«Tout, ou presque, est à faire en Chine en matière de relations industrielles. Qu'on parle de santé et sécurité au travail ou de gestion des ressources humaines, les besoins en formation sont énormes», commente le directeur de l'École de relations industrielles (ERI) de l'Université de Montréal, Jean Charest.
De son second séjour dans la capitale chinoise l'an dernier, l'homonyme du premier ministre du Québec est revenu avec un projet d'entente qui deviendra réalité à la fin du mois d'avril, à l'occasion de la visite à Montréal de Zeng Xiangquan, doyen de la School of Labor and Human Resources de l'Université Renmin, à Beijing. L'entente comprend des programmes d'échanges d'étudiants et de professeurs des deux établissements et des programmes de recherche communs. Dès l'été prochain, professeurs et étudiants de part et d'autre du Pacifique profiteront des avantages de cette entente, la première de l'ERI avec la Chine.
Compte tenu de la croissance économique soutenue de ce pays, de son ouverture aux échanges commerciaux et de sa volonté d'accroitre les investissements étrangers, les Chinois doivent acquérir les notions les plus avant-gardistes en matière de relations industrielles, note M. Charest. «On compte chaque année des milliers de grèves en Chine. Les autorités ne peuvent plus gérer ces conflits de travail comme elles le faisaient autrefois. Les universités occidentales ont beaucoup à offrir.»
Au fil de ses 65 ans d'existence, l'École de relations industrielles de l'UdeM a acquis une expertise reconnue dans les secteurs qui intéressent particulièrement l'école chinoise: les changements dans le marché du travail, les relations de travail, la gestion des ressources humaines et ses répercussions sur l'enseignement en relations industrielles, ainsi que la recherche et l'enseignement dans cette discipline.
École d'été
Le programme d'échanges, principalement destiné aux étudiants des cycles supérieurs et qui se déroulera en anglais, sera lancé dès cet été avec la mise sur pied d'une école d'été pour les étudiants chinois. Au menu, la santé et la sécurité au travail de même que la formation et l'approfondissement de compétences.
À court terme, cinq étudiants chinois et autant de Québécois pourront effectuer un séjour dans le pays hôte. Les professeurs pourront, quant à eux, profiter de cette entente pour établir des contacts avec leurs collègues de l'autre bout du monde de façon à diminuer les procédures administratives. Jean Charest rend hommage aux professeurs de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, notamment le vice-doyen Guy Lefebvre, qui lui ont facilité la tâche pour officialiser les projets de collaboration. Ils ont pu s'appuyer sur les nombreuses années d'expérience de juristes qui ont noué des liens semblables avec la Chine.
«Nous sommes très heureux de la tournure des évènements, car l'Université Renmin jouit d'un statut iconique en Chine – elle a été fondée à Yanan dans le contexte de la révolution chinoise – et continue d'être une des universités les plus prestigieuses du pays. Mais son école de relations industrielles est d'une dimension semblable à la nôtre, tant en termes du nombre d'étudiants que pour ce qui est de la taille de son corps enseignant.»
D'autres partenaires
L'UdeM n'est pas la seule à s'être intéressée à des projets de partenariat avec l'établissement chinois, puisqu'une vingtaine de représentants d'universités d'Amérique, d'Europe et d'Océanie étaient invités à une rencontre de doyens et de directeurs des départements de relations industrielles tenue à Shanghai en juin dernier. M. Charest s'y trouvait avec la directrice de l'école, Tania Saba, passée depuis dans l'équipe de direction de la Faculté des arts et des sciences.
Durant ce séjour où l'on a multiplié les échanges, des centaines d'étudiants chinois ont impressionné les délégations étrangères par la pertinence de leurs questions et de leurs commentaires. «La rencontre a d'abord été pour nous une occasion extraordinaire de faire connaitre davantage l'École de relations industrielles de l'UdeM, ses programmes, son corps professoral, ses activités de recherche et nos perspectives de développement», résume M. Charest. Après avoir présenté un compte rendu de son voyage au recteur, Guy Breton, ce dernier l'a encouragé à poursuivre ses démarches.
À la fin de l'automne, M. Charest est retourné en Chine, accompagné cette fois de Gregor Murray, professeur à l'école et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT). M. Murray avait un atout non négligeable pour cette mission de représentation, il peut s'exprimer en mandarin...
À une conférence sur la recherche relative au travail et à l'emploi dans un contexte de mondialisation, M. Murray a présenté le CRIMT, qui regroupe 45 chercheurs d'une dizaine de pays, dont près de la moitié sont issus de l'UdeM.
Dans un rapport remis au rectorat à la fin de l'année 2010, M. Charest mentionne que la Chine ne possède peut-être pas d'organisations du travail et de pratiques de gestion des rapports collectifs ou des ressources humaines comme celles que nous avons ici, mais que les partenaires de l'Université Renmin «sont à la recherche des voies institutionnelles et des pratiques qui pourront éventuellement conduire à résoudre et à réguler les problématiques du travail et de l'emploi auxquelles ils sont confrontés». À cet égard, leur intérêt pour l'expertise nord-américaine est une occasion à saisir.
Mathieu-Robert Sauvé
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