Du bon usage des classements

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Les classements internationaux des universités ont mille défauts, la plupart des experts le reconnaissent d'emblée. Mais cela n'est pas une raison pour les bouder, car non seulement ils ne sont pas près de disparaitre mais, pour peu qu'on les utilise à bon escient, ils renferment une mine de renseignements.

Tel est le message qu'a livré le professeur retraité Roland Proulx aux participants d'un colloque des Entretiens Jacques-Cartier sur les classements internationaux des universités. M. Proulx, conseiller en planification stratégique pour l'Université de Montréal, possède une fine connaissance des classements.

Cependant, pour tirer profit de toute l'information que contiennent ces classements (dont celui du Times Higher Education et celui de Shanghai, officiellement appelé l'Academic Ranking of World Universities), il faut abandonner les rives prestigieuses du palmarès global et scruter les indicateurs individuels, beaucoup plus éclairants.

«Malgré leurs problèmes méthodologiques, les classements peuvent être de puissants outils de diagnostic et de stratégie», croit M. Proulx.

Ils renseignent notamment sur l'importance des publications des professeurs en comparant les nombres d'écrits.

Surtout la performance en recherche

D'ailleurs, de manière générale, les classements internationaux sont beaucoup plus axés, du moins à l'heure actuelle, sur l'évaluation de la recherche que sur celle de l'enseignement.

Sont donc pris en considération le nombre de citations, le nombre de publications et l'influence de ces publications, avec des pondérations relatives selon les classements. Le nombre de prix et de médailles touche aussi beaucoup les activités de recherche, tout comme l'indicateur visant à évaluer la réputation des établissements.

Dans le domaine des publications, il faut prendre en compte le fait que plusieurs chercheurs n'apposent pas nécessairement le nom de leur université au bas de leurs articles, se limitant parfois à inscrire celui de leur groupe de recherche ou de leur faculté. C'est souvent le cas pour l'Université de Montréal. Cette habitude entraine évidemment une réduction du nombre de publications recensées.

M. Proulx ne fait pas mystère de sa position à ce sujet. Il considère que l'UdeM devrait imposer un code de signature, comme le fait le King's College, à Oxford.

Mais, signature ou pas, à la lumière des renseignements qu'il a scrutés dans les classements, M. Proulx estime que les professeurs de l'Université pourraient augmenter leur nombre de publications. Et déployer un effort particulier pour des revues prestigieuses telles que Nature et Science.

Il constate aussi que les professeurs «highly cited» sont beaucoup moins nombreux à l'UdeM que dans au moins trois autres universités canadiennes. «Je crois qu'il y a une éducation à faire autour des classements. Une chose est certaine, ils suscitent des questions», a noté M. Proulx en marge du colloque.

Les études

Roland ProulxMême si les classements accordent plus d'importance à la recherche qu'à l'enseignement, certains indicateurs visent à évaluer la qualité de la formation, entre autres le rapport étudiants-professeur. Le pourcentage de professeurs ou d'étudiants ayant séjourné à l'étranger ou venant de l'étranger est aussi examiné.

Mais il n'est pas dit que la performance relative aux études restera à jamais le parent pauvre des palmarès. Le classement que la Russie vient de mettre en place cette année comprend un indicateur sur la réussite. Et même l'OCDE tente de définir des critères d'évaluation de la qualité de l'enseignement destinés aux classements.

Les ressources d'un établissement ne sont pas non plus à négliger. Sur ce plan, M. Proulx a remarqué au passage que l'objectif pour une université de se classer parmi les premières est pour ainsi dire inatteignable si son budget est sous la barre du 1,5 milliard. Le fonds de dotation de Harvard, par exemple, approche les 25 milliards.

Différents points de vue

Le colloque a aussi permis à Yves Gingras, professeur au Département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal, de faire connaitre son opinion sur les classements. D'abord, cinglant, il a déclaré que «les classements actuels sont une agression contre le milieu intellectuel» parce que l'excellence qu'on est censé y mesurer s'appuie sur des indicateurs non seulement biaisés mais qui – comme le nombre d'étudiants étrangers – sont sans lien avec la mission de l'université, qui est de former des citoyens responsables.

M. Gingras, qui ne remet pas en question la pertinence de l'évaluation, ne serait toutefois pas opposé à des indicateurs rigoureux.

Pour Roland Proulx, même si les indicateurs sont perfectibles, les classements n'en constituent pas moins un des seuls outils d'internationalisation du savoir et de sa production. Et puis, la fièvre des classements n'est pas près de baisser. Un exemple parmi d'autres: le nombre de lecteurs du US News and World Report passe de 500 000 à 10 millions quand sort le numéro sur ses classements des meilleures universités aux États-Unis.

La bonne nouvelle, tout de même, c'est que les producteurs de classements travaillent à améliorer leurs outils. Ainsi, la revue canadienne Maclean's a apporté des changements à son classement abondamment décrié par de nombreuses universités canadiennes. Et, il y a quelques jours, le magazine Times Higher Education a lancé un appel à l'ensemble des universités les invitant à participer à un vaste exercice destiné à rendre les classements plus pertinents.

«Nous avons entendu les critiques et nous réagissons», a fait savoir la direction du magazine. Car, aussi imparfaits soient-ils, les palmarès sont là pour rester. Surtout dans un contexte d'internationalisation.

Paule des Rivières


 

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