Haïti : l'UdeM touchée­ par la tragédie

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Des Haïtiens faisaient la file dans le but d’obtenir de l’eau distribuée par les pompiers jeudi dernier. (Photo: Frederic Dupoux/Getty images)«C'est comme un camion qui passe près de votre maison. Puis plus près encore! Les murs bougent, les meubles tombent. J'ignore comment on a fait, mais on s'est retrouvés dans la rue avant la fin du tremblement de terre.»

Voilà comment Bernard Demers décrit le séisme de 23 secondes qui a ravagé la capitale d'Haïti le 12 janvier. Avec sa conjointe, Ornella Cazzaniga, et leur fille Gioia, venues le rejoindre deux semaines plus tôt, le responsable du Projet d'appui au renforcement des capacités en gestion de la santé en Haïti (PARC) venait de monter à l'étage de sa maison du quartier Pacot, au sud de Port-au-Prince, quand il a senti le sol trembler. Les trois se sont rués à l'extérieur. «La maison a résisté, mais nous n'avons pris aucun risque.»

Roger Gosselin, professeur d'administration de la santé à la retraite, était à l'hôtel Montana au moment du séisme et l'on était toujours sans nouvelles de lui le 15 janvier. «Nous sommes également très inquiets au sujet des étudiants inscrits dans nos programmes de formation délocalisés offerts en collaboration avec l'Université d'État d'Haïti. Nous comptons environ 55 étudiants haïtiens, dont plusieurs manquent à l'appel», signale Lucien Albert, responsable de l'Unité de santé internationale, qui poursuit des projets en Haïti depuis une quinzaine d'années.

Cela ne veut pas dire que les étudiants sont décédés, précise-t-il, mais on a beaucoup de mal à les retrouver. «C'est une situation catastrophique là-bas, indique M. Demers, rapatrié au Canada vendredi dernier au matin. Nous avons pu tenir deux jours parce que nous avions stocké chez nous des rations d'eau, de la nourriture et du matériel d'urgence. Mais le pillage commençait dans le quartier. Avec des centaines de milliers de sans-abris dans la ville, on peut s'attendre à une situation chaotique pour les prochains mois.»

Une autre employée du PARC, Arnelle Thelusma, est également rentrée au pays vendredi alors qu'un troisième, Jean-François Labadie, est resté sur place. Dans son blogue, M. Labadie relate le stress provoqué par les nombreuses secousses ressenties après le séisme. Avec sa conjointe, Johanne Malanfant (coordonnatrice de secrétariat au Bureau du développement et des relations avec les diplômés actuellement en congé), il vient en aide aux sinistrés, en donnant la priorité aux étudiants et partenaires de l'Université de Montréal. «Difficile de mesurer véritablement l'ampleur de la catastrophe, écrit-il. La question simpliste qui me trotte dans la tête depuis deux jours est “Par où commencer?” Tout est dévastation, comme si les issues n'existaient plus!»

Mais il ajoute: «On peut surement se fier sur les Haïtiens pour repartir la machine à bonheur.»

Là pour rester!

«L'Université de Montréal restera présente en Haïti et contribuera à la reconstruction», a affirmé Mireille Mathieu, vice-rectrice aux relations internationales. Elle rappelle que, en plus des programmes d'échanges d'étudiants, l'UdeM entretient des liens avec l'Université d'État, membre du Forum international des universités publiques, grâce aux facultés qui élaborent depuis longtemps des projets humanitaires dans les Antilles. Un professeur de la Faculté de médecine vétérinaire, Sylvain Quessy, a lui aussi été témoin du cataclysme. Il était de retour au pays vendredi passé.

À Montréal, l'Université ne laissera pas tomber les étudiants d'origine haïtienne, à qui l'on offrira du soutien psychologique. Mme Mathieu assure qu'on accordera une attention particulière à la soixantaine d'Haïtiens détenant un permis de séjour pour étudiant. Étant donné les défaillances dans le système bancaire haïtien, les détenteurs de permis de séjour pour étudiant (non-boursiers) pourront obtenir des accommodements quant à leur situation financière. On est également solidaires des membres de la communauté haïtienne montréalaise.

Le président de l'Association des étudiants haïtiens de l'Université de Montréal, Jeffry Roc, veut encourager ses quelque 800 membres à poursuivre leurs études. «C'est la meilleure façon de nous préparer à reconstruire notre pays», dit-il. Au cours des mois à venir, il entend rassembler une équipe de bénévoles prête à s'envoler pour l'ile afin de prendre la relève du personnel dans les écoles primaires et secondaires du pays, qui a été très touché par la catastrophe.

Les programmes de l'Unité de santé internationale visent principalement à contribuer à la formation de gestionnaires de centres hospitaliers. Plus de 200 personnes ont été formées au cours des dernières années par l'Unité. L'approche pédagogique comprend l'intégration des professeurs locaux; chaque cours est ainsi donné en tandem par un professeur invité et par un professeur haïtien. Le Dr Albert est personnellement touché par la catastrophe puisque son collègue haïtien n'a pas donné signe de vie depuis le 12 janvier.

Les fonds alloués au PARC pourraient être réaffectés à des postes plus urgents. C'est à l'Agence canadienne de développement international d'en décider puisque c'est elle qui finance le Projet.

Dans une lettre adressée aux membres de la communauté universitaire, le 13 janvier, le recteur Vinet a invité les personnes qui désirent venir en aide à la population d'Haïti à communiquer avec l'Action humanitaire et communautaire, qui coordonnera le versement des dons à la Croix-Rouge.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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