L'automne dernier, alors que le sénateur de l'Illinois caracole devant John McCain dans l'opinion américaine, les teeshirts à l'effigie de Barack Obama font fureur chez les 17-25 ans. Même les vedettes comme George Clooney, Oprah Winfrey et Will Smith affichent haut et fort leur soutien au candidat démocrate. Surprenant? Pas vraiment. Les produits dérivés sont un moyen populaire de montrer son engagement. Mais ce soutien des jeunes n'en reste pas moins particulier, eux qui s'avèrent d'ordinaire si peu enclins à faire confiance à la classe politique. Est-ce simplement une question de couleur de peau ou s'agit-il d'un véritable intérêt politique?
Pour mieux comprendre le phénomène, Forum est allé à la rencontre de jeunes Noirs de la communauté universitaire, qui étaient plutôt enthousiastes à l'évocation du nom du président des États-Unis. «J'étais dans mon pays, au Cameroun, en train de jouer au foot quand j'ai appris son élection. Aussitôt, ce fut la fête, raconte Ondoua Francis, étudiant de 19 ans en sciences économiques, qui avoue avoir acheté un chandail de Barack Obama. Tout le monde était derrière lui, chez nous!»
Ils ne sont pas nombreux à connaitre son programme politique en détail. C'est surtout son charisme et sa détermination qu'ils font valoir, comme Naïka David, étudiante au baccalauréat en science politique. Originaire d'Haïti, la jeune femme de 21 ans ne cache pas sa fierté de voir Obama occuper la plus haute fonction du pays. «Il a fait des études supérieures dans de grandes écoles et a travaillé fort. Il n'a pas été élu simplement parce qu'il est noir, mais parce qu'il a les compétences et les qualités requises. Par son charisme et son intelligence, il a su toucher et réunir un grand nombre de gens, dont les jeunes. Il mérite d'être là où il est...»
L'obamania continue
Ont-ils réellement cru pour autant qu'il serait élu? Tous l'espéraient, sans trop se faire d'illusions, à commencer par Garry Petion, qui comptait sur «la volonté de Dieu». Comme plusieurs, l'étudiant au baccalauréat en littérature redoutait des problèmes de dernière minute qui l'empêcheraient d'accéder à la présidence. Pire, il craignait que Barack Obama soit assassiné avant le scrutin. Dembele Fatouma, elle, a versé des larmes lorsqu'elle a appris la nouvelle. Aujourd'hui, l'étudiante du Mali en sociologie estime que l'élection d'Obama contribuera à changer la perception à l'égard de la communauté noire dans le monde. «Ce n'est pas un hasard si récemment, en Arabie Saoudite, un Noir a réussi à devenir imam... J'attribue cela à l'effet Obama», déclare-t-elle.
Cet optimisme, ils sont nombreux à le partager. La majorité semble effectivement voir en Barack Obama un motif d'espoir et la consécration du rêve américain. Carine Soma, 23 ans, fait partie de ceux-là. «Obama est un parfait exemple de réussite au mérite. Son histoire encourage les jeunes de la communauté noire, pour qui il symbolise l'espoir d'un avenir meilleur. Son histoire démontre aussi qu'on doit y mettre les efforts nécessaires», affirme l'étudiante ivoirienne à la maitrise en droit.
Pour Emmanuel-Ricardo Lamour-Blaise, il y a derrière le soutien politique des jeunes une franche admiration pour le parcours de ce métis à l'ascension sociale prodigieuse. «J'ai lu son livre Les rêves de mon père, signale l'étudiant inscrit au certificat en action communautaire. Son chemin est tout à fait extraordinaire quand on songe que, il n'y a pas si longtemps, il y avait encore de l'esclavage aux États-Unis! Qui aurait cru possible qu'en 2009 un Noir soit à la tête de ce pays, la première puissance mondiale? C'est forcément une fierté pour nous.»
Très actif dans sa communauté, ce jeune homme de 25 ans rappelle que l'engagement politique et communautaire de Barack Obama ne date pas d'hier. «Son parcours et la portée de ses propos ont agi comme un catalyseur dans mon envie de me responsabiliser davantage, confie-t-il. Obama est à l'origine de mon inscription à l'Université et de mon choix de programme.» Selon lui, l'Amérique de ces dernières décennies était devenue aux yeux de ses alliés, et plus encore à ceux des pays émergents, le royaume de l'ostentation. «Les interventions d'Obama sont plus équilibrées, son ton n'est pas arrogant. Il symbolise le changement profond.»
Changer Washington
Changer. Le mot revient dans toutes les bouches. «L'élection de Barack Obama représente le renversement d'une tendance, mentionne Lucien Prophète. Imaginez, un Noir a changé la donne!» Pour cet Haïtien de 35 ans qui mène de front des études de doctorat en droit et un baccalauréat en science politique, Obama incarne le rêve d'un monde sans racisme. Son discours parvient d'ailleurs à fédérer au-delà de la communauté noire, touchant aussi d'autres minorités.
«Contrairement à ses prédécesseurs, il s'est présenté pour défendre les intérêts de tous les Américains, pas seulement ceux des Noirs, souligne l'étudiant. C'était une brillante stratégie de réunir tout le monde dans un projet de société.» Le 4 novembre 2008 a été pour lui aussi une journée de grande joie. «J'étais si heureux que j'ai pris ma voiture et, toute la nuit, je me suis promené dans les rues de Montréal en klaxonnant», se rappelle-t-il avec de l'excitation dans la voix.
Un an plus tard, quel bilan dresse-t-on? Obama a-t-il tenu parole? Oui, semblent dire les étudiants. Compte tenu des dégâts de son prédécesseur: choc pétrolier, crise financière, récession économique... «Il faut du temps pour réparer tout ça. L'heure n'est pas encore au bilan», selon Emmanuel-Ricardo Lamour-Blaise. Ondoua Francis observe pour sa part qu'Obama «a déjà fait beaucoup de choses pour les gens qui ont peu d'argent et pour maintenir la paix dans le monde». Même son de cloche du côté de Naïka David: «Présentement, on entend surtout parler de la controverse entourant le système de santé. Certains ont aussi critiqué le fait qu'il a reçu le prix Nobel de la Paix alors que son pays est en guerre... Malgré tout, je suis confiante en l'Amérique sociale de Barack Obama. Il apportera à son pays, et donc au monde, ce sang neuf dont il a tant besoin.»
En tout cas, même s'il ne parvient pas à changer Washington, son approche fait école. Signe des temps, les républicains ont été chercher un candidat noir en vue des prochaines élections. «Pour battre Obama, indique Lucien Prophète, il faudra forcément un autre Noir!»
Dominique Nancy
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