L'université actuelle, un modèle en voie d'extinction?

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Pierre-Marc Johnson, président du conseil du Centre Jacques-Cartier.Les universités veulent avoir leur place dans les négociations actuellement en cours entre le Canada et l'Union européenne sur une plus grande ouverture des économies des deux continents. La recherche, l'innovation et la mobilité des chercheurs comme des étudiants doivent être incluses dans un futur accord, croient les dirigeants des universités canadiennes et françaises.

Cette problématique a fait l'objet d'un colloque aux Entretiens Jacques-Cartier, auquel ont participé la vice-rectrice aux relations internationales de l'Université de Montréal, Mireille Mathieu, et le recteur, Luc Vinet.

Ce dernier est un partisan résolu d'une facilitation formelle des échanges internationaux. Il est d'ailleurs intervenu au cours des derniers mois pour faire valoir que la recherche doit impérativement faire partie de ces négociations. Et, heureuse nouvelle, le négociateur en chef pour le Québec dans ces pourparlers, Pierre-Marc Johnson, présent à Lyon, a abondé dans ce sens au colloque du 28 novembre dernier.

«Avec les gouvernements provinciaux, les universités sont des acteurs institutionnels de première importance», a déclaré M. Johnson à l'ouverture de la rencontre, qui a rassemblé des dirigeants universitaires, des chercheurs et des gens d'affaires.

Il faut dire que les échanges commerciaux avec l'Europe sont en hausse et représentent aujourd'hui 12 % des exportations canadiennes. Or, près de la moitié de ces exportations concernent les produits technologiques et l'industrie chimique, soit, en résumé, des secteurs où la recherche et l'innovation sont indispensables. Dans ce contexte, il est logique de prévoir qu'un accord cadre global comprenne des ententes facilitant le partage des connaissances et la mobilité des chercheurs et des étudiants.

À ce sujet, différentes initiatives ont été prises, comme la mise en place, à l'instigation du recteur Vinet, du Forum international des universités publiques, qui regroupe 25 établissements publics s'étant engagés à accroitre leurs échanges. Le projet porte ses fruits puisque déjà, chaque année, 7 % des étudiants des universités canadiennes viennent de l'étranger. Mais il reste à faire bouger les étudiants canadiens, dont seulement 2,2 % ont pris part à une expérience d'études à l'extérieur du pays en 2006.

Et, s'il en est un qui est convaincu de la nécessité d'augmenter ce pourcentage, c'est bien Paul Davenport, ex-président de l'Université de l'Alberta et de l'Université de Western Ontario, qu'il a quittée en juin dernier. Il a insisté sur l'importance de favoriser la mobilité étudiante pour les stages non seulement dans les universités mais aussi dans les entreprises étrangères.

«Les expériences internationales peuvent transformer l'enseignement, a-t-il souligné. Il y a 20 ans, les contacts internationaux étaient considérés comme intéressants, mais aujourd'hui ils sont considérés comme essentiels. L'expérience internationale est incontournable.» À cet égard, le Canada a un retard à rattraper, a-t-il indiqué.

À titre de témoignage, il a parlé de la dizaine d'étudiants de la faculté d'éducation de Western Ontario qui, chaque année, effectue un stage en France. Et des 10 étudiants français qui s'envolent chaque année pour l'Ontario.

Le colloque a aussi permis d'entendre des chefs d'entreprise qui ont déploré l'existence de «formalités administratives très lourdes» et le fait que les programmes destinés aux étudiants qui cherchent des stages en entreprise sont souvent mal organisés, selon Jean-Philippe Puig, porte-parole de Rio Tinto Alcan en Europe.

Pour Pierre-Marc Johnson, il ne fait aucun doute que les universités doivent s'adapter. «La référence d'une université ne peut plus être sa communauté ou l'établissement d'à côté. Et l'univers des étudiants doit être plus large. L'université doit par exemple donner aux étudiants des moyens de découvrir d'autres langues.»

Le mot clé: réseau

Tous les commentaires sur un nécessaire agrandissement de l'espace universitaire s'appliquent particulièrement à la recherche. D'ailleurs,  les intervenants ont insisté sur l'importance de constituer des réseaux.

Marcel Boyer, professeur émérite du Département de sciences économiques, estime que les universités sont appelées à perdre leur caractère national et «nous assisterons à la création de réseaux d'universités».

L'économiste a rappelé que le Québec et le Canada tiraient leur épingle du jeu en matière d'investissement en recherche, mais qu'il n'en existait pas moins un «déficit d'investissements globaux dans l'éducation supérieure au Québec».

Un autre économiste du même département, Martial Foucault, a fait état de son expérience personnelle dans les années 90 au sein du Programme cadre européen pour la recherche et le développement, qui détermine les aires prioritaires de recherche et soutient financièrement des projets de recherche majeurs en Europe. Or, les tracasseries administratives liées à la participation de chercheurs canadiens étaient tout simplement décourageantes, a-t-il dit.

Comme d'autres, le témoignage de M. Foucault est venu renforcer l'argument selon lequel une entente doit faciliter les échanges de toutes sortes entre les universités.

P.d.R.


 

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