Pour éviter les mauvaises surprises de la boite à pilules

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Les habitués des Belles Soirées et Matinées connaissent bien la série de conférences données depuis six ans par Jean-Louis Brazier, professeur à la Faculté de pharmacie, et intitulée Le corps humain, cet inconnu. La précieuse information communiquée dans ces conférences de vulgarisation qui traitent du bon usage des médicaments fait maintenant l'objet d'un volume destiné à un large public, Boîte à pilules, boîte à surprises?, à paraitre bientôt chez Bayard Canada.

«On dit que les intervenants du système de santé doivent se parler, mais on oublie les patients; soit que les médecins n'ont pas le temps de discuter avec eux, soit que le patient n'est pas dans un état réceptif, souligne le professeur. Pour que le patient sache à quoi s'en tenir et comprenne les consignes relatives à ses médicaments, il a besoin de formation.»

C'est l'objet de son volume, qui lui permettra du même coup de répondre aux attentes de ceux qui lui demandent de la documentation sur les thèmes traités dans ses conférences. «Le fil conducteur est que chacun est libre de faire ce qu'il veut avec sa santé, mais qu'il doit aussi se responsabiliser en prenant conscience des risques qu'il fait courir à la société et du poids qu'il peut représenter pour le système de santé s'il ne se soigne pas adéquatement», précise Jean-Louis Brazier.

Jean-Louis BrazierLa famille Clément

Le lecteur retrouvera dans la Boîte à pilules la famille Clément – une famille de sept membres répartis sur trois générations –, qui servait à illustrer les situations analysées dans les conférences. Cet éventail générationnel permet d'aborder des problèmes de santé propres à chaque tranche d'âge: le grand-père souffre d'hypertension, la grand-mère d'une infection urinaire, la mère d'ostéoporose, le fils d'allergies, la fille d'anxiété, la belle-fille de diabète et le gendre d'insomnie.

Chacune de ces situations, et beaucoup d'autres, permet d'expliquer le pourquoi et le comment de la médication et ce qui risque d'arriver si l'on ne respecte pas les conditions de prise des médicaments. Par exemple, le grand-père peut-il prendre ses antihypertenseurs avec du jus de pamplemousse? Pourquoi la grand-mère doit-elle finir ses antibiotiques même lorsque ses symptômes ont disparu? Peut-elle les remplacer par du jus de canneberge? Pourquoi la fille doit-elle informer le médecin qui lui prescrit des anovulants qu'elle consomme du millepertuis? Quelles sont les règles à suivre pour que le fils soigne correctement ses inflammations articulaires causées par le sport?

Le volume examine trois grandes classes de produits: les médicaments prescrits, les médicaments en vente libre et les produits de santé naturels. «On pense que les produits en vente libre sont sans danger, mais il y a des risques à l'automédication, indique le professeur. Quand mes étudiants disent qu'ils prennent du Tylenol pour soigner un mal de tête, je leur demande lequel; il en existe 69 variétés et les doses varient de 80 à 1000 ml. Il y a aussi 17 types de Sudafed et 24 variétés d'Advil!»

Produits naturels

La même mise en garde est servie à l'égard des produits naturels. «Si ça marche, il faut considérer le produit comme un médicament puisqu'il peut présenter des risques de surdose et interagir avec d'autres médicaments. Il faut être critique relativement à la publicité de ces produits et être conscient des lacunes de la règlementation», insiste Jean-Louis Brazier.

Santé Canada est en fait très en retard dans le mandat qu'il s'est donné en 2004 d'homologuer les produits de santé naturels et d'interdire ceux qui n'auraient pas obtenu leur numéro d'identification. «Seulement 18 000 des 45 000 produits de santé naturels ont reçu l'homologation, affirme le professeur. On ne sait pas si les autres, qui sont encore sur les tablettes, ont été refusés ou sont en attente; on est dans le flou.»

Voilà une autre raison de s'équiper de ce que le professeur Brazier appelle un GBS, soit le «gros bon sens».

La vie continue

À une semaine de sa retraite, Jean-Louis Brazier envisageait avec émotion, lorsque Forum l'a rencontré, le dernier cours qu'il allait bientôt donner. Existe-t-il un remède contre la déprime de la retraite? «Le remède, c'est de continuer à prononcer des conférences, répond-il. Quand on a l'information, notre devoir est de la partager.»

Le professeur compte donc reprendre sa série de conférences Le corps humain, cet inconnu l'automne prochain. D'ici là, on pourra l'entendre en avril aux Belles Soirées et Matinées à Laval et à Longueuil, où il présentera, à chaque endroit, deux conférences sur l'utilisation responsable des médicaments et sur le maintien de l'homéostasie ou équilibre du milieu interne.

Daniel Baril

 

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