Ce n'est certes pas l'unité architecturale qui fait la beauté de Montréal. S'il leur faut chercher des attraits au paysage urbain qui s'offre à eux, c'est dans l'environnement immédiat que constituent la rue et le quartier que ses résidants les trouvent.
C'est l'un des principaux points qui ressort d'une série de travaux de la Chaire en paysage et environnement de l'Université de Montréal (CPEUM) et de la Chaire UNESCO en paysage et environnement de l'UdeM, travaux qui ont conduit à la publication de l'ouvrage Montréal en paysages (PUM, 2011).
Conçu et réalisé par Philippe Poullaouec-Gonidec, titulaire de la Chaire UNESCO, et Sylvain Paquette, chercheur à la CPEUM, ce volume unique au Canada vient combler un vide: «Il n'y a pas de véritable politique du paysage à Montréal, affirme le professeur Poullaouec-Gonidec. La Ville amorce toutefois une révision de son plan de développement urbain et nous espérons que cet ouvrage pourra servir de cadre à cette réflexion.»
Montréal en paysages n'est pas un livre de recettes d'aménagements paysagers et n'est pas destiné qu'aux spécialistes de l'urbanisme. On y trouve plutôt une panoplie de savoir-faire qui résultent autant de l'expertise des auteurs que de leur consultation des Montréalais. C'est aussi un superbe album richement illustré de plusieurs centaines de photos parfois montées en mosaïques à l'image de la courtepointe culturelle, historique, architecturale et environnementale de la ville.
Le paysage, c'est plus que le visuel
«Nous avons voulu documenter le paysage sous les angles social et culturel, souligne M. Poullaouec-Gonidec. Le paysage n'existe pas sans le regard des gens; s'il est formé d'éléments visuels, il est aussi constitué des liens social et culturel que les citoyens établissent avec l'environnement.»
Il ressort des enquêtes de terrain des chercheurs que l'attrait visuel n'est pas, chez les gestionnaires montréalais, la composante primordiale de la mise en valeur du paysage. La perspective visuelle ne domine les préoccupations que dans l'arrondissement de Ville-Marie, ce qui est sans doute dû au lien entre le centre-ville, le fleuve et le mont Royal.
Dans l'ensemble des arrondissements, ce sont les sites reconnus comme des hauts lieux qui constituent la forme paysagère dominante. La notion de haut lieu renvoie au caractère patrimonial, naturel ou historique d'un secteur et est intimement liée à la vie des résidants. Les auteurs donnent comme exemples le mont Royal, le canal de Lachine ou encore le Jardin botanique.
Le territoire identitaire, tels les parcs, les places publiques ou les artères commerciales, vient au deuxième rang et domine la notion de paysage dans près de la moitié des arrondissements.
Ces éléments font que les formes de développement paysager attendues ne sont pas que du domaine des grandes perspectives visuelles emblématiques, mais concernent surtout la mise en valeur du cadre de vie (environnement confortable et sécuritaire, services de proximité, lieux de loisir) et de l'identité particulière d'un territoire comme le caractère de villégiature de Baie-D'Urfé ou la multiethnicité de Parc-Extension.
Paysage de proximité
«Le paysage de proximité, formé par la rue, les habitations, les commerces ou un parc, est donc fondamental dans la notion de paysage montréalais, observe Philippe Poullaouec-Gonidec. L'enjeu du développement paysager passe par là. Les Montréalais recherchent moins le paysage spectaculaire et diront même que l'ensemble de la ville est laid, mais le discours est très positif à propos du quartier immédiat; l'ordinaire devient extraordinaire pour le résidant.»
Qui dit paysage de proximité dit participation du citoyen. La dernière partie du livre présente des possibilités d'action visant à la fois la conscientisation du public quant aux répercussions paysagères des initiatives privées, la participation collective au débat et la formation des experts et des décideurs. Valorisation des rives, trajets pour piétons, circuits urbains réinventés, jardins privés sont autant de sujets abordés dans des ateliers ou des débats publics.
Le «syndrome Pascale Aubry»
On ne peut s'empêcher de remarquer, en parcourant l'ouvrage, que tous les gens sur les photos sont de dos. C'est le résultat de ce qu'on pourrait appeler le «syndrome Pascale Aubry», du nom de celle qui est à l'origine du jugement de la Cour suprême statuant que la publication de la photo de quelqu'un sans son consentement est une atteinte à sa vie privée même si la photo est prise sur la voie publique.
«L'espace public n'est plus public, déplore le professeur Poullaouec-Gonidec, qui a lui-même pris toutes les photos autres qu'historiques de Montréal. En voulant photographier des enfants dans un parc, je me suis même fait insulter.»
Le lancement de Montréal en paysages s'est fait à l'hôtel de ville de Montréal au vernissage de l'exposition Montréal en parcours, tenue à l'occasion du Mois mondial de l'architecture de paysage. Cette exposition présente jusqu'au 26 avril les travaux de finissants de l'École d'architecture de paysage de l'UdeM qui ont conçu six nouvelles promenades urbaines selon divers thèmes, soit la nature, l'art, l'architecture et l'histoire.
On peut aussi visiter cette exposition dans sa forme virtuelle sur le site de Montréal, ville UNESCO de design.
Daniel Baril
Philippe Poullaouec-Gonidec et Sylvain Paquette,
Montréal en paysages, Les Presses de l'Université de Montréal, 2011, 260 p.
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