Réformer de fond en comble l'enseignement universitaire haïtien

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Mireille Mathieu prenant la parole aux assises internationales sur  le système universitaire haïtien. À sa droite, on peut apercevoir Luc  Vinet, Michaëlle Jean et Bernard Cerquiglini, recteur de l'AUF.Stopper l'exode des cerveaux, favoriser les études aux cycles supérieurs, développer l'enseignement à distance, envoyer des professeurs en renfort, aider à la refonte de plusieurs programmes, voilà quelques-uns des projets qui ont émané des Assises internationales pour la reconstruction du système universitaire haïtien, qui se sont tenues à l'Université de Montréal les 25 et 26 mai dernier.

Une centaine de participants rattachés pour la plupart à des universités d'Haïti, du Québec, de France, de Belgique et des pays des Caraïbes étaient présents à la rencontre, organisée par l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et visant à établir un plan d'action pour remettre sur les rails le système universitaire haïtien.

«Nous voulons éviter les patchworks de toutes les petites initiatives dispersées qui ne produisent pas l'effet escompté et sont souvent dangereuses», a résumé Mireille Mathieu à l'issue des assises. Mme Mathieu est vice-rectrice au développement à l'AUF et était, jusqu'au 31 mai, vice-rectrice aux relations internationales à l'UdeM. Elle est la principale artisane des assises. Car c'est bien là le défi de l'aide à Haïti, éviter ce que le recteur de l'AUF, Bernard Cerquiglini, a qualifié d'«aide souvent généreuse mais non pertinente».

Pour ce faire, les participants aux assises ont décidé de former un comité de coordination, constitué des bailleurs de fonds et des responsables universitaires haïtiens. Une rencontre est prévue à Port-au-Prince en 2011 pour effectuer le suivi.

Lacunes abyssales

Les défis restent colossaux, car le séisme du 12 janvier, s'il a détruit des infrastructures universitaires, a aussi mis au jour les lacunes abyssales du système universitaire haïtien. Il n'est pas question de remettre sur pied un système, mais de bâtir quelque chose qui n'existait pas avant le drame.

En effet, il n'y a pas de ministère de l'Éducation supérieure, pas de lois ni de normes relatives à l'enseignement universitaire, pas d'exigences professorales, et n'importe qui peut ouvrir une université et y offrir ce que bon lui semble. Les professeurs n'ont généralement pas de doctorat et seulement deux seraient aptes à superviser des étudiants au troisième cycle. Les professeurs ont presque tous un autre travail, puisqu'ils reçoivent un salaire de misère. Des programmes, notamment en médecine, n'ont pas été révisés depuis 30 ans.

D'ailleurs, au sujet de la médecine, et sous l'impulsion de Mme Mathieu, les quatre responsables des facultés de médecine du Québec ont rencontré leurs homologues haïtiens en marge des assises afin de définir un plan de réforme de l'enseignement de cette discipline en Haïti. Mais en fait, ce sont les facultés de médecine de tout le Canada qui mettront la main à la pâte pour, entre autres, améliorer la formation pratique déficiente.

La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, avait, à l'ouverture des assises, donné le ton en affirmant que l'éducation devait être «une composante primordiale de la reconstruction».

Mme Jean a aussi insisté, tout comme Mme Mathieu, sur l'absolue nécessité d'inclure les forces vives d'Haïti à chaque étape de la restructuration. «S'il est un changement qui s'impose, c'est bien celui-là.»

Le recteur de l'Université d'État d'Haïti, Jean-Vernet Henry, a abondé dans ce sens. Il a dressé un état des lieux peu réjouissant de l'enseignement supérieur dans son pays, avec son absence de financement de la recherche et, partant, de doctorants.

À court terme, a-t-il rappelé, «vous nous offrez des programmes et des professeurs, mais on ne sait pas où les mettre, car nos bâtiments ont été détruits.»

Points numériques

Pour justement pallier le problème d'espace, mais aussi pour permettre à ceux qui habitent à l'extérieur de Port-au-Prince de bénéficier de centres d'apprentissage, l'AUF a prévu l'implantation de 10 «points numériques» en appui à la formation à distance. Tout l'équipement nécessaire à l'apprentissage à distance y serait, et les responsables ont même des solutions en cas de pannes de courant.

Cette mesure, selon plusieurs, aura l'avantage de garder les étudiants sur place. Car l'exode des cerveaux est réel et de nombreux étudiants qui partent à l'étranger afin de terminer leurs études choisissent d'y rester. En fait, les responsables de plusieurs universités haïtiennes souhaitent qu'un engagement de retour au pays soit attaché à l'attribution de bourses aux étudiants des cycles supérieurs.

Il restera à trouver l'argent nécessaire à cette réforme du système d'éducation.

Paule des Rivières

 

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