'te Chum à gauche). Bref, nous pataugeons dans le n'importe quoi... Alors, comme on le disait en 68 (je ne pensais pas qu'à près de 80 ans je me révélerais soixante-huitarde!) «Soyons raisonnables ; demandons l'impossible».
Doctorat en poche, à vous maintenant de réinventer l'avenir. Vos études vous ont confirmé que vous aviez trouvé votre voie et que vous aviez là de quoi vous passionner pendant de longues années. C'est bien. Ce n'est pas assez. «La vie ne suffit pas» disait Pessoa... Non, elle ne suffit pas, c'est pourquoi il faut tendre vers l'impossible, l'inaccessible, à travers l'Art, la littérature ; il faut cultiver ses rêves en cultivant ses roses ; aller au théâtre aussi et y glaner «un supplément d'âme» ; ne pas se confiner dans sa spécialité mais s'ouvrir, laisser jaillir la source. C'est cela «être éduqué». C'est cela vivre !
Arrivée au Québec en mai 1951, j'ai vu ce pays s'épanouir superbement. Il a jailli d'une sorte «d'endormissement». La grande noirceur est derrière nous, dit-on. Celle qui nous menace actuellement est insidueuse. Elle a déjà fait des ravages : disparition de la chaîne culturelle de Radio Canada, coupes sombres dans l'aide aux tournées, mises à pied de centaines d'employés au service public etc. etc. L'information de qualité, la recherche, le rayonnement de notre culture, tout est menacé par ignorance et un manque manifeste d'intérêt, en haut lieu. Alors, au travail !!! Ne laissez pas ce pays si vivant, que les poètes ont chanté avec tant de vigueur, s'étioler faute de lumière. Soyez vigilants !
Avec votre savoir, votre audace, votre créativité – et en Français s'il vous plaît – faites-nous goûter «à la violente espérance des matins».
Elle est de Woody Allen : «Il n'est peut-être pas docteur, mais avouez qu'il ne manque pas de sagesse».
«Allez là où il n'y a pas encore de chemin et laissez une trace».
Je vous le demande pour nous tous, et, très égoïstement, pour mes petits-enfants et Xavier, mon arrière petit-fils ici présent qui est toute espérance.
Il faut bien que j'en convienne, l'avenir m'intéresse en effet ; c'est là, comme l'a si bien dit Woody Allen : «Que j'ai l'intention de passer mes prochaines années».
Merci.
