Le blogue comme outil pédagogique

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La participation à un blogue compte pour 40 % de l'évaluation des étudiants de Vincent Gautrais, professeur de droit.

Laurence Bherer, professeure de science politique, demande aussi aux étudiants de son cours Politiques urbaines de rédiger six billets pendant le trimestre. À mi-parcours de cette nouvelle expérience, elle ne cache pas son enthousiasme. «Le blogue permet d'organiser le cours d'une autre manière.»

«Il est étonnant de voir la qualité des travaux des étudiants. Ils sont sans doute plus motivés et, comme cela parait dans Internet, ils se donnent davantage de peine», résume Mme Bherer. Comme d'autres, la professeure aime le fait de ne pas avoir à attendre le travail de mi-trimestre pour donner une rétroaction aux étudiants. Ceux-ci peuvent dès lors corriger le tir plus rapidement.

Et c'est bien là un des avantages qu'y voit le conseiller pédagogique du Bureau de l'environnement numérique d'apprentissage (BENA), Florian Meyer. «Le blogue s'inscrit dans la continuité puisque son résultat n'est pas final.»

À la Faculté de droit, Vincent Gautrais insiste quant à lui sur la motivation: «Le blogue est le seul moyen que j'ai trouvé pour m'assurer que les étudiants se tiennent au fait de l'actualité dans leur domaine. Car, si je dis “On se voit la semaine prochaine, d'ici là, lisez tel texte”, la moitié seulement le fera», commente-t-il.

Le blogue, un site Web personnel, permet à l'utilisateur d'ajouter des billets en tout temps. Leurs lecteurs peuvent y être abonnés ou les recevoir à travers un fil RSS. Et surtout ils peuvent être commentés en ligne. Les textes des étudiants comptent habituellement de 350 à 500 mots.

Vincent Gautrais souligne que le contenu de son cours se prête particulièrement bien à l'utilisation du blogue: il enseigne le droit du commerce électronique. Une bonne partie de la matière porte sur les innovations dans cette discipline.

Ces dernières semaines, ses étudiants ont «blogué» sur des sujets aussi divers que les efforts du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes pour règlementer le trafic dans Internet, la loi sur la protection du commerce électronique, l'évolution du débat sur l'admissibilité de la preuve électronique et une nouvelle loi finlandaise garantissant l'accès à Internet.

La situation de M. Gautrais présente certaines similitudes avec celle de Jean-Michel Salaùn, directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information, qui donne un cours sur l'économie du document dans un environnement numérique. Dans leurs travaux, les étudiants ont un dossier à monter à partir d'un billet de M. Salaùn.

«Pour les étudiants, je crois que l'exercice est intéressant. C'est une chose que de préparer un dossier pour un professeur, c'en est une autre de faire un texte qui peut être lu par beaucoup de personnes. Ils soignent davantage leur écriture.»

M. Salaùn ajoute que l'exercice est valorisant, car les étudiants peuvent recevoir des réactions d'un peu partout dans le monde. «C'est également une belle vitrine pour l'Université», dit-il.

Mais les blogues sont-ils utiles uniquement dans le cas de sujets liés à l'actualité immédiate? Il semble que non. David Ownby voit le blogue comme «un outil pour éviter la rupture dans la formation». Le professeur en histoire, rattaché au Centre d'études de l'Asie de l'Est, estime que «le rythme normal d'un trimestre ne rend pas justice aux étudiants. Le professeur parle, les étudiants prennent des notes et la grosse évaluation survient en fin de trimestre. C'est trop tard pour rectifier le tir. C'est démotivant.»

Le professeur signale de plus que, dans l'univers ouvert du blogue, «l'apprenant est sorti de la protection sécurisée par les murailles de l'université».

Mais le blogue doit tout de même être structuré. D'abord, M. Ownby n'y recourt que pour les étudiants des 2e et 3e cycles. Les étudiants choisissent un sujet sur une liste et écrivent un billet. Le professeur voit le blogue comme un babillard électronique qui fournit un contexte pour la discussion en classe.

La délicate évaluation

Par contre, ce qui est moins simple, c'est l'évaluation. La pertinence du billet, sa structure, le degré d'intérêt de l'information, l'effort d'approfondissement, tous ces éléments sont pris en compte mais dans une structure inédite. Et il n'y a certainement pas moins de travail pour le professeur!

Florian Meyer est bien d'accord: «Le professeur dont le groupe est constitué de 50 étudiants qui publient chacun quatre ou cinq billets dans un trimestre aura un gros travail d'évaluation.»

C'est pourquoi il insiste sur la nécessité d'une bonne planification. «Le blogue ne peut être un prétexte. Il doit s'inscrire dans un contexte signifiant.»

Le BENA n'a pas encore offert de séance de formation sur le blogue, mais il envisage d'en organiser une qui permettrait aux enseignants blogueurs de livrer leurs témoignages à leurs collègues intéressés. Le Bureau peut en outre apporter des conseils de nature technique.

«Le blogue est un outil parmi d'autres. C'est un soutien», croit Florian Meyer.

Vincent Gautrais abonde: tous les cours, indique-t-il, ne sont pas adaptés au blogue. Et la pertinence de produire des textes plus longs, muris davantage, demeure.

Paule des Rivières

 

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