De retour d'Haïti, Mireille Mathieu, vice-rectrice aux relations internationales, confirme que l'éducation figure au sommet des priorités des autorités haïtiennes.
«Dans tous les échanges que nous avons eus, l'éducation est rapidement venue sur le tapis. Tous s'entendent pour dire qu'elle doit être au cœur de la reconstruction», témoigne Mme Mathieu, qui faisait partie de la petite délégation qui a accompagné la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, à Haïti les 8 et 9 mars derniers.
Outre Mme Mathieu, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et Denise Côté, professeure au Département de travail social et des sciences sociales à l'Université du Québec en Outaouais, étaient du voyage de deux jours durant lequel on a multiplié les rencontres et les visites.
Au menu des discussions, la nécessaire participation des femmes à la reconstruction, l'importance que doivent y jouer les villes et, bien sûr, l'éducation.
À ce sujet, Mme Mathieu rappelle que, même si l'enseignement primaire est en principe gratuit et obligatoire, plus d'un demi-million d'enfants ne vont pas à l'école. Mais c'était comme ça bien avant le séisme du 12 janvier. C'est que 80 % des écoles sont privées et payantes.
L'enseignement supérieur doit aussi être relancé de toute urgence, notamment parce qu'il faut former des maitres.
Les besoins sont toutefois multiples. Mme Mathieu mentionne entre autres la formation professionnelle, qui a fait l'objet de discussions avec les responsables haïtiens de l'éducation il y a 10 jours. La vice-rectrice rapporte qu'il y a consensus autour de la nécessité de rendre cet enseignement moins exclusivement théorique.
Un exemple? Tous ceux qui seront appelés à poser et à remplacer des prothèses, et qui seront en forte demande en raison des nombreuses amputations à la suite du tremblement de terre, ne possèdent qu'une formation théorique.
«On peut penser que des professeurs étrangers pourraient encadrer des stages dans diverses disciplines», croit Mme Mathieu.
Des assises primordiales
Mireille Mathieu était d'autant plus attentive aux besoins exprimés qu'elle organise, fin mai, des assises internationales destinées à élaborer un plan d'action pour la reconstruction de l'enseignement supérieur haïtien. C'est l'Agence universitaire de la Francophonie, où Mme Mathieu est depuis peu vice-rectrice à la vie associative et au développement, qui est responsable de l'activité au cours de laquelle seront mis en lien, pendant deux jours, responsables haïtiens et représentants des universités de la francophonie. Les uns formuleront leurs priorités et les autres feront part de leurs offres et suggestions. L'Université de Montréal hébergera ces assises les 25 et 26 mai.
«Le défi de l'université haïtienne, c'est la qualité, le sérieux de l'homologation», souligne Mme Mathieu. Autre défi, la «décentralisation», de manière qu'il soit possible d'étudier ailleurs qu'à Port-au-Prince.
En guise d'illustration des besoins, Mme Mathieu relate ce qui s'est passé à la Faculté de médecine de l'Université Quisqueya au lendemain du séisme. Les étudiants ont souhaité quitter le pays et aller terminer leur année à l'étranger. Le recteur leur a plutôt fait remarquer que, avec tous ces blessés sous les tentes de fortune, ils pourraient continuer d'apprendre tout en étant utiles.
Cette université a aussi prévu des rencontres avec les étudiants pour faire le suivi, mais ce n'est pas là chose facile, car, comme raconte Mme Mathieu, il y a très peu d'expertise en encadrement de stages. «Voilà un besoin bien réel», a-t-elle laissé tomber en entrevue il y a quelques jours.
D'ailleurs, l'Association des facultés de médecine du Canada a déjà confié à l'UdeM un rôle de leadeurship dans la reconstruction des facultés de médecine à Haïti. Une demande de financement a été acheminée à Ottawa.
Mme Mathieu estime que le plan d'action qui devrait résulter des assises s'échelonnera sur plusieurs années. «Ce pourrait être le premier jalon d'une longue marche d'au moins 10 ans.»
Paule des Rivières
La direction de l'Université tient à saluer l'esprit de solidarité qui s'est propagé au sein de la communauté de l'UdeM après le séisme. Grâce aux différentes initiatives collectives et individuelles, les étudiants haïtiens ont pu bénéficier d'un véritable appui. Et, voyant cela, le gouvernement du Québec a annulé les droits de scolarité du trimestre pour ces étudiants. «Tout le monde y a mis du sien, les étudiants et leurs associations, les dirigeants, les employés, tous», rappelle Mireille Mathieu.
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