Y a-t-il trop de devoirs à la maison?

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Non seulement le sac à dos est trop lourd, mais il cache de longues heures de devoirs…La coutume est sans doute aussi ancienne que l'école. Donner aux élèves des devoirs et des leçons qui les aident à assimiler et à approfondir des connaissances semble normal. D'autant plus que la charge des programmes augmente au cours de la scolarité. Mais y a-t-il trop de devoirs en dehors de la classe? Font-ils réellement progresser les élèves? Forum a rencontré le professeur Roch Chouinard, vice-doyen à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, afin de mieux comprendre les enjeux cognitifs et sociaux d'une telle pratique, qui s'apparente parfois à une corvée pour les parents comme pour les enfants.

 

Vous êtes engagé depuis plus de 20 ans dans divers projets liés à l'éducation. Selon vous, y a-t-il trop de devoirs à la maison?

R.C.: Il est impossible de répondre à cette question par oui ou par non. Car, au Québec, ce n'est pas une pratique règlementée. Je ne connais pas de commission scolaire qui ait adopté des mesures relatives aux devoirs. Chez nos voisins du Sud, il y a par contre certains districts qui règlementent la quantité et la durée du travail en dehors de la classe, et ce, en fonction de l'âge des élèves et de leur niveau de scolarité.

D'où vient ce besoin de règlementer les devoirs?

R.C.: Il faut savoir que le travail à la maison est une pratique qui a toujours été controversée. Le phénomène n'est pas nouveau. La tendance est cyclique. Certaines années, les devoirs sont à la mode et ont bonne presse, d'autres années non. Le sujet soulève par ailleurs les passions tant chez ceux qui sont pour les devoirs que chez ceux qui sont contre.

Quels sont les avantages et les inconvénients des devoirs?

R.C.: Les gens favorables aux devoirs prétendent que c'est une façon de faire participer les parents à l'éducation scolaire de leur enfant. Ils attestent qu'en supervisant les devoirs les parents prennent connaissance des contenus enseignés et sont ainsi capables de suivre l'évolution de leur enfant de façon directe. On allègue aussi que les devoirs et les leçons à la maison sont une occasion de donner aux jeunes le sens des responsabilités et de stimuler leur capacité à planifier leur travail, donc qu'ils favorisent l'autonomie et l'organisation.

Le principal argument de ceux qui sont contre les devoirs et les leçons à la maison, c'est que ce travail peut constituer une source de conflit entre les parents et les enfants. Certains avancent par ailleurs qu'ils ne sont plus de mise dans notre monde où les deux parents travaillent et où plusieurs familles sont monoparentales. D'autres considèrent que les devoirs contribuent aux inégalités sociales et font valoir que, dans les familles à faibles revenus, souvent monoparentales, où la mère n'a pas été à l'école longtemps, la disponibilité pour l'aide aux devoirs est moins grande comparativement aux familles plus favorisées où, généralement, les deux parents sont présents.

Roch ChouinardDiriez-vous que les devoirs sont une occasion réelle d'apprentissage pour l'enfant?

R.C.: Les recherches sur l'efficacité des devoirs abondent dans la littérature scientifique, mais elles sont souvent contestées par le clan opposé. Certaines études, des méta-analyses, ont démontré que les devoirs n'améliorent pas vraiment l'apprentissage et le rendement scolaire. D'autres études, à mon avis plus sophistiquées sur les plans de la collecte et du traitement des données, montrent au contraire un gain réel associé aux devoirs. D'abord en ce qui concerne les apprentissages, mais aussi par rapport à la relation parents-enfants. Toutefois ces gains, même s'ils sont réels, doivent tenir compte du milieu familial et de l'environnement. C'est-à-dire que, dans certains contextes culturels ou socioéconomiques, on va peut-être réagir de façon différente aux devoirs parce que les besoins et les capacités des parents ne sont pas pareils.

Une chose est certaine: des devoirs fréquents mais courts sont préférables à de longs devoirs. Par ailleurs, la relation entre les devoirs et les gains cognitifs et sociaux est sensible. De sorte que, s'il y a trop de devoirs, les effets positifs peuvent se transformer en effets négatifs. En résumé, quand la charge de travail à faire à la maison dépasse un certain point, et ce point varie d'une famille et d'un milieu à l'autre, il n'y a plus de gain réel. Au contraire.

Quelle est votre position à l'égard des devoirs à la maison?

R.C.: J'y suis favorable dans la mesure où ils sont raisonnables. Cela signifie qu'on prend en considération la situation des familles et des enfants. On y va progressivement. Car on veut que les enfants aiment aller à l'école et qu'ils établissent une relation chaleureuse avec leur enseignant et les autres enfants.

Il devrait y avoir aussi plus de concertation entre les enseignants des différentes disciplines, particulièrement au secondaire et au collégial, en ce qui a trait à la quantité de devoirs. Il peut se passer des jours sans que les élèves aient des travaux et, d'autres fois, ils sont surchargés.

Enfin, j'aimerais souligner que les devoirs et les leçons ne sont pas le remède miracle qui va régler tous les maux liés à l'éducation. Il y a beaucoup de facteurs plus importants que les devoirs pour expliquer la réussite scolaire.

Quels sont justement ces facteurs ?

R.C.: D'abord, et c'est essentiel, il faut s'entendre sur ce qu'est la réussite scolaire. Est-ce l'obtention d'un diplôme? Si c'est le cas, il n'y a donc pas de réussite à l'école avant la fin du secondaire. Cela n'a pas de sens. Voilà pourquoi je préfère parler d'engagement scolaire. Il existe plusieurs facteurs d'engagement. L'un d'eux, sans doute le plus déterminant, est la capacité de l'école à aider l'élève à satisfaire ses besoins pour ce qui est des relations autant avec les adultes présents à l'école qu'avec les autres enfants. Quand l'enfant réalise que les seules personnes qui l'aiment sont à l'extérieur de l'école, il risque de décrocher. S'il reste parce qu'il y est obligé, il est là de corps mais pas d'esprit.

L'enfant a aussi besoin de connaitre des succès à l'école. Il a donc besoin de développer le sentiment d'être compétent dans ses entreprises scolaires. Il a également besoin d'autonomie, c'est-à-dire de pouvoir participer aux prises de décision qui le concernent. Enfin, il doit pouvoir donner un sens à ce qu'il fait à l'école. D'ailleurs, le besoin de signifiance s'accroit à mesure que le jeune grandit. Les adolescents qui ne savent pas pourquoi ils vont à l'école sont davantage à risque de décrochage.

Quels conseils donneriez-vous aux parents quant à la supervision des devoirs?

R.C.: La première chose à faire selon moi est d'instaurer une routine à l'endroit des devoirs et de s'y tenir. Le lieu doit être calme et autant que possible loin des sources de distraction. Au-delà du suivi des devoirs, le rôle des parents est surtout de veiller à ce qu'ils se fassent dans de bonnes conditions. Mieux vaut par exemple habituer l'enfant à s'y mettre à des heures fixes, en déterminant le temps à consacrer chaque soir aux devoirs. Cela lui permettra d'acquérir de bonnes habitudes de travail.

Il est également déconseillé d'associer les devoirs à une punition, de réprimander l'enfant par exemple en l'envoyant dans sa chambre faire ses devoirs. Les devoirs doivent être l'occasion de consolider des choses vues en classe, mais ils doivent aussi rester un moment privilégié d'échange entre parents et enfants sur les progrès et les difficultés éprouvées.

Propos recueillis par Dominique Nancy

 

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