Le programme d'études néohelléniques tisse des liens avec la communauté grecque d'ici

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Jacques BouchardLe 20 novembre dernier, l'ensemble vocal Polymnie, de Longueuil, composé de 85 choristes pour la plupart francophones, a entonné, en grec, une cantate en l'honneur du poète grec Nikiforos Vrettakos. Les organisateurs de ce concert, soit le Congrès hellénique du Québec et la Communauté hellénique de Montréal, s'attendaient à ce que la chorale présente l'œuvre en français puisqu'ils en avaient commandé la traduction à Jacques Bouchard, responsable du programme d'études néohelléniques à l'Université de Montréal.

Mais le professeur, qui est également directeur du Centre interuniversitaire d'études néohelléniques de Montréal, est loin d'en tenir rigueur aux choristes. Ce concert a représenté à ses yeux un bel exemple et un symbole des relations plus étroites que la communauté grecque de Montréal tient à établir avec la communauté francophone. La traduction de la cantate, à laquelle ont travaillé six de ses étudiants, a d'ailleurs été reproduite dans le programme du spectacle et Jacques Bouchard se réjouit d'avoir ainsi fait connaitre au public francophone un poète majeur de la Grèce moderne.

«Nikiforos Vrettakos, décédé en 1991, était un poète engagé en faveur de la paix et de l'humanisme. Il a été exilé pendant le règne des colonels et son œuvre pourrait se résumer par “J'aime, donc je suis”», souligne le professeur.

Le poème qui a fait l'objet de ce concert, Cantate à Oppenheimer, est conçu comme une longue lettre au père de la bombe atomique et se veut un plaidoyer contre les hommes de science sans éthique. L'Ensemble Sinfonia de Montréal, sous la direction du chef Louis Lavigueur, en a interprété la musique, composée par le Grec Nikos Kallitsis.

Le spectacle se composait en outre de cinq autres poèmes plus brefs chantés par des élèves du primaire. Ces poèmes ont également été traduits par les étudiants de Jacques Bouchard.

L'Aube des Lumières chez les Phanariotes

Deux jours auparavant, l'Université de Montréal était l'hôte du colloque scientifique soulignant le 300e anniversaire de l'accession du premier Grec au trône de Moldavie (aujourd'hui la Roumanie), Nicolas Mavrocordatos.

Six des étudiants de 2e et de 3e cycle en études néohelléniques ont présenté leurs thèses et mémoires consacrés à cette figure qui a marqué la période de l'Aube des Lumières chez les Phanariotes, c'est-à-dire les Grecs de Constantinople de la période ottomane.

«Les universités de Bucarest, d'Athènes et de Berlin, avec qui nous sommes en lien, auraient bien voulu recevoir la rencontre, mais elle a eu lieu à Montréal parce que c'est ici que se fait la recherche sur cet auteur et personnage politique du début du 18e siècle, affirme le chercheur. Notre programme est devenu la référence en recherche sur Mavrocordatos. Pour les Grecs et les Roumains d'ici, ç'a été une révélation de découvrir ces travaux réalisés par nos étudiants sur ce personnage.»

Le programme que dirige le professeur Bouchard couvre à la fois l'étude du grec moderne, la littérature, l'histoire et le cinéma; il s'agit du seul programme du genre dans tout le Canada. Il est à ce point apprécié par le gouvernement grec qu'un protocole a été signé entre l'UdeM et le consulat général de Grèce au Canada pour que soit subventionnée par le consulat, pendant cinq ans, l'embauche de chargés de cours rattachés à ce programme.

Le travail de Jacques Bouchard sur la langue et la culture grecques du 18e siècle ainsi que sur les relations gréco-roumaines lui a valu les honneurs de l'Académie roumaine, qui lui a décerné le titre de membre honoraire de son institut d'études du Sud-Est européen. Ce titre lui a été remis à Bucarest le 22 septembre.

Daniel Baril

 

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