Une doctorante vivra dans un camp de réfugiés palestiniens

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Plus de 15 000 personnes vivent dans le camp de Bourj El Barajneh.En 1948, à la naissance de l'État d'Israël, environ 100 000 Palestiniens se sont réfugiés «temporairement» au Liban. Plus de 60 ans plus tard, ils sont toujours entassés dans des camps, et leur population a quadruplé. Comment vivent les femmes de cette communauté exilée? C'est la question qui intéresse Roxane Caron, étudiante au doctorat en sciences humaines appliquées, qui séjournera deux ans dans le camp de Bourj El Barajneh, situé près de l'aéroport de Beyrouth.

«Même si elles sont vulnérables, les femmes des camps semblent avoir une attitude résiliente que je chercherai à mieux comprendre», a expliqué Mme Caron à Forum quelques jours avant son départ, le 28 septembre. Par exemple, certaines conservent précieusement la clé de la porte d'entrée de la maison où elles sont nées en prévision du jour où elles y retourneront... «Les femmes portent la mémoire de leur peuple, indique la doctorante. Elles incarnent son identité.»

Auteure d'un mémoire de maitrise en service social sur la violence faite aux femmes en contexte québécois, l'étudiante a voulu en apprendre davantage sur ce qui se vit à l'échelle internationale. La coopération internationale lui a ouvert les horizons en lui permettant de venir en aide à des femmes au Kazakhstan et en Syrie, notamment sous l'égide de la Women's Humanitarian Organization.

Au camp de Bourj El Barajneh, elle ne sera pas en terrain inconnu puisqu'elle s'y est déjà rendue en 2006. «Le camp est un vrai labyrinthe de ruelles, raconte-t-elle. Et, dans certaines, il est difficile pour deux personnes de passer côte à côte tellement les murs sont rapprochés.»

Dans ce camp de un kilomètre carré, on compte de 15 000 à 20 000 personnes. Selon l'ONU, les hommes qui occupent un emploi travaillent dans le secteur de la construction et les femmes dans des manufactures de couture. Pour grossir leur pécule, elles font des lessives. La qualité de l'environnement dans le camp est «particulièrement pauvre», estime l'organisme international.

L'architecture vernaculaire a donné lieu à des ensembles peu cohérents. Les maisons de deux à cinq étages sont pour ainsi dire construites les unes sur les autres. La population a accès à de l'eau, mais celle-ci n'est pas potable; de plus, l'électricité est coupée sans préavis, plusieurs fois par jour. «Je vais occuper un logement qui correspondrait ici à un 2 1/2 pièces. Je me considère comme privilégiée! J'ai vu des familles complètes habiter dans un espace semblable», souligne-t-elle.

Roxane Caron est fascinée par la résilience des femmes palestiniennes.Originalité

Pour la codirectrice de thèse de Roxane Caron, Dominique Damant (l'autre codirecteur est Rachad Antonius, de l'UQAM), qui dirige l'École de service social, l'expérience que s'apprête à vivre son étudiante est plutôt originale. «En service social, on se penche sur divers aspects des sociétés humaines. Avec ce projet de recherche, Roxane Caron explore la voie peu fréquentée des droits de la personne, en particulier ceux des femmes réfugiées.»

Si la situation des réfugiés intéresse les chercheurs depuis longtemps, peu de travaux portent sur la situation des femmes exilées. «Dans les camps, les femmes rencontrent des difficultés propres à leur genre, écrit l'étudiante dans un résumé de sa recherche. Elles font non seulement face aux évènements traumatisants liés à la guerre et aux déplacements, mais elles sont davantage vulnérables à la violation de leurs droits humains, aux abus physiques et sexuels, à la discrimination ainsi qu'à différentes formes d'injustices.»

Quelles sont les conséquences de cet exil forcé et prolongé? Quelles forces ont-elles développées, quelles stratégies de survie ont-elles élaborées pour s'adapter à cette situation? C'est le genre de questions auxquelles la jeune femme veut répondre. «Cette étude s'avère pertinente pour la recherche sur la condition féminine. Il y a un vide à combler en ce qui concerne les données empiriques sur les femmes réfugiées palestiniennes», juge-t-elle.

Les conditions de vie de l'étudiante durant son long séjour ne seront pas faciles. Mais, sur le plan universitaire, Roxane Caron s'attend à être accueillie comme une alliée. «Avant mon premier séjour, j'avais beaucoup d'appréhensions, mentionne-t-elle. Je m'attendais à une certaine méfiance de la part des femmes que je voulais approcher. En réalité, je me suis sentie comme un membre de la famille. Des femmes m'ont dit que j'étais leur porte-voix.»

Depuis, Roxane Caron a suivi des cours d'arabe, ce qui devrait faire tomber encore plus de barrières entre la chercheuse et ses vis-à-vis.

Témoignages

L'étudiante n'éprouve pas de sentiments de peur devant le projet qui l'attend. «C'est sûr qu'il faut maitriser ses émotions dans une agglomération où la violence peut surgir à n'importe quel moment, fait-elle remarquer. Mais je ne me souviens pas d'avoir été effrayée au cours de mon premier séjour, même si quelques femmes m'ont parlé d'évènements difficiles qu'elles ont vécus.»

Son projet de recherche prévoit une quarantaine d'entrevues détaillées avec des femmes du camp de Bourj El Barajneh. Une meilleure compréhension de leur capacité d'adaptation et de leur résilience peut «contribuer à l'avancement des connaissances sur l'intervention psychosociale auprès des réfugiés, et cela, aussi bien pour la pratique à l'international qu'au Québec et au Canada», comme elle le précise dans son sommaire.

Ce projet de recherche a valu à Roxane Caron l'une des prestigieuses bourses d'études supérieures Vanier, d'une valeur de 50 000 $. Dix autres doctorants de l'Université de Montréal figurent parmi les lauréats de 2009.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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