Le Quartier des spectacles se met à nu au Cléopâtre

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Désireux d’être «là où la vraie vie se déroule», des universitaires, architectes et animateurs culturels se sont réunis, le 30 septembre, au bar Cléopâtre, boulevard Saint-Laurent. «Nous sommes ici comme dans le village d'Astérix, un lieu qui résiste encore et toujours à l'envahisseur», lance Simon Harel en sortant du bar Cléopâtre, boulevard Saint-Laurent.

Habituellement réservé aux amateurs de spectacles d'effeuilleuses et de travestis, le bar est envahi, en ce 30 septembre, par une centaine d'universitaires et d'intervenants culturels venus discuter de l'évolution urbanistique du centre-ville de Montréal. «C'est important d'aller là où la vraie vie se déroule», mentionne M. Harel, directeur du Département de littérature comparée de l'Université de Montréal, coorganisateur de la rencontre avec Joël Thibert, Sophie Gironnay et Alanah Heffez, de la Maison de l'architecture du Québec.

L'activité, baptisée Striptease du Quartier des spectacles, consistait en une réflexion collective sur un quartier populaire converti en quelques décennies en un carrefour culturel bon chic, bon genre où l'on ne voit plus guère d'artistes au coin des rues. «Nous sommes dans un lieu mythique, dit André Carpentier, professeur à l'UQAM et auteur de Poètes et déambulateurs de l'espace urbain. Combien de temps parviendra-t-il à résister à la spéculation immobilière?»

Bâti autour de la Place-des-Arts, le Quartier des spectacles compte actuellement 80 lieux de diffusion culturelle, dont 30 salles de spectacle proposant près de 28 000 sièges. C'est là qu'on a érigé la toute nouvelle salle de concert de l'Orchestre symphonique de Montréal. Plus de 7000 emplois liés à la culture sont occupés sur la surface mesurant un kilomètre carré, autour de l'intersection de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent.

Le défi des architectes et urbanistes qui ont conçu l'esplanade et les volumes environnants, souligne Clément Demers, professeur à mi-temps à l'École d'architecture de l'Université de Montréal, était de conserver l'esprit des lieux en les offrant à une population renouvelée. «Il ne faut pas oublier que plusieurs terrains, ici, étaient largement inoccupés. Il y avait de nombreux stationnements», commente l'urbaniste et architecte, directeur général du Quartier des spectacles.

Même son de cloche de la part de Réal Lestage, qui a participé au projet à titre d'urbaniste. Sa firme, Daoust Lestage, est également responsable de la promenade Samuel-De Champlain, à Québec, qui suscite les éloges de la population locale. «Il faut savoir créer des projets à partir de qui l'on est», indique-t-il.

«Je suis content de voir des groupes investir les lieux la fin de semaine: des familles, des travailleurs, des étudiants. Il y a souvent jusqu'à 300 personnes qui se baladent autour des fontaines.» Les Montréalais semblent avoir adopté la place des Festivals, qui a accueilli récemment 75 000 personnes pour un concert en plein air.

Le réalisateur et animateur culturel innu André Dudemaine a tout de même déploré l'absence d'éléments autochtones dans les plans généraux d'aménagement. «Les trois grandes villes du Québec le long du fleuve, soit Montréal, Trois-Rivières et Québec, sont d'anciens villages indiens. Pourtant, que reste-t-il de cette occupation quand on y pénètre aujourd'hui? Rien.»

Le coordonnateur du festival Présence autochtone a décidé de déménager l'activité de la place Émilie-Gamelin au Quartier des spectacles, question de susciter des rapprochements entre les Blancs et les Premières Nations.

M.-R.S.

 

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