Chaque année pendant le temps des fêtes, c’est le même rituel: nous trimbalons les enfants à droite et à gauche pour rendre visite à la parenté. Mais les déplacements en voiture, en train ou en autobus avec des jeunes ne sont pas toujours une sinécure. Outre les éternels «On arrive bientôt?» qui exaspèrent les parents, le mal des transports en affecte plusieurs, surtout les enfants âgés de 3 à 12 ans. «De 30 à 40 % des gens sont touchés par ce trouble qui provoque des étourdissements et des malaises, accompagnés parfois de nausées et de vomissements, souligne le professeur Franco Lepore. Tous les modes de transport peuvent occasionner ces désagréments. En général, les sensations disparaissent dès l’arrivée à destination, mais elles peuvent durer des jours, voire des semaines, dans le cas du mal de mer provoqué par une croisière relativement longue.»
Pourquoi l’organisme réagit-il ainsi? Le mal des transports, aussi appelé cinétose, résulte de «l’incongruence apparente entre les éléments d’information transmis au cerveau par le système visuel et l’appareil vestibulaire», répond le directeur du Centre de recherche en neuropsychologie et cognition du Département de psychologie. Pour se situer dans l’espace et réagir aux mouvements de l’environnement, précise-t-il, l’organisme dispose de plusieurs sources d’information: la perception visuelle situe notre corps par rapport au plan de l’horizon alors que la perception du déplacement de l’organisme se fait grâce à l’appareil vestibulaire, centre de l’équilibre qui se trouve dans l’oreille interne.
«L’appareil vestibulaire, explique M. Lepore, est constitué de canaux semi-circulaires orientés dans les trois directions de l’espace et à l’intérieur desquels on trouve un liquide qui stimule des récepteurs. En bougeant la tête, le liquide dans l’oreille interne se déplace et les récepteurs transmettent l’information au cerveau, qui compare les données avec celles fournies par les yeux afin d’évaluer la position du corps dans l’espace.»
Mais, quand les renseignements communiqués par les yeux et ceux rapportés par les récepteurs liquides paraissent contradictoires, l’organisme a de la difficulté à juger ce qui se passe. C’est le cas lorsqu’on est assis dans un wagon de métro à l’arrêt et qu’on en regarde un autre partir. On a alors l’impression que c’est notre wagon qui bouge. Afin de pouvoir réaliser qu’on est immobile et que c’est l’autre wagon qui s’en va, notre regard doit se fixer sur quelque chose de précis, comme une colonne d’appui, une affiche, etc. C’est ce type d’inadéquation qui cause le mal des transports.
Voilà pourquoi lire en voiture ou rouler sur des routes sinueuses provoque chez certaines personnes des maux de cœur. «Notre système vestibulaire perçoit les changements de direction et les accélérations tandis que nos yeux ne les voient pas, indique le professeur Lepore. La discordance des informations engendre un conflit et des impulsions nerveuses qui créent parfois des malaises.» Cela est d’autant plus vrai pour les passagers assis en arrière qui doivent regarder sur le côté pour voir le paysage. D’autres facteurs, tels les odeurs, la chaleur et le confinement, peuvent également favoriser et intensifier les symptômes de la cinétose.
Quand M. Lepore ressent ce type de désagrément – «Cela m’est arrivé à deux reprises au cours de voyages dans ma belle Italie» –, il ferme les yeux ou fixe son regard sur l’horizon ou encore sur un point stable à l’extérieur du véhicule. «Le fait d’anticiper avec les yeux les mouvements que le corps doit subir élimine la plupart des troubles de l’équilibre.»
Dominique Nancy
(Illustration: Benoît Gougeon)
