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Un effet pervers de l'aide humanitaire en Haïti: ONG-isation des luttes populaires

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Michaëlle Desrosiers et Hancy Pierre Les reportages de Radio-Canada diffusés en janvier dernier à propos de la reconstruction d'Haïti ont soulevé de sérieux doutes quant aux retombées positives de l'aide humanitaire apportée à ce pays. Il y avait toutefois lieu de se demander comment la chose était perçue par les Haïtiens eux-mêmes. La réponse est venue le 9 février à un colloque organisé par l'École de service social de l'Université de Montréal sur l'après-séisme en Haïti: s'il faut en croire deux professeurs de l'Université d'État d'Haïti, Hancy Pierre et Michaëlle Desrosiers, les structures de l'aide humanitaire maintiennent le pays dans la dépendance et la pauvreté.

«Le tremblement de terre de janvier 2010 a porté à son paroxysme l'état de dépendance d'Haïti», a affirmé Michaëlle Desrosiers. La logique coloniale du rapport de classes s'est maintenue après l'indépendance en 1804, avec l'occupation américaine de 1915 à 1934, sous la dictature des Duvalier de 1957 à 1986, avec le massacre du cheptel porcin porteur du virus de la «peste porcine» en 1982 et avec l'interventionnisme humanitaire en 2011.

«Ces interventions ont toujours été faites au nom du bienêtre du peuple d'Haïti!» a souligné la professeure avec sarcasme. Le tremblement de terre a légitimé le modèle humanitaire mis en place depuis les années 60 et maintenu «son caractère néocolonialiste, machiste et raciste. L'invasion par les ONG internationales opérée par les États-Unis, la France et le Canada a entrainé l'ONG-isation des luttes populaires et de l'action communautaire», a-t-elle ajouté.

Cet état de choses repose sur un lourd passé historique. «Haïti n'a pas connu l'avènement de l'État-providence, a expliqué Mme Desrosiers. Les Duvalier se sont plutôt appliqués à défendre les intérêts de la bourgeoisie nationale en déléguant les services sociaux telles l'éducation et la santé aux organismes d'aide.»

S'adressant à de futurs travailleurs sociaux en formation à l'Université de Montréal (voir le second article ci-dessous), Michaëlle Desrosiers a souligné que les ONG étaient devenues les plus grands employeurs de travailleurs sociaux et que leur mission n'est pas à caractère politique ni social mais à dominance psychologique fondée sur le volontarisme individuel. Après la catastrophe de 2011, ces organisations non gouvernementales auraient même introduit une division raciste du travail.

Ces critiques du travail des ONG ne visent toutefois pas les projets de coopération tels ceux de l'UdeM avec l'Université d'État d'Haïti, a tenu à préciser la professeure.

Des travailleurs du «marketing social»

Son collègue Hancy Pierre, coordonnateur de la Faculté des sciences humaines de l'Université d'État d'Haïti, l'avait précédée en rappelant à sa façon comment les effets pervers de l'aide humanitaire desservaient la classe ouvrière pour favoriser les intérêts de la classe dominante.

«L'éducation repose sur l'aide humanitaire, mais cette aide se limite souvent au service de repas chauds dans les écoles, a-t-il relaté. Seulement cinq pour cent de l'aide va à l'agriculture. Depuis les années 80, les ONG pullulent; on compte des dizaines de milliers de petites églises, toutes exemptes d'impôts, aux activités souvent louches. L'aide humanitaire est un échec.»

Même les travailleurs sociaux, plutôt formés au «marketing social», contribueraient au maintien du statuquo. Sous le régime Duvalier, «le service social a été institué pour harmoniser les relations sociales, a-t-il mentionné. Le rôle des travailleurs sociaux n'est pas clairement défini et ils ne sont pas vus comme importants; ils sont au service de l'institution et non de la population; ils ont une pratique de comptables plutôt que d'intervenants communautaires; ils délaissent l'engagement et deviennent des obstacles à l'action sociale.»

Quant à l'intervention internationale, elle est «improvisée et motivée par le spectacle» et ne se préoccupe pas de rechercher les causes des problèmes. Résultat, la population est devenue attentiste.

Répondant à une question de la salle, Hancy Pierre a déclaré que le processus de conscientisation et d'émancipation devait reposer sur les professeurs et les étudiants universitaires.

Daniel Baril

 

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Au-delà du misérabilisme

Les 12 étudiants haïtiens accueillis sur le campus à titre de stagiaires ont tous entrepris une formation de deuxième cycle à l’UdeM.Au lendemain du séisme de janvier 2010 qui a complètement détruit l'Université d'État d'Haïti, l'Université de Montréal accueillait une douzaine d'étudiants haïtiens désireux de poursuivre ici leurs études en service social. L'iniitiative de cet accueil revient à la directrice de l'École de service social, Dominique Damant, qui n'a ménagé aucun effort pour que ce projet de coopération se réalise.

Le 9 février, ces étudiants organisaient, conjointement avec leur université d'attache, un colloque pour faire le point sur les aspects méconnus de la prise en charge de la situation par les Haïtiens et pour aller au-delà de l'image misérabiliste d'Haïti véhiculée par les médias.

Prenant la parole à l'ouverture de ce colloque, la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels, Hélène David, a d'abord tenu à louer le travail gigantesque accompli par la directrice, qui est selon elle l'«incarnation même de l'engagement citoyen et universitaire».

La vice-rectrice a également rappelé les nombreux programmes de coopération avec Haïti auxquels participe l'Université de Montréal. Outre le service social, l'Université a des ententes de coopération dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'aménagement, de la pharmacie et des lettres et sciences humaines.

La Faculté de l'aménagement, par exemple, collabore à la formation d'architectes, d'urbanistes et de gestionnaires afin de favoriser une reconstruction durable. La Faculté des sciences de l'éducation fait partie quant à elle d'un consortium international chargé de réviser les programmes de formation des maitres en Haïti. Dans le secteur de la santé, la Faculté de médecine et l'Unité de santé internationale de l'UdeM sont présentes depuis une quinzaine d'années en Haïti et collaborent depuis le séisme à des projets en partenariat avec la Croix-Rouge canadienne et le CHU Sainte-Justine dans quatre communes du sud-est du pays.

Les 12 étudiants haïtiens accueillis sur le campus à titre de stagiaires ont tous entrepris une formation de deuxième cycle à l'UdeM, ce qui leur permettra, de retour en Haïti, de participer à leur tour à la formation de travailleurs sociaux.

D.B.

 

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