La Chine ne cessera jamais de nous étonner. Après le virage capitaliste pris par un parti communiste qui n'a jamais officiellement renié ses orientations marxistes, voici que ce même parti favorise le retour du confucianisme, considéré naguère comme une doctrine décadente et réactionnaire.
Il y aurait même à l'heure actuelle un véritable engouement pour le confucianisme dans l'empire du Milieu, selon David Ownby, directeur du Centre d'études de l'Asie de l'Est. Le professeur en a fait le thème central de son cours portant sur l'économie politique de la Chine moderne: «Marxisme et confucianisme peuvent-ils faire bon ménage?» propose-t-il comme piste de réflexion.
Vide idéologique
«Si le confucianisme est réhabilité aujourd'hui, c'est parce que la révolution maoïste a échoué et que le pays se trouve face à un vide idéologique et moral, affirme David Ownby. Mais le Parti communiste chinois est toujours au pouvoir; après l'instauration d'une économie de marché, il doit assoir sa légitimité et son autorité sur de nouvelles bases et se tourne, pour cela, vers le confucianisme. Le Parti veut conserver le contrôle et l'exercer à la façon chinoise.»
Si cette opération charme réussit, le Parti communiste pourra continuer de régner en seul maitre et éviter le multipartisme ainsi que le processus électoral des démocraties occidentales.
Pour atteindre leur but, les dirigeants chinois misent d'une part sur certains points fondamentaux du confucianisme qui peuvent leur être favorables, tel le respect de l'autorité et de la hiérarchie comme gage de l'harmonie sociale. «Ce thème de l'harmonie sociale est vraiment à l'ordre du jour et il est présent dans tous les discours», souligne le professeur.
D'autre part, comme le confucianisme est basé sur une morale traditionnelle (obéissance à ses supérieurs, importance de la famille, vertus intérieures à cultiver, possibilité que tous deviennent des citoyens moraux), sa réhabilitation peut être vue comme une solution à la corruption et au cynisme qui, d'après M. Ownby, sont omniprésents en Chine.
Bien que la pensée de Confucius soit un système métaphysique (les rituels devaient mettre l'humain en harmonie avec l'énergie cosmique), elle visait d'abord et avant tout une éthique sociale, ce qui se prête assez bien à une philosophie d'État qui cherche à écarter les références au surnaturel. Confucius est ainsi présenté comme le père de l'humanisme chinois.
«Pour le peuple, le confucianisme est en lien avec l'au-delà, mais cet aspect n'est jamais évoqué dans les discours officiels», indique David Ownby.
Un nationalisme non conflictuel
Une autre raison qui amènerait le gouvernement chinois à tabler sur le confucianisme est la recherche d'un nouveau nationalisme. C'est du moins l'avis de Charles Hudon, un étudiant du cours de David Ownby qui a séjourné trois ans et demi dans le pays de Mao.
«Le nationalisme antiaméricain est très fort, mais les autorités ne peuvent pas compter sur ce sentiment ni sur un nationalisme centré sur Taiwan parce que ces orientations conduiraient à des affrontements, soutient-il. Le confucianisme permet, en revanche, d'unifier le peuple derrière un nationalisme moins conflictuel.»
Son collègue Nicolas Laflamme, qui a aussi séjourné en Chine pendant deux ans et demi, a pu constater que l'enseignement du confucianisme se fait déjà sentir dans les familles, où l'on observe un retour à des valeurs plus traditionnelles.
Les deux étudiants disent n'avoir rencontré aucun Chinois qui se référait au marxisme comme système de valeurs ou instrument d'analyse politique. Par contre, des vedettes de la télévision comme la communicatrice et philosophe Yu Dan fracassent les cotes d'écoute et les ventes de livres avec des émissions et des ouvrages sur Confucius.
Formule novatrice
Charles Hudon et Nicolas Laflamme sont par ailleurs emballés par la formule pédagogique qu'a retenue David Ownby. Le professeur a ajouté à ses cours magistraux le recours à un blogue où chaque étudiant doit soumettre, toutes les semaines, ses réflexions à la critique des autres. M. Ownby apporte également ses commentaires et conseils.
«Ces billets d'analyse servent à nourrir les discussions en classe, précise le professeur. La technologie du blogue sort l'étudiant de l'isolement dans lequel il travaille habituellement et le met en contact avec les autres en dehors des heures de cours, ce qui permet un apprentissage plus rapide. Les étudiants se livrent ainsi à un travail d'équipe sans les contraintes des travaux d'équipe.»
«On ne peut pas tout connaitre sur la Chine et nous avons, par cette méthode, l'impression d'accomplir un énorme travail», ajoute Charles Hudon. À ses yeux, cette approche assure un équilibre entre un cours traditionnel où tout relève du professeur et un enseignement où l'étudiant serait trop laissé à lui-même.
Nicolas Laflamme apprécie lui aussi cette formule, qui s'appuie sur les technologies de l'heure. «C'est dynamique et à l'image du 21e siècle. Nous savons ce que les autres font et c'est très formateur.»
Les deux étudiants entendent entreprendre des études à la maitrise en Chine l'an prochain.
Daniel Baril
«Comme le disait si bien Confucius»
L'expression popularisée par Patrice L'Écuyer lorsqu'il animait l'émission Les détecteurs de mensonges est désormais célèbre, mais qui pourrait citer une véritable maxime attribuée au philosophe chinois? En voici quelques-unes tirées du site Chine information et qui donnent une idée de la pensée de Confucius (-551 à -479).
• Celui qui plante la vertu ne doit pas oublier de l'arroser souvent.
• Ce n'est pas un malheur d'être méconnu des hommes, mais c'est un malheur de les méconnaitre.
• Entendre ou lire sans réfléchir est une occupation vaine; réfléchir sans livre ni maitre est dangereux.
• Il faut se garder de trois fautes: parler sans y être invité, ce qui est impertinence; ne pas parler quand on y est invité, ce qui est de la dissimulation; parler sans observer les réactions de l'autre, ce qui est de l'aveuglement.
• Ne vous souciez pas de n'être pas remarqué; cherchez plutôt à faire quelque chose de remarquable.
• Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte.
• L'homme honorable commence par appliquer ce qu'il veut enseigner; ensuite il enseigne.
• Ceux dont la connaissance est innée sont des hommes tout à fait supérieurs. Puis viennent ceux qui acquièrent cette connaissance par l'étude. Enfin, ceux qui, même dans la détresse, n'étudient pas: c'est le peuple.
• Le sage est calme et serein. L'homme de peu est toujours accablé de soucis.
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