Une étudiante témoigne des inondations aux Philippines

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Plus de 375 000 personnes ont été victimes de Ketsana.Le 26 septembre, des pluies torrentielles se sont abattues sur la capitale des Philippines, Manille. «Il a plu l'équivalent de 40 centimètres en neuf heures. C'était de véritables murs d'eau qu'on voyait tomber du ciel», relate une étudiante à la maitrise en science politique, Laura Cliche.

Trois ou quatre fois par année, le quartier où elle loge, au centre de la ville, est inondé par de fortes pluies. Mais cette fois, même les Philippins ont senti que les trombes d'eau étaient exceptionnelles. «Au début, quand j'ai vu l'eau monter, j'ai mis des serviettes sous les portes, ce qui a fait rire mes colocataires», mentionne-t-elle. Quelques minutes plus tard, ils ont compris que les habitations seraient inondées et qu'il fallait gagner les toits pour attendre que le niveau de l'eau baisse.

Les habitants des bidonvilles ont eu moins de chance. Sortant de son lit, la rivière Pasig a avalé des bâtiments sur plusieurs kilomètres. «C'est là qu'on a dénombré le plus de victimes. L'eau s'est engouffrée dans les maisons en 10 minutes à peine. Plusieurs n'ont même pas eu le temps de sortir», raconte la jeune femme de 27 ans.

Le bilan provisoire fait état de 240 morts et plus de 375 000 sinistrés sont maintenant à la recherche d'un lieu sûr. Plusieurs d'entre eux se sont réfugiés dans des abris de fortune aménagés en périphérie de la ville. En attendant de reprendre ses études, Laura Cliche prête main-forte aux organismes humanitaires qui tentent d'apaiser un peu la souffrance des victimes et de leurs proches. La veille de son entretien avec Forum, elle avait distribué des vivres aux sinistrés dans un camp. «On a entassé 300 familles dans un endroit grand comme deux terrains de basketball. Quand on a distribué la nourriture, plusieurs n'avaient pas mangé depuis deux jours.»

Depuis son arrivée en sol philippin en juillet dernier, Laura Cliche a eu le temps de se familiariser avec son environnement. L'étudiante a choisi Manille dans le cadre d'un mémoire qu'elle compte écrire sur la liberté de la presse. «Il y a un paradoxe étonnant avec la presse des Philippines. C'est l'un des endroits dans le monde où exercer le métier de journaliste est le plus risqué; on abat en pleine rue des reporteurs par exemple. Mais c'est ici qu'on trouve la presse la plus libre d'Asie. Les tirages des journaux sont en croissance et certains reportages télévisuels gagnent des prix internationaux.»

En 2006, seul l'Irak dépassait l'archipel sur la liste noire des pays les plus dangereux pour un journaliste. Les Philippines ont amélioré leur bilan depuis, passant au sixième rang mondial. Mais, pour les reporteurs qui couvrent des sujets comme la corruption, le principal défi au réveil consiste à survivre jusqu'au soir. Depuis juillet, un journaliste a été tué par balles et un autre a évité de justesse l'explosion d'une grenade dans sa maison. On a même vu des policiers corrompus tenter d'éliminer des journalistes en répondant à leurs appels d'urgence.

L'Union nationale des journalistes philippins, où Laura Cliche effectue son stage de six mois, offre aux familles de chaque journaliste assassiné un encadrement psychologique et une aide financière pour que les enfants puissent poursuivre des études. Actuellement, 45 enfants bénéficient de bourses offertes par l'organisme.

Laura Cliche ne se sent pas en danger; au contraire, la seule blanche du quartier affirme être protégée par ceux qui l'ont accueillie à son arrivée. Elle est très émue de voir ce peuple affronter avec autant de sang-froid les catastrophes naturelles. «Les cyclones, ici, c'est un peu comme nos tempêtes de neige, indique-t-elle. Les gens sont habitués de vivre avec ça. Mais celui qui nous est tombé dessus est dramatique. Et pourtant on ne sent pas le désespoir. Les gens se disent qu'il faut maintenant reconstruire.»

L'étudiante est tout de même choquée par l'attitude des autorités gouvernementales, qui semblent plus préoccupées par l'imminence des élections que par le contexte de crise nationale provoqué par le cyclone. Un nombre indéterminé de personnes sont toujours en attente de secours, sur leur toit, après six jours.

L'étudiante a vécu plusieurs moments d'émotion au cours des derniers jours. Près de la rivière, une enfant de huit ans, Kimberly, s'est improvisée guide quand elle a vu l'étudiante se balader avec son appareil photo. L'enfant l'a accompagnée le long de la côte ravagée en lui expliquant ce dont elle avait été témoin. Au moment de partir, Kimberly lui a confié que sa mère avait péri dans l'inondation. «Elle est partie par la rivière», a dit l'enfant.

Laura Cliche est tout de même rassurée de voir des médias canadiens s'intéresser à la catastrophe survenue aux Philippines, d'autant plus que l'Asie a été durement touchée par d'autres évènements malheureux.

En tout cas, son stage s'avère plus intense que prévu. En attendant, elle «croise les doigts pour que les prochains cyclones soient moins meurtriers que Ketsana».

Mathieu-Robert Sauvé

 

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